Switch ou pas switch ?

Laura Makabresku aftercare

L’autre jour, un ami me posait cette question :
—Tu es switch, toi aussi ?
— Oui, j’aime tester à l’occasion de nouvelles sensations, de nouveaux ressentis, je suis curieuse… J’ai déjà expérimenté le shibari, les martinets, le fouet… en douceur, hein !
— Est-ce que tu demandes exactement ce que tu veux à la personne dominante ?
— Oui, tout à fait, je lui dis ce que je souhaite, de quelle façon, etc… je lui demande de bien m’expliquer… j’ai besoin de me sentir en confiance, et puis, je suis plutôt douillette, je ne suis pas du tout maso.
— Pour moi, tu n’es pas vraiment switch alors, tu restes dominante, car tu dictes en détails ce que tu attends. Être switch, c’est pouvoir basculer d’un état d’esprit à l’autre. Quand on se glisse dans la peau d’un soumis ou d’une soumise, on se remet entre les mains d’un Maître ou d’une Maîtresse, sans lui exposer tout le scénario attendu !
— Ah oui, effectivement ! Je vois… je suis intéressée par les sensations, le plaisir, mais sans faire preuve de soumission… Je peux m’abandonner en confiance entre les mains d’un shibariste par exemple, le laisser me manipuler, et m’envoler ! Mais vivre une réelle expérience de soumission, jamais encore. Peut-être n’ai-je pas encore croisé la personne qui m’en donnerait envie ? Mais « un jour mon dominant viendra », qui sait 😉 En attendant, je m’amuse en toute insouciance… sans penser sur le moment aux concepts et aux mots !



Je recopie ici quelques réponses apportées sur Facebook, qui m’ont interpelée :

– Je pense la même chose.
J’ai été interpellée quand j’ai lu que tu « demandais exactement ce que tu souhaitais, de quelle façon ».
Ça traduit pour moi une curiosité, une largeur d’esprit, mais pas l’état de « soumission », comme tu le dis d’ailleurs.
Être switch, c’est en effet passer d’un état de « dominante », où tu diriges, tu tiens les rênes, à celui de « soumise », où tu es dans l’abandon, la confiance.
Et là tu ne demandes pas, tu te laisses guider.
Peut-être, en effet, que tu n’as pas encore rencontré la personne qui te donnera envie de t’abandonner, de lâcher prise.
(ThéOdora)
.

  • Les mots ont un sens et le choix des mots donne une portée symbolique.
    Je suis certain que Clarissa, tu prends soin de chercher le bon mot pour dire la chose juste 🙂
    M’est avis que le terme swith est impropre à beaucoup de situations parce que nous manquons de termes français pour exprimer des aspects plus nuancés.
    Dominante (aimer exercer un pouvoir) et par ailleurs sensualiste, voilà comment j’aborderai les propos de @Clarissa, bien que je lui reconnais définitivement d’abord le choix de ses mots.
    Proposer d’autres notions, comme heteroflexible en plus de bi, hétéro ou homo me paraît faire progresser les nuances sans nuire au personne désireuse de détermination de leurs champs sensuels 🙂
    (Maxence)
  • Tu peux très bien switcher pour un autre rôle sans que ça soit forcement celui de « soumise ». En anglais on parle de « tops » qui « donnent » et « bottoms » qui « reçoivent » pour parler de jouer sans relation de soumission, contrôle etc. Ce sont des termes que je trouve très utile, puisque moi je ne suis pas soumise non plus. Ça marche comme verbes aussi. On adopte en France ? En vrai ce n’est pas grave, on est pas obligé de rentrer dans des casiers stricts, dès qu’on communique bien et que tout le monde y trouve son compte. Mais trouver les mots justes c’est utile pour communiquer plus clairement et rapidement — si je dis à un anglophone ( surtout dans le milieu queer ) que je suis bottom/maso mais pas soumise, on comprend tout de suite la façon dont j’aime jouer. (Rose) .
  • Bonjour et merci de ces réflexions bien intéressantes.
    Je vous rejoins à 1000% sur le fait de ne pas toujours enfermer le fait de s’abandonner à l’état de soumission.
    Je ne me soumets jamais mais une personne habile et de qualité sera sûrement capable de me dominer … d’élever la vague de ce qu’elle apporte plus haut que mes propres digue
    Mais sans que je doive ouvrir les portes
    Je m’abandonne aussi à ce qui me dépasse à ce qui me permet de lâcher prise
    Si le courant est plus fort que moi, que mes doutes, que mes résistances
    Si c’est plus faible que moi aucun lâcher prise n’est possible, juste une comédie sur le fait de faire semblant ou je n’y vois que le fait de m’abaisser … au propre ou au figuré
    Je ne veux plus mélanger le mot soumission (qui demande aussi énormément de force et de courage) avec le fait de savoir ce que je veux … et ce que je ne veux pas
    Accepter de ne pas conduire le jeu bdsm et d’en offrir la conduite à une autre personne n’implique pas de confiance aveugle et d’abandon débile
    Les niveaux de compétences et de connexion des deux doivent être compatibles complémentaires et supplémentaires.
    Avoir plus à deux que seul
    Aller plus loin avec l’autre et grâce à lui ou elle
    Pas s’abaisser à rentrer dans un cadre où un costume trop étroit pour nous !
    Belle journée
    Merci pour les échanges
    (Chris)

    Photo : Laura Makabresku

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