Wasteland, 6 avril 2024

Je n’ai pas résisté, je suis retournée samedi 6 avril à la Wasteland d’Amsterdam, fabuleuse soirée fetish-bdsm ! (Il s’agit de ma Wasteland préférée parmi les trois qui se déroulent chaque année : il ne fait pas froid comme en novembre, et la nuit se prête mieux à nos louches activités que celle de l’été en plein jour, au soleil – et parfois sous la pluie)
Récit écrit sur le vif dans le train du retour, à peine relu par manque de temps, et partagé seulement maintenant, faute d’ordinateur ces derniers temps.

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J’arrive vers 18h, je décline la sympathique proposition d’amis de les rejoindre dans leur chambre d’hôtel, pour nous préparer et dîner ensemble (dans l’espoir de revoir un ami – plan foireux, passons ^^). J’en profite pour grignoter et me promener dans les rues piétonnes d’Amsterdam, avec ses magasins proposant des fioles de champignons hallucinogènes du sol au plafond (un jour je les testerai tous !) Je me change à la sauvette dans les vastes toilettes de la gare d’Amsterdam, et je termine dans un photomaton, à l’abri d’un rideau (pour ne pas trop squatter les toilettes, vu la file d’attente !), avant de rejoindre la soirée. Il est tôt, mais je trépigne déjà.

Je suis en avance. Très en avance ! J’ose à peine l’avouer ici : plus d’1h avant le début de la soirée ! Mais les portes sont déjà ouvertes, du monde se presse devant l’entrée. Je retrouve un ami hollandais, et nous nous préparons tranquillement dans les vestiaires déserts (si j’avais su, j’aurais pu m’éviter les acrobaties dans les toilettes et le photomaton de la gare, mais je redoutais la cohue devant les casiers du vestiaire, que dis-je, le chaos que j’ai connu les fois précédentes ! Mais là, en arrivant dès 21h, la voie est libre – très libre même).
J’entre dans la grande salle avec quelques autres, les door bitchs (contrôle du dress code) ne sont pas encore en place et les dernières touches de décorations sont en train d’être apportées sur les murs. La musique electro est en sourdine. Je m’offre un tour de piste, en maîtresse des lieux.
C’est étrange comme les lieux me paraissent plus petits alors qu’ils sont encore déserts, quand il me semblent démesurés avec la foule !

Je retrouve les différentes espaces que je connais bien (j’ai de nouveau tenté un plan ci-dessus – j’aurais dû devenir architecte, vu mon goût pour les plans et constructions !) : l’immense dance-floor, le grand dance-floor derrière lui, et un plus petit sur le côté gauche. Chacun est équipé de scènes pour les performances. A droite, l’espace donjon, et une play-room.
Il y a aussi une petite salle de danse chill que je n’ai découverte qu’à la fin, cachée dans l’entrée, très cosy, avec une scène.

Je suis à nouveau époustouflée par la démesure de la soirée, les moyens mis en œuvre pour transformer les lieux et coller au thème « Institutions » : l’armée, la police, l’hôpital, l’école… La Wasteland s’est une nouvelle fois surpassée sur les décors, je me suis régalée à tous les observer :
Dès l’entrée, on découvre un espace med play avec un lit d’hôpital, un fauteuil de dentiste, des bouts de chair dans du formol sur des étagères, et, sur les murs, des vidéos d’aliénés affreusement torturés. Ambiance !
Il y a aussi un espace carcéral de l’autre côté : une succession de cellules un peu comme à Alcatraz. Une jeune femme très mince se tient recroquevillée dans l’une d’elles, nue, les yeux clos, et recouverte d’une sorte de gel. Au début j’ai cru que c’était une statue ! Je suis allée la regarder à plusieurs reprises, elle bougeait à peine, au ralenti. Performance très poétique et fetish.
La grande salle est survolée de ballons géant en forme d’oeil, « Big brother is watching you », tandis qu’au plafond de la salle suivante flottent des corps nus allongés et roses fluo.
Une véritable salle de classe est installée en face du donjon, avec le tableau de la maîtresse, plusieurs rangées de tables d’écoliers. J’ai trouvé ça très chouette à première vue, mais finalement, mieux vaut une grande playroom comme la fois précédente je trouve, car il ne s’est pas passé grand-chose sur ces bancs d’écoliers peu confortables et un peu trop en vue ! Cependant, quelques dortoirs protégés de rideaux permettent aux « pensionnaires » de se cacher. Un atelier de lectures hystériques est proposé : lire avec un sextoy entre les jambes. Troublantes lectures, par des voix brisées par le plaisir, j’adore ! Je ne m’y suis pas risquée, ne lisant pas le hollandais, et me méfiant des sextoys « marteau-piqueur ».

Je monte sur la mezzanine, mon point de vue préféré, et j’observe avec quelques autres l’embrasement progressif de la soirée. Le feu couve, longtemps, avant de prendre pour de bon. 22h, la soirée démarre officiellement, les nouveaux venus affluent en grand nombre, tous les espaces sont ouverts, nous nous déployons partout. Et à minuit, la musique monte encore d’un cran, nous recevons une véritable averse de paillettes et de confettis sur la tête, tandis qu’une voix caverneuse et profonde nous fait vibrer des pieds à la tête en annonçant «Waaastelaaannnd !». La soirée vient encore de franchir un pallier, et nous emporte, youhou !

Je retrouve plein d’amis de soirées parisiennes, tout un groupe des Goûters du divin marquis est venu, ainsi que des amis fetish, absolument magnifiques dans leurs tenues de latex – j’espère qu’ils ont posé devant le photographe de soirée ! De mon côté, j’ai opté pour une petite robe en vinyle zippée, avec un képi de l’armée pour coller au thème, mais je l’ai vite remis dans mon casier car il chutait tout le temps — j’ai privilégié ma liberté de mouvement au look ^^
Nous dansons ensemble, heureux de nous retrouver si loin de nos repères habituels, bizarrement libérés. Mais rapidement, notre petit groupe éclate et se disperse dans la soirée ; place à l’aventure !

Je tombe par hasard sur un ami hollandais, nous bavardons, et il me propose de m’offrir un verre.
– Qu’est-ce qui te ferait plaisir ?
– Un coca-cola !
(Soyons sage en ce début de soirée, et évitons de le ruiner)
Mais entre la barrière de la langue, my lovely french accent, la techno à plein volume dans nos oreilles, il comprend une vodka-cola !
– Heu, ben, thanks you !
Me voilà en train de siroter ce breuvage fortement alcoolisé. J’étais tout à fait bilingue ensuite ! et la langue bien déliée…
Je ne m’attarde pas auprès de lui, j’ai la bougeotte, je ne veux pas me retrouver enfermée dans une relation toute la nuit, avec un « cavalier officiel », aussi sympathique soit-il.
Je fais ce constat, une fois de plus. Quand les français sont souvent cyniques, sarcastiques, taquins, jouant les blasés… les hollandais, les allemands aussi, me semblent plus naïfs, «premier degré » (peut-être en raison de nos langues différentes). Ils me regardent avec un grand sourire franc, se plantent devant moi, et me font des petits compliments : « I like your smile », « Nice outfit »… juste comme ça, sans rien attendre en retour, car ils s’en vont ailleurs aussitôt. Je sens chez eux une certaine candeur, quand nous les français adorons manier l’ironie. On rit beaucoup entre français, on se lance pique sur pique, on se taquine, mais on a du mal à se dire des choses qui font du bien au premier degré (bon, ce sont des raccourcis vite fait, certains français n’ont pas ces pudeurs). Les hollandais sont extrêmement sympathiques, chaleureux, curieux, souriants (en tout cas ceux et celles qui viennent à ces soirées !). Et grands ! Je dois parfois renverser ma tête en arrière pour leur répondre.

Le « donjon » est ouvert, et je m’en vais l’explorer de fond en comble. C’ un vaste labyrinthe constitué de hautes parois avec des impasses, des recoins, des cachettes… il recèle quantités de banquettes et d’installations bdsm : des slings, des piloris, des bancs à fessée… mais malgré ce mobilier inspirant, je surprends peu de pratiques bdsm, il s’agit avant tout de vigoureuses étreintes, entre garçons, entre filles et garçons… De nombreux voyeurs, des curieux, déambulent pour le plaisir de regarder et de rejoindre les jeux peut-être.
Il me semble que la soirée devient moins délurée au fil des années : les playrooms sont moins vastes qu’auparavant, plus « sages », les gens moins joueurs, plutôt voyeurs… Où est-ce moi qui suis moins innocente qu’avant ? Et la fameuse dark room sous la scène centrale a disparu : on n‘y voyait goutte, on entendait seulement pulser les basses. Un lieu où tout le monde s’attrapait à l’aveugle, pour libertins très avertis et très agguéris ^^. Je le parcourais le cœur battant et à toute allure pour échapper à mes « poursuivants », même s’ils ne me voulaient que du bien !

Les shows sont toujours aussi merveilleux et enchanteurs : des danseurs évoluent en permanence sur de petites estrades au milieu de la piste de danse, et d’incroyables performances se déroulent sur la grande scène toute la nuit :
Je suis au premier rang pour admirer le show de mère dragon, et waou, je suis subjuguée par son show. Elle apparaît avec sa coiffe noire de nonne toute en latex, portant un chandelier allumé. Elle enflamme ses mains, sa bible, et son auréole ; effet diabolique ! C’est magnifique, et bien subversif. Elle danse avec des éventails de feu, avant de s’envoler dans de grands rubans noirs suspendus.
J’ai aussi admiré une belle séance de shibari, une suspension. La jeune femme dansait tout en étant entravée. Et j’ai frémi en observant l’envol d’une autre performeuse, grâce à des crochets plantés directement dans son dos.
J’ai manqué de nombreuses performances à mon grand regret : j’ai aperçu de loin un défilé de mode, des danses fetish, des scènes d’aiguilles, de perçage… Difficile de tout vivre !

J’ai privilégié les plaisirs de la danse ! C’est amusant car la dernière fois, j’avais passé un temps fou dans une petite de danse sur le côté, mais cette fois je l’ai presque ignorée, je m’en servais comme « raccourci » pour éviter la foule et rejoindre le deuxième dance-floor au fond, mon préféré avec sa musique bien techno (les Monarch et Master Squat m’ont définitivement influencée, j’ai besoin de gros son !). Je me suis longuement attardée là, tout en regardant les performances : des séances de fist, des danses futuristes avec des lasers verts…

La soirée est passée à la vitesse de l’éclair. C’est toujours le même phénomène à l’œuvre : elle démarre assez lentement, s’étire, j’ai des heures devant moi, l’éternité. Et puis tout s’accélère, je manque de temps pour vivre tout ce que j’aimerais, et j’ai un mal fou à m’extraire de la soirée.
Il est 5h30, il est temps d’attraper la navette qui nous ramène à la gare d’Amsterdam. Nous courons avec deux amis jusqu’à la route. Las, nous venons de la manquer, et la prochaine est dans une heure ! Nous aurions pu rester plus longtemps dans la soirée… à nos risques et périls il est vrai, car la dernière navette est souvent surbookée. Prendre un taxi ne nous tente guère, ils s’avancent tous vers nous comme des zombies en répétant « taxi ! taxi ! » d’un ton plutôt agressif. Nous préférons marcher jusqu’à la petite gare de banlieue voisine, où notre ami nous dégotte un café chaud, ce petit miracle, avant de prendre le premier train du matin, direction la gare centrale d’Amsterdam, et puis Paris, dans un état de fraîcheur discutable ^^.

L’album du photographe officiel Heinrich von Schimmer

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