Zone rouge

Fichier 25-09-2017 14 31 59   J’ai fait un article sur Facebook, mais pour la postérité, je le recopie ici aussi 😉
    Octavie Delvaux a lancé une chaîne des plus originales, elle nous invite à évoquer un sujet très personnel, souvent tabou : les règles. Je n’ai pas été taguée, personne ne m’a demandé mon avis, rires, mais le défi m’amuse, et, malgré ma pudeur (de gazelle), je me lance à mon tour, à la suite de Julie Derussy, Aurore Baie…
    Je n’ai pas de problèmes à évoquer dans mes textes érotiques de nombreux fluides  : sperme, cyprine, sueur, salive parfois, avec des métaphores plus ou moins réussies pour ne pas verser dans des descriptions trop cliniques ; mais les règles ne sont jamais invitées dans mes histoires, ou très rarement, et dans un but humoristique plutôt, du style « flûte ! mon rendez-vous galant ! ». Pourquoi les traiter si injustement… j’ai même du mal à dire leur nom, à l’écrire, j’évoque mon « calendrier intime, personnel » par exemples ; mon homme dit « tes lunes », avec une allusion à ma mauvaise humeur supposée ou réelle peut-être .
    Les règles rythment notre vie de femme, en cachette, en secret, chaque mois. Elles font partie de notre quotidien, mais on n’ose même pas en parler entre copines, ou seulement par allusion. (Mais grâce aux réseaux sociaux, les choses sont en train de changer). Elles devraient avoir un bien plus beau rôle, après tout, elles préparent notre corps à l’arrivée éventuelle d’une nouvelle vie, mois après mois. Elles sont liées aux grands cycles de la vie, le cycle mensuel bien sûr, mais aussi celui de toute notre vie : les différents âges de la vie.
    Jeune fille, nous les attendons avec impatience, elles marquent le passage à l’âge adulte, et sont aussi symboliques qu’un rite initiatique. Toute nos copines les ont eues les unes après les autres, elles franchissent ce miroir mystérieux, quittent pour toujours le monde de l’enfance, quand nous restons sur le bas-côté. Et un jour, enfin, ces règles tant attendues surviennent ! Soulagement et joie ! Légèrement gâchée par nos mères qui nous incommodent avec leurs larmes d’émotion…
    Plus tard, les ennuis commencent, nos petits amis ne sont pas doués, nous sommes étourdies avec la pilule, bref, chaque mois, c’est l’angoisse : pourvu qu’on ne soit pas enceinte ! Et c’est le soulagement de la petite douleur annonciatrice de leur venue, synonyme de bonne nouvelle… et bientôt de mauvaise nouvelle quand nous voulons un bébé de tout notre cœur. La déception, mois après mois, quand elles reviennent toujours, jusqu’à notre cri de joie « je suis enceinte ! », et bientôt le cri de notre nouveau-né que nous serrons contre notre cœur, trop bon ! D’ailleurs, nous voulons un autre bébé, dès que le premier a trop grandi… et nous maudissons nos règles qui reviennent encore et encore.
   Et puis, les désirs familiaux sont remplacés par d’autres désirs, puissants, intenses : désir d’aimer, d’être prise, possédée… des rendez-vous amoureux sont pris, attendus avec impatience, mais parfois annulés, repoussés, par l’arrivée impromptue de nos règles, malgré notre appli iPhone censée nous prévenir, de quoi râler sans fin… mais peut être râlera t-on encore plus le jour où elles disparaîtront, elles nous manqueront même qui sait !
    Pendant de longues années, je n’en voulais pas, je les ai supprimées de ma vie, – pourquoi, je ne sais plus trop, je n’avais même pas l’excuse d’avoir mal… juste pour être tranquille – grâce à un contraceptif ad-hoc réclamé avec insistance à ma gynécologue, avant finalement de revenir à plus de naturel. Les accepter, les reconnaître comme faisant partie inhérente de notre nature féminine ; ce qui ne m’empêche pas de protester quand elles m’empêchent de faire ce que je veux, quand elle me privent de bains de mer, ou autres, car je ne me sens pas assez douée pour manier les éponges, les cups, etc… et parfois ce désir plus fort que tout, qui balaie les scrupules, la gêne, la honte, la pudeur, tant l’envie d’aimer est forte ; vite, une serviette rouge sombre pour épargner les draps blancs et s’aimer en toute insouciance ! Le moment délicat ensuite où les corps se séparent, avant de filer vers la douche, mais le plaisir était encore plus vif, car inattendu, imprévu, un plaisir volé et interdit. Tabou.

    Lire sur Facebook les articles de mes amies auteures et blogueuses : Aude Dite Oriom, Julie Derussy, Caroline Langlois, Aurore Baie, Ingrid La Douce, Miss Flo Flo.

    Photo : pub Nana

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *