Premier café en terrasse

clarissa-café-pm

   Un ami artiste, JiW, m’a représentée dans l’un de mes environnements préférés – un café ! – en train de me livrer à mon activité favorite : écrire dans un carnet…
   Une allégorie du déconfinement en quelque sorte ;-), une liberté symbolisée par la nudité dans l’espace public, et surtout par ce café dégusté en terrasse !
   – Bientôt, J-18 !
   Son dessin m’a donné envie d’écrire une histoire prémonitoire 😉

***

   Elle se réjouissait de l’ouverture des terrasses de café, il était temps ! Elle allait enfin pouvoir écrire en terrasse en sirotant un expresso ! Elle avait toujours adoré écrire dehors, au milieu de l’animation de la ville : boire une gorgée brûlante de café, mâchouiller son stylo en se régalant du spectacle de la rue, toujours changeant, écrire quelques lignes perturbées par la sirène des pompiers, les cris joyeux des enfants… Parfois, elle jetait des regards en coulisses à ses voisins, cherchant à capter des bribes de conversation qui se retrouveraient éventuellement dans ses romans. Souvent elle ne faisait rien, elle rêvassait le stylo en l’air et s’amusait à observer le défilé sans fin des passants, elle imaginait leurs vies, leurs drames, leurs passions ; elle s’étonnait de leurs tenues, s’émouvait de leur beauté parfois, souriait des facéties des enfants… Des histoires et des tragédies jaillissaient dans ses pensées. Ensuite, il fallait choisir, faire le tri ; impossible de retranscrire toutes les histoires qui lui traversaient l’esprit comme des éclairs…
   Elle était privée de ce plaisir depuis des mois, elle n’en pouvait plus de ces restrictions sanitaires ! Tant de semaines passées enfermée dans son petit appartement, à écrire entre quatre murs, avec pour seul horizon une petite fenêtre donnant sur une courette fermée.
   Mais ce temps-là était révolu, elle retrouvait enfin la rue et ses cafés préférés.

   Elle bondit hors de chez elle, dévala les escaliers, heureuse. Dans sa hâte, elle ne prit que ses cahiers et un stylo, elle oublia tout le reste. Elle oublia même de s’habiller ; elle en avait perdu l’habitude. A quoi bon s’habiller pour rester seule chez elle toute la journée ! Et puis, ça la mettait dans l’ambiance de rester toute nue : elle écrivait des histoires érotiques.
   Elle courrait, légère, exaltée comme si elle se rendait à un rendez-vous amoureux. Son cœur battait fort, tant elle était pressée et émue à l’idée de s’installer en terrasse.
   Un policier passant par là faillit la verbaliser, avant de se raviser ; il n’y avait personne en cette heure matinale. Et puis, courir nue dans la rue, quelle jolie façon de fêter le retour de la liberté ! Il avait mieux à faire, il détourna la tête et passa son chemin. A regret.  

   Elle choisit le plus beau café de son quartier et s’assit en terrasse, appréciant tout autant la fraîcheur de la chaise sous ses fesses que la chaleur des premiers rayons de soleil taquinant son cou et ses seins. La prochaine fois, elle penserait à prendre son chapeau !
   Mais bientôt, les regards brûlants de sa voisine la réchauffaient bien plus que le timide soleil de mai. Elle n’osait lever la tête et lui rendre ses regards, elle ne voyait que ses cuissardes de vinyle évoquant d’autres plaisirs qu’un café en terrasse…

   Illustration : JiW. D’autres dessins sur sa page Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

À propos de l’auteur

Blogueuse