Un peu de soleil dans l’eau froide, de Françoise Sagan

2017-08-23 10
    Toujours un plaisir de retrouver la plume fluide, légère, sensible, élégante, un brin cynique parfois, de Françoise Sagan ! Ses romans des années 60, je les aime beaucoup, elle sait si bien explorer les sentiments, nos défauts, nos élans, nos petites lâchetés… des romans complètement actuels, jusqu’à ce que certains mots anciens fassent sourire « poste de télévision », « chaîne stéréophonique »… sans compter les difficultés des amants d’alors : descendre au café du coin mettre des pièces dans le téléphone public, téléphoner à l’être aimé, absent 9 fois sur 10, ou qui répond d’une voix compassée en raison d’un conjoint non loin… tout était tellement plus compliqué, peut-être encore plus exaltant du coup ?
    Dans ce court roman, nous suivons Gilles, qui tente de guérir son mal de vivre en prenant des vacances au grand air, à la campagne. Ce parisien n’est guère à sa place dans cette ville de province étroite, jusqu’à ce qu’il rencontre Nathalie, qui va illuminer son séjour. Ils vont tomber fous amoureux, Gilles va retrouver sa joie de vivre, son énergie, sa vie parisienne, mais sera-t-il à la hauteur de l’amour et des attentes de Nathalie, une fois replongé dans son milieu familier de fêtes …
    Françoise Sagan nous décrit à merveille les premières fissures qui apparaissent dans cette relation, entre une femme trop entière, exigeante, exclusive, et un homme plus faible, plus lâche, qui enrage de ne pas se sentir à la hauteur et lui en veut.

    Citations
    Il retourna son visage dans l’herbe humide, une fois, deux fois, lentement, essayant d’y retrouver d’une manière délibérée ce délicieux bonheur qu’il y prenait autrefois. Mais même ces plaisirs simples ne se commandaient pas et il se regardait avec dégout faire ces gestes de comédien, de faux amoureux de la nature, comme un homme qui a eu une passion pour une femme et qui ne l’aimant plus se retrouve au lit avec elle, usant des mêmes mots et des mêmes gestes, mais le cœur sec, consterné.
    « Qu’est-ce qui m’a pris ? Pourquoi me suis-je mis cette femme sur le dos ? Tout cela finira dans un bordel de campagne près de Limoges, où je serai sûrement impuissant. Et je vais passer deux heures demain à m’ennuyer dans un musée. Suis-je devenu fou ? »
    « Je sais, dit-elle tranquillement. Mais je suis déjà amoureuse de toi ». Il eut une seconde de révolte, voire d’indignation. Mais enfin le jeu ne se jouait pas comme ça, on ne se remettait pas, avec tous ses vaisseaux, entre les mains d’un inconnu ! Elle était folle. Et lui, comment pourrait-il alors s’amuser à la séduire si elle avouait l’être déjà ? Comment pourrait-il avoir une chance de l’aimer si, dès le début, il ne pouvait douter d’elle ? Elle gâchait tout ! C’était contraire à tous les règlements. Mais, à la fois, cette sorte de prodigalité, d’incurie, le fascinait.
    Il sortit avec elle, un peu rassuré : une femme qui a lu est moins inquiétante, elle sait vaguement ce qui l’attend – ou ce qui attend l’autre.
    — Je vais mieux parce qu’il y a ici une femme qui m’aime et dont je supporte l’amour.
    La plupart des couples adorent se raconter des histoires, penser que leur rencontre revêt un caractère exceptionnel, et ces innombrables unions qui se forment dans la banalité la plus totale, sont souvent enrichies de détails offrant, tout de même, une petite extase. Finalement, on recherche l’exégèse en toute chose.

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