Sapiosexuelle

un homme d'exception
    Je fais le tri dans mes billets rédigés cet été, et je reprends la liste de mes fantasmes et de mes paraphilies, avec la sapiosexualité –déjà traitée ici d’après mes tags (cool ces trucs pour une désordonnée comme moi !) –

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    Suite à mon billet évoquant la Sidérodromophilie, une amie, qui se reconnaîtra peut-être, m’a convaincue d’écrire un billet sur une autre paraphilie que nous partageons toutes les deux : la sapiosexualité, ou encore : être attirée par l’intelligence. Un grand sourire, un regard pétillant, un poitrail musclé… c’est bien, mais c’est insuffisant, ce qui nous transporte vraiment, nous, les sapiosexuelles, ce qui nous fait chavirer, craquer, nous pâmer, c’est la vivacité de la pensée, l’érudition, la culture, le goût des livres, de l’histoire, de l’art, les connaissances en politique, sciences, économie… Telle des succubes, nous buvons les paroles de ces esprits brillants, nous tentons de les suivre dans les hautes sphères où ils évoluent, nous nous régalons de leurs histoires, nous nous émerveillons de leurs raisonnements…
    Ils peuvent adopter plusieurs « formes » : (j’ai l’impression de faire un reportage animalier 😉 )
    Ils sont littéraires avant tout, ce sont des journalistes, des écrivains, des professeurs d’université, ils vivent dans un monde de concepts abstraits ou sont plongés dans notre société pour en décrypter tous les codes. Ils baignent dans un univers théorique de mots compliqués qu’ils manient à la perfection ; ils nous charment avec leurs histoires au style envoûtant.
    Ce sont des scientifiques, ils sont chercheurs en astrophysique, en mathématiques, en physique quantique, ils sont à peine compréhensibles du commun des mortels. Leurs yeux brillent en énonçant des formules physiques, ils deviennent lyriques face à une équation. Nous tentons, sans succès, de les ramener à notre niveau : « mais, concrètement, ça veut dire quoi ? Tu me donnes un exemple ? ». Le souci, c’est qu’il n’y a aucune interaction entre leur monde mathématique et notre monde à nous, celui du quotidien. Deux mondes à jamais séparés, sur deux plans différents… nous renonçons, et nous laissons bercer par leurs théories, comme s’ils nous parlaient une langue inconnue et disparue.
    Ils sont cadres en entreprise, ils analysent les situations en un temps record, les solutions leur sautent aux yeux, ils savent sortir du cadre, se montrer innovants, faire fi des habitudes ancrées. Ils ont toujours raison, la lenteur d’esprit des autres leur est insupportables, la concertation n’est qu’une perte de temps. Ils ruent dans les brancards, s’agacent des collègues laborieux, des chefs incompétents, balourds et orgueilleux ; ils rongent leur frein, s’impatientent et explosent souvent. Ils ne se font pas toujours bien voir de leur hiérarchie, l’institution se protège contre ces hommes trop brillants qui mettent en danger les grands directeurs, font pâlir leur étoile et soulignent leurs manques en réussissant sans effort là où d’autres ont échoué.
    Ils bouillonnent d’idées, ils passent à l’action : ils fondent leur société, leur parti politique… Ils sont entreprenants, infatigables, ils débordent d’énergie, rien ne leur fait peur.
    Exercer un métier prestigieux, créer son entreprise… n’est en rien obligatoire, l’intelligence peut s’épanouir ailleurs, dans les loisirs, et l’on peut succomber au charme d’un grand lecteur, d’un amateur d’art, d’opéra, d’un passionné d’histoire, avec une culture encyclopédique ou très ciblée au contraire. Il suffit qu’il nous parle avec feu et éloquence de sa passion.
    De même, les études ne comptent pas plus que ça. Ils ont pu intégrer une grande école, Centrale, X, HEC, l’ENA, ou aucune. Ils se sont fait tout seuls, sur le tas, sur le tard, en lisant tout ce qui leur tombait sous la main dans leurs domaines de prédilection.
    On les détecte plutôt à l’aide de certains indices :
   Tout leur est facile, ils réfléchissent, écrivent dix fois plus vite que tout le monde, parlent plusieurs langues, excellent dans les jeux de stratégie. Il leur suffit de parcourir un document une fois pour le retenir à vie. Ils n’ont jamais travaillé pour réussir leurs études, ils s’y sont promené avec un regard d’incompréhension vers leurs camarades suant sang et eau pour décrocher leurs diplômes. Ils faisaient souvent autre chose en même temps, d’autres études, ou ils travaillaient déjà. Mais parfois, cancres s’ennuyant dans des parcours inadaptés, décalés, ils ont lâché l’école dès que possible pour voler de leurs propres ailes.
Tobey Maguire    Ils comprennent tout à la vitesse de l’éclair, leur pensée est limpide, claire. Ils nous cernent mieux que nous-mêmes, et quand nous leur exposons nos soucis embrouillés, ils posent les bonnes questions, formulent les conseils les plus avisés, ce qui peut être agaçant aussi et réveiller notre côté enfant rebelle. – Mais ce n’est pas toujours le cas, ils peuvent manquer de finesse, d’empathie, avoir du mal à se mettre à notre place. Ils planent à mille lieux et nos petites préoccupations terre à terre leur semblent aussi mystérieuses que le ballet des fourmis autour d’une fourmilière.
    Ils n’ont aucun loisir « inutile », ils ne regardent pas de séries télé, même Game of Thrones, ne lisent pas de romans d’amour, ne s’intéressent pas à l’actualité people ; par contre, ils suivent intégralement l’actualité politique et économique, lisent toute la rentrée littéraire, visitent les grandes expositions, sont férus d’art contemporain, ne vont voir que des films d’auteurs… A côté, nous avons vraiment l’impression de perdre un temps fou en occupations futiles ! Et si jamais ils cultivent quelques faiblesses coupables, cela les rend plus attachants encore, un peu d’humanité dans leurs cerveaux d’androïdes, que ce soit leur goût pour la fête, le chocolat, la mode, les belles voitures, les jeux, Kho Lanta ou Rambo…
    Sinon, ce n’est pas toujours « confortable » de côtoyer l’une de ces intelligences supérieures, on peut se sentir stupide et inculte, mais c’est un moindre mal, tant il est exaltant de nous enflammer auprès de leurs esprits en surchauffe constante. Ils nous font entrevoir d’autres univers, flamboyants, que nous avons envie de rejoindre l’espace d’un instant. C’est décidé, désormais, nous lirons Le Monde tous les jours ainsi que des ouvrages de philosophie, des livres d’histoire, de sciences et d’économie ! Jusqu’à ce que notre paresse et notre inclinaison naturelle pour des activités moins glorieuses nous rattrape…  Finalement, on va d’abord aller voir Valérian…
    Et puis, il y a ceux qui en plus d’exercer une profession au plus haut niveau, réussissent à devenir champion dans une discipline sportive, dirigent des associations, s’engagent en politique, dans des lobbys, s’investissent dans des think tank et préparent la société de demain… ceux-là sont des mutants, d’ailleurs ils ont arrêté de dormir depuis longtemps.

    Photos : films Un homme d’exception, Le prodige

7 commentaires

  1. lotus 20 a écrit :

    Il faudrait insister davantage sur la notion de Haut-potