Le rêve américain

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  Docul-fiction : visite d’un club libertin Américain !
   Si l’histoire est inventée de toutes pièces, le lieu existe bel et bien, il s’agit du Power Exchange, à San Francisco.

***
   La fin du voyage approche, Paul devine le coup de blues de sa chérie et s’efforce de la réconforter.
  — C’est vrai, c’est court une semaine, mais on en a bien profité ! On a traversé le Golden Gate au soleil couchant, frémi devant l’étroitesse des cellules de la prison d’Alcatraz, gravi les rues pentues à bord d’un Cable Car centenaire, englouti mille plats étranges au cœur de Chinatown, attrapé le vertige en arpentant le Financial district le nez à l’air, et j’en oublie ! Il nous reste encore une soirée et presque toute une journée, il y a quelque chose que tu aimerais faire ?  
  — Oui ! Me faire plutôt…
  — Je t’écoute Célia…
  — Un Américain !
  — Quoi !?
  — J’aimerais un amant américain, c’est mon fantasme…
  — Moi qui m’attendais à un SPA ou un truc du genre…Tu ne m’as jamais parlé de ce fantasme, tu sais que l’on peut tout se dire pourtant !
  — Je l’ai seulement depuis qu’on a pris nos billets pour les US… Tu sais, les fantasmes, on peut toujours en avoir de nouveaux…
  — Surtout toi ! ça va être juste pour te dégoter un American boyfriend : le temps de t’inscrire sur un site de rencontres, de chatter un minimum in english…
  Célia ne se démonte pas.
  — Je te propose qu’on entre directement dans le vif du sujet : un sex club ! En plus, ce sera intéressant de visiter un club libertin d’ici, d’étudier comment les Américains si prudes gèrent ce type d’établissement, même si San Francisco constitue une exception dans ce pays puritain… une sorte d’étude sociologique, tu vois ?
  — Pas la peine de me donner des excuses bidon ! Je te rappelle qu’on est mariés depuis dix ans, je commence à te connaître un peu… Si on y va, c’est uniquement pour toi, et ton envie d’american lover !
  Les yeux de Célia se mettent à briller.
  — Tu serais partant alors ?
  Paul affecte de soupirer et lève les yeux au ciel pour rire.
  — Ouais… ma bonté me perdra ! Je suppose que tu as déjà repéré un lieu ?
  Célia se jette dans ses bras et l’embrasse sur les deux joues, ravie de son accord.
  — Effectivement, j’ai mené mon enquête ! J’en ai repéré un en centre-ville, pas très loin. Peut-être que tu te trouveras une Américaine ?
  — J’ai déjà trouvé une petite french girl sexy, je suis comblé ! fait Paul en la serrant fort contre lui.

  Le soir venu, Célia se pomponne avec soin, se couvre de dentelles noires, dessous sexy et mini robe assortie. Elle complète sa tenue avec des escarpins vernis pointus.
  — Tu me trouves comment, Paul ?
  — Ravissante, très chère. Je vois que tu avais prévu ton coup, pas étonnant que ta valise soit si lourde !
  — C’était aussi au cas où tu m’inviterais à un spectacle ou dans un bar chic… Tiens, je t’ai pris une chemise noire, car tes tee-shirts de films d’horreur, je le sens moyen…
  Paul s’abstient de défendre ses groupes de metal préférés ; ce n’est pas le moment, il sent qu’il n’aura pas toute l’attention de sa chérie.
  — Je nous commande un carrosse !
  Quelques minutes plus tard, le taxi les dépose devant une devanture clignotant de tous ses spots lumineux. L’accueil est chaleureux, bon enfant, plus avenant et souriant qu’en France. On leur demande d’inscrire leurs noms sur un listing et de présenter leurs passeports. Célia s’étonne, ils n’ont pas l’air d’avoir moins de 21 ans – malheureusement –  mais ce doit être une procédure obligatoire.
  Délestés de leurs vestes, ils prennent le temps d’explorer les lieux. L’accueil donne sur une vaste salle équipée d’installations BDSM : croix, bancs à fessée… chaque installation est entourée d’un cordon de sécurité, afin de tenir à distance les voyeurs. Célia a envie de rire : les dominants et leurs soumises ont l’air enfermés dans des enclos comme à la ferme. Il n’y a pas de piste de danse, ce qui manque un peu — danser, c’est toujours propice aux rencontres — mais ce n’est pas le thème de la soirée, de toute évidence. Plus incongru encore, il n’y a pas de bar, impossible de trinquer avec une coupe de champagne histoire de se désinhiber un peu. L’homme qui tient l’accueil vend aussi des canettes de coca et d’autres sodas pour dépanner les assoiffés, gardés au frais dans un petit frigo près de son comptoir. Célia rassemble tout son courage, elle n’a pas besoin d’alcool, elle ne connaît personne ici, elle peut se lâcher ! D’autant plus qu’elle ne reviendra jamais.
   C’est à elle de prendre l’initiative, Paul n’est là que pour exaucer ses souhaits. Son souhait… il n’y a plus qu’à trouver Brad Pitt ! Elle prend Paul par la main et l’entraîne.
  Au sous-sol, les hommes seuls sont acceptés, et là aussi les coins câlins sont délimités par des cordons de sécurité. Tout le monde se tient sagement derrière ces rubans, comme s’il s’agissait d’un spectacle, pour admirer des « performances » plus ou moins artistiques.
  À l’étage, l’espace dédié aux couples propose plusieurs banquettes et lits, et renonce enfin aux fameux rubans encerclant les joueurs. On circule de façon fluide, c’est à la fois plus naturel, plus spontané, moins « voyeur ». Une mezzanine offre une vue imprenable sur la vaste salle animée de séances BDSM. Célia s’accoude et se cambre, tendant bien ses fesses. Ce serait bon d’être prise ainsi, tout en regardant le spectacle en contre-bas ! Elle préfère n’en rien dire à Paul, il la prendrait au mot. Comment savoir si c’est autorisé : ont-il le droit de libertiner en dehors des lits et des banquettes prévues ? Mieux vaut se tenir à carreau et éviter de se faire remarquer.
  Célia ne se contente pas de visiter et jauger la logistique, elle scrute chaque mâle l’air de rien, à la recherche de l’heureux élu. Aucun ne lui plaît vraiment, son chéri est bien plus mignon que tous ces bellâtres ; à quoi bon aller voir ailleurs ! Où sont les joggers californiens aux tablettes en chocolat dessinées sur le ventre, ou les joueurs de football professionnels ? A la limite, un trader en costume du financial district ou un cow-boy conviendraient aussi… mais là, il y a surtout des messieurs tout le monde en jeans-basket-teeshirt, voire sweetshirt à capuche… ça ne fait pas rêver ! Alors que les filles, elles, se sont mises sur leur 31 avec leurs tenues fetish ultra sexy, leurs bas résille troués et leur maquillage bien chargé qui commence à couler. 
    Célia finit par s’avancer vers un garçon au visage rond et souriant, avec de bonnes rouges, mais à peine touche-t-il son bras qu’elle s’écarte. Il est beaucoup trop fébrile, pressé, direct… Elle a besoin de lenteur, de prendre son temps, de faire comme s’ils avaient la nuit entière devant eux pour se découvrir…
   De retour dans l’espace couple, un vaste lit leur tend les bras.
   — On se câline un peu, pour se metttre dans l’ambiance ? Et qui sait, un couple viendra peut-être nous rejoindre ? suggère Célia.
   Pas de temps à perdre, elle ne fait qu’une bouchée de son mari, fouettée par les gémissements et les cris qui baignent les lieux, rêvant d’inconnus se succédant en elle à l’infini. 
  Personne ne se présente, ils se consacrent l’un à l’autre, se redécouvrent dans ce club au bout du monde, et ce qui ne devait être qu’une petite mise en jambes s’éternise.
   Paul s’étire et se redresse, un peu étourdi. Il aide Célia à se relever, replace ses mèches de cheveux en bataille, avant de la guider vers la grande salle du bas.
  — Il est presque 3h30, on va peut-être rentrer ? Ça ferme vers 4h de mémoire… On te trouvera un Américain à Paris, j’en fais une affaire personnelle.
   — ça ne sera pas pareil, regrette Célia, boudeuse. Mon fantasme, c’est un Américain en Amérique ! Un Américain déraciné, ça ne fonctionnera pas, ce serait comme un moniteur de ski dans le métro, un moniteur de voile en ville sous une pluie d’automne, un…
   Célia ne termine pas sa phrase, elle s’arrête net au milieu du couloir : elle vient de remarquer un homme sexy en diable. Il se tient appuyé contre le mur, désinvolte, quand tous les autres hommes patrouillent aux aguets et cherchent à attirer son attention. On dirait que celui-là n’attend rien de spécial, se suffit à lui-même, et c’est justement ce qui le rend irrésistible. Le cœur de Célia bat plus vite, sa peau rougit, chauffée à blanc par son désir ; elle le veut, lui, et personne d’autre. 
   L’inconnu la regarde en souriant, un sourire ravageur tout droit sorti d’Hollywood, sans esquisser la moindre approche, toujours aussi dilettante. Célia lui sourit timidement en retour, avant de s’avancer vers lui comme une automate. Bon, il n’a pas grand chose en commun avec un surfeur ou un joueur de hockey, mais il émane de lui un charme discret, trouble, ambigu aussi, avec ses anneaux aux oreilles, son corps mince et sculpté, ses petites lunettes… Célia se tourne vers Paul pleine d’espoir ; il l’encourage des yeux et d’un hochement de tête. Célia s’approche au plus près de l’inconnu et l’aborde. Tout à coup, elle devient parfaitement bilingue — le pouvoir du désir ! Ils bavardent naturellement, sans pression, échangent leurs prénoms, leurs villes d’origine, leurs goûts… Célia décide de passer à l’étape suivante et se lance –  le temps presse. Elle ouvre le bal, toute honte bue.
