Rêve envolés

Pour une nuit ou pour la vie

Certaines relations, on sait d’emblée qu’elles seront éphémères : une nuit, une semaine, une année… Mais « ça vaut le coup quand même » ! Le temps est compté, on se dépêche de « tout faire », d’en profiter un maximum, jusqu’à épuisement du sujet ! (le prix à payer, un éventuel chagrin d’amour, doit être inférieur au plaisir du moment – parfois, on le sous-estime, tant on se jette corps et âme dans une aventure sans réfléchir)

Et puis il y a des relations, on sent tout de suite, ou assez vite en tout cas, que c’est pour la vie, pour toujours !
Cette ivresse de se rencontrer, de s’être « trouvés » ! Je pense que c’est assez rare, peut-être 2 ou 3 fois dans une vie, et encore. Il faut déguster chaque instant de ce petit miracle, car le coup de foudre réciproque, dans la durée, c’est rare. Cupidon alignant ses deux flèches, perçant deux cœurs au même moment….
Puisqu’on a le temps, on prend tout notre temps, on progresse à pas de loup, notamment sur le plan sensuel. On devine que tout est possible ! Mais pas tout de suite… On échange sur nos fantasmes, certains très doux, d’autres bien hard : bdsm, libertinage, tout est possible… On ne va pas se presser, on ne va pas se cramer en quelques mois, on va recommencer encore et encore ce qu’on adore déjà, ce qui n’empêche pas de fantasmer à gogo, à outrance, en se chuchotant des insanités, ou à longueur de messages entre deux rendez-vous.
Et puis il y a ces fantasmes ultimes que l’on caresse, que l’on envisage de loin, auxquels on se confronte, à peine, car ils font peur, ils sont dévastateurs pour le cœur ; plus tard !
(Mais plus tard n’arrivera jamais, car le destin en a décidé autrement, en arrêtant son cœur et en brisant le mien.)
Une relation comme on en vit rarement dans une vie : entière, passionnée, fusionnelle (trop), sur plein de plans différents. Ma dernière relation ; mes seules relations à long terme sont des relations amicales à présent.
Mon homme excepté, mon soleil depuis toujours, autour duquel je gravite, attirée, tout en profitant des comètes de passage, à la queue étincelante et au corps en feu… Là, j’avais trouvé ma lune, mon satellite, attaché à moi, contre vents et marées, fidèle, tournant autour de moi à jamais, se rapprochant souvent dangereusement, jusqu’à la fusion nucléaire… Il a malgré tout réussi à s’arracher à mon attraction pour exploser en vol en poussières d’étoile, me laissant infiniment seule dans l’immensité de l’univers, malgré mon soleil qui me réchauffe de son mieux de ses rayons ardents et m’encourage à m’amuser avec les comètes qui tombent en pluie autour de moi, avec tous les astres errants, qui voudront bien se laisser capter un instant. Je les attire parfois autour de moi, mais je reprends vite mes distances de planète solitaire, les éjectant… Je tourbillonne moins vite, mon feu intérieur s’affaiblit, je vais finir par devenir une planète froide comme Mercure, alors que je brûlais comme Venus !
– Bon, j’arrête avec mes métaphores foireuses et reviens à mon sujet, après ces longues digressions ^^

Rêve de candaulisme

Il y a certains fantasmes qui ne peuvent s’envisager que dans le cadre de ces relations-là, parce que les sentiments sont un puissant exhausteur de ressentis ! Ils augmentent tout, embellissent, exaltent… S’ils ne sont pas présents, ou pas assez, l’expérience se révélera sans doute excitante, sympa, mais pas dévastatrice, bouleversante…
Je pense au candaulisme notamment (il y a d’autres fantasmes, encore plus extrêmes, je les garde pour moi pour l’instant).

Le candaulisme : aimer que son partenaire prenne du plaisir avec un autre ou des autres. Un fantasme plutôt masculin je pense (et c’est source de joies et de plaisirs pour les femmes en couple avec un candauliste !), délectable pour les sensations de pincement de jalousie qui se mêlent à l’excitation, comme du piment rehausse un plat qu’on adore ! Un cocktail paradoxal, avec des ingrédients contradictoires… (Finalement, le bdsm, c’est souvent paradoxal : la souffrance, l’humiliation, la honte, la jalousie, sont des ressentis négatifs a priori, mais transcendés, transformés en excitation et en plaisir, voire en addiction – il me semble que j’ai déjà écrit là-dessus, mais ça me fascine, j’y reviens encore et encore)

Il existe plusieurs niveaux de candaulisme, du plus soft au plus engagé :
– écouter les récits de l’autre, ou les lire
– l’entendre (en étant dans une pièce à côté, ou les yeux bandés, ou au téléphone en direct-live)
– le regarder (via une vidéo, ou en direct-live)
Certains vivent leur candaulisme de façon soumise, ils aiment le côté humiliant d’être un « cocu consentant », d’autres pas du tout, ils sont excités par le plaisir que prend leur partenaire – et c’est ce candaulisme-là qui est succulent je trouve)
J’écris au masculin, mais certaines femmes le sont aussi. Je le suis, je pense, un peu (avec modération, pour protéger mon coeur sensible !).

J’ai caressé ce fantasme avec lui, je me suis approchée au plus près, me brûlant un peu au passage 
J’étais très intéressée par sa vie « avant moi », sa vie amoureuse, sa vie sexuelle. Ses récits m’excitaient et excitaient ma jalousie aussi, mais sans souffrance, puisqu’il s’agissait de son passé. Une jalousie joyeuse, pétillante, émoustillante, un moteur de plus dans le désir puissant que je ressentais pour lui. Je l’avais encouragé à tout me raconter, et j’avais dégusté comme du miel sa gène, mêlée d’excitation honteuse, à l’évocation de ces souvenirs, pas toujours glorieux. Ce coup de fouet ressenti, ces griffes de tigresse qui ont soudain poussé et se sont acharnées sur lui, pour tenter de soulager la tension, cette excitation hors-norme qui m’enflammait comme une torche !
J’avais le projet de lui demander de tout me raconter encore, de le soumettre à la question telle une enquêtrice pour reconstituer le fil de son éducation sentimentale. Et peut-être lui aurais-je demandé de revivre certaines choses, de retomber dans ses penchants ; cette pulsion de vie, ce désir qui l’entraînait loin…
Par confort, par peur, je repoussais toujours ; on avait le temps (en fait non). Je préférais refaire encore et encore ce qui nous plaisant tant, remettre à plus tard les expérimentations « dangereuses » pour notre relation, de crainte que ce ne soit les dernières. Mon coeur en cendres ne l’aurait pas supporté peut-être…  J’ai tenté un peu un soir, je n’ai pas aimé ce sentiment de délaissement, qu’il préfère une autre femme, même si c’était à ma demande. Cette morsure de la jalousie me faisait souffrir, au lieu de m’exciter comme ses récits. Il me faudrait tenter à nouveau, dans un autre contexte, avec une inconnue plutôt qu’une amie…
Lui adorait, candauliste jusqu’au bout des ongles, et c’était source de désir et de plaisir pour moi aussi ! Ce qui l’excitait m’excitait, divin cercle vicieux !

Nous n’avons pas eu la chance de poursuivre l’exploration de nos fantasmes, mais je continue à remuer ces pensées toute seule. Ce fantasme de candaulisme, entre autres, m’habite toujours. Je fantasme avec son fantôme, ça ne me paraît pas très sain, j’essaie d’arrêter. Je voudrais fantasmer sur des vivants, mais aucun ne m’inspire, aucun ne lui arrive à la cheville. Il explosait de sensualité, d’érotisme, naturellement, en ne faisant rien, sans efforts, sans artifices, avec même une certaine candeur, naïveté, ignorant ce qu’il dégageait. Un cocktail explosif qui me montait à la tête dès que je le voyais, qui déclenchait un désir qui ne s’est jamais tari, ou à peine, en sept années. Sept années de désir fou. En raison des difficultés pour nous voir aussi, des obstacles (il habitait loin, nos obligations, nos vies de famille)

Le candaulisme ne se savoure que s’il y a des sentiments (sinon, c’est juste du voyeurisme). Des sentiments amoureux, des sentiments bdsm d’appartenance… alors il procurera cette déchirure du cœur, délectable car éphémère, prévue, anticipée, espérée, excitante au-delà de tout. On y aspire, on l’a même réclamée à corps et à cris, pour jouir de ces ressentis hors-normes. Jouer avec les sentiments, tant que ce sont les siens… Quand on est sur des sentiments de l’autre ! Sinon, mieux vaut s’abstenir, le jeu n’en vaut pas la chandelle.
Mais quand le fantasme seul déchire déjà le cœur, provoque des sensations de chute libre, que se passerait-il « en vrai » : le cœur explosé, broyé, tabassé, exsangue ? Je ne m’y suis pas risquée, je remettais à plus tard, fantasmer me comblait déjà, et à présent c’est trop tard. Et mon coeur est quand même en miettes.

 

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