Aux Belles Poules

Fresque Aux belles Poules
J’ai assisté à une conférence très intéressante sur les maisons closes

« In situ », puisqu’elle s’est déroulée Aux Belles poules, un établissement qui a conservé son beau décor d’époque, avec ses fresques en céramique, ses miroirs… (découverts par hasard à l’occasion de l’achat du lieu pour un tout autre usage, le décor était masqué par des coffrages en bois, troué par la plomberie…. Il a été restauré avec amour et dans les règles de l’art, et le lieu a retrouvé un peu de sa vocation d’origine en devenant un cabaret, un lieu de fête, d’histoires…)
La « tenancière » et conférencière s’est montrée passionnante et enthousiaste !

Elle nous a raconté l’histoire de la prostitution, son âge d’or à la fin du19e et à la Belle époque, son déclin ensuite (Les maisons closes sont devenues moins fréquentées, avec l’essor des « maisons de rendez-vous » – les filles n’étaient plus enfermées et rentraient chez elles), et connaissent aussi des soucis de « réputation » car de nombreuses maisons avaient été réquisitionnées pendant l’occupation, et s’étaient montrées collaboratrices) , et sa fin, à l’instigation de Marthe Richard (qui n’en demandait pas tant !)

Elle nous a peint la vie quotidienne des prostituées, sans nous cacher leurs difficultés :
— Le système indigne de la « dette », qui les empêchait de quitter « la maison » (avec des reventes de dettes entre maisons, ce qui obligeait la fille à changer d’établissement quand c’était le cas, sans son avis),
— Le paiement en « jetons », qui empêchait la remise d’argent en mains propres aux prostituées, et permettait aussi de faire de la pub (ils étaient distribués dans des cafés, etc..)
— La promiscuité (elles n’avaient souvent pas de chambres à elles, elles dormaient dans des dortoirs, ou devaient aussi y recevoir leurs clients)
— Les soucis liés aux maladies (la pénicilline n’arrive qu’en 1940, et les médecins qui les examinent depuis que Napoléon a légiféré ne désinfectent pas leurs instruments entre deux filles !)
— Les maisons d’abattage : 50 à 60 passes par jour – j’étais choquée, très triste aussi
— Le fichage « police » à vie,
— La difficulté d’en sortir, et, quand on prenait de l’âge, on se retrouvait dans des maisons de moins en moins réputées, avec des conditions de travail épouvantables…
Pour réussir à se libérer, elles pouvaient se marier avec un client, monter en grade en devenant « sous-maîtresse », et même devenir tenancière à leur tour. Ou s’échapper !
— Malgré quelques moyens de contraception (essentiellement des éponges vinaigrées, malgré le début des préservatifs, en panse de brebis ^^), les filles tombaient enceintes. Elles pouvaient faire appel à des « faiseuses d’ange », ce qui n’était pas sans risques, ou accoucher, puis revenir dans leur établissement, avec même l’autorisation de pouvoir garder leur enfant un an, avant de devoir le mettre en nourrice (ce qui aggravait encore leurs difficultés financières)

Un monde englouti entièrement dédié aux plaisirs des hommes, tenu par des tenancières sous la coupe de maffieux. Toujours des hommes aux commandes ! Si les maisons rouvrent en France, à l’instar d’autres pays européens, j’espère qu’elles ne seront régies que par des femmes, et sans homme derrière pour tirer les ficelles ! Une affaire de femmes, entre femmes, veillant les unes sur les autres, et assurant leur confort, leur sécurité, leur santé mentale et physique…

– à noter que la prostitution était générale à l’époque, tant les salaires étaient faibles : les femmes ne se prostituaient pas seulement en « maisons » , mais aussi le soir, dans des brasseries (les « soupeuses ») pour arrondir leur fin de mois, tandis que d’autres se pressaient place des Vosges (2000 filles !)

La conférencière nous a raconté plein d’anecdotes joyeuses aussi ! Les repas servis par des serveuses nues sous leur tablier ; les chambres à thèmes bien kitch (mention spéciale à la chambre « transatlantique » où l’on recevait des paquets d’eau, à la baignoire emplie de champagne… glacé ! – et aussi la chambre « compartiment de train », avec paysage qui défile à la « fenêtre », et bruit de loco – « comme les love hôtels aujourd’hui », me murmure mon voisin qui s’y connait ^^) ; les clients tellement assidus qu’ils habitaient là ; les filles qui jouaient un rôle (la vierge, etc… ), des saynètes ; le « tiramisu » inventé dans un bordel Vénitien, et qui signifie « tire-moi »… Il y avait un cuisinier dans les maisons, la chère étaient bonne, les filles très bien nourries, car on les aimait bien en chair !
J’ai savouré toutes ces histoires !

Merci mille fois à l’ami qui a tout organisé ! Et m’a offert un livre pour poursuivre ces explorations, avec un marque-page qui m’a touchée… !

Paris coquin

Une époque fascinante et terrible, explorée avec un ami auteur il y a longtemps, quand je commençais à écrire : Les mystères du Chabanais, l’initiation d’une petite paysanne montée à Paris, qui fait rapidement son chemin jusqu’à la plus célèbre maison close du moment !
(petite pub au passage ! Mais bon, ça s’est mal terminé ^^ J’ai envie de reprendre mon histoire, d’écrire la suite, maintenant que je me suis replongée dans l’ambiance de l’époque)

Les mystères du Chabannais

 

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Pour en savoir et plus et assister à la conférences, aux spectacles : Le site des Belles Poules

– Photo d’illustration : fresque représentant une prostituée, avec les cheveux roux (comme les sorcières), et un serpent sur ses genoux, symbole du péché

1 commentaire

  1. Xg
    Xg a écrit :

    Merci pour la reconnaissance de ce lieu préservé et restauré, ton épilogue décrit bien l esprit libre et cloisonné. Et ce touchant personnage qui vous a accompagné était un galant homme c est sûr. À voir c est évident même le soir apparemment.

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Clarissa
À propos de l’auteur

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