   — May I touch you ?
   — Yes, sure !
   — May I kiss you ?
  John ne répond pas, il prend les devants et l’embrasse, un vrai baiser de cinéma. Il est si grand, elle doit se ployer en arrière, telle Scarlett O’Hara dans les bras de Rhett Butler. Il la tient d’une façon tendre et fougueuse à la fois, un mélange de douceur et de force, de lenteur et de voracité qui lui tourne la tête. Il la serre fort à la briser en deux, à lui couper le souffle, pressant entre ses grandes mains sa taille fine. Célia se dégage de son étreinte et reprend sa liberté ; elle veut garder le contrôle de la situation et la maîtrise du timing. Ils n’ont pas le temps de s’embrasser des heures durant !
   Elle l’entraîne dans une petite chambre. Ils ferment l’entrée à l’aide du fameux cordon de sécurité, pour indiquer leur souhait de rester seuls. Paul se poste devant la porte les bras croisés et assure le service d’ordre si besoin ; aucun nouveau venu n’osera s’incruster. Il leur adresse un laconique « vous avez une demi-heure avant la fermeture », avant de se retourner pour leur laisser un peu d’intimité. Il n’a plus que la bande son, et c’est déjà trop s’il en juge son érection douloureuse.
  Célia se coule dans les bras de John, excitée et aux anges de réaliser son fantasme. Cet Américain ne la connaît pas, il a d’autres codes, d’autres références, elle ne le reverra jamais… elle peut s’assumer telle qu’elle est : une dingue de sexe et du corps des hommes ! Il pensera ce qu’il veut, que toute les françaises sont chaudes comme la braise, ça lui est bien égal
   Mais c’est sans compter sur la nature dominante de son partenaire, une façon de dominer particulière, faite de douceur, de lenteur. Très vite, elle ne mène plus la danse et s’abandonne à sa poigne. Elle bascule dans un monde de plaisir et de sensations, où toute notion du temps, des lieux, disparaît. Il n’y a plus qu’eux, leurs corps, leurs peaux qui s’attirent et s’aiment.
  Célia est brusquement ramenée sur terre. Paul chatouille son oreille de sa bouche, il lui chuchote quelque chose. 
  — Il ne reste que quelques minutes…
   Célia s’extirpe avec difficulté des bras de John, et rejoint Paul à regret, avec un goût d’inachevé. Elle reste silencieuse, absente pendant tout le trajet du retour. Paul décide de lancer le « débriefing » dès qu’ils poussent la porte de leur chambre d’hôtel. Leur petit rituel après leurs soirées kinky.
  — Alors, tu es contente d’avoir réalisé ton fantasme ma chérie ?
  — Mouii…
  Paul s’inquiète. Contre toute attente, Célia semble déçue, triste même.
  — Que s’est-il passé ? Il s’est mal comporté, il t’a fait mal ?
  — Oh non, au contraire, c’était l’amant parfait pour moi… Et il faut qu’il soit américain ! J’ai comme un chagrin d’amour, tu vois… je ne m’y attendais pas, mais apparemment, ça peut être fort les amours de vacances !
  Paul lève les yeux au ciel, il ne comprendra jamais les femmes. Sa femme en tout cas.
  — ça a seulement duré une demi-heure, et il ne t’a même pas fait jouir ! Je crois que j’ai une idée pour te consoler… Allonges-toi sur le lit, on n’a pas de temps à perdre, il nous faut dormir un peu, car on doit rendre la chambre avant 11h demain !
  Célia grimpe sur le lit avec enthousiasme, fait valser sa culotte et plaque la tête de Paul entre ses jambes. Elle invoque des images excitantes : son américain enlevant son tee-shirt et exhibant un torse musclé, son sexe bandé qui jaillit de son caleçon, sa voix grave qui la couvre de « you’re so gorgeous », ses plaques militaires qui oscillent sous nez pendant qu’il remue en elle, ses grandes mains qui empoignent ses seins, ses hanches, la soulèvent de terre, son sexe qui la pilonne jusqu’à ce qu’il jouisse avec des gémissements ponctués de « oh my god » si sexy… Célia se tord de plaisir et jouit à l’unisson de ses souvenirs.
  — Content d’avoir réussi à te faire oublier ton Américain l’espace d’un instant, se félicite Paul.
  — « Oublié », c’est beaucoup dire, mais disons que je me réjouis du moment que j’ai passé avec lui, et je n’en garde que le meilleur !
  Devant le regard sourcilleux de Paul, Célia s’empresse d’ajouter.
  — C’est toi l’amant fait pour moi, tu le sais bien ! Personne d’autre ne me donne autant de plaisir… mais je suis d’accord avec ta proposition finalement : me trouver un Américain à Paris !

  Le site du Power exchange
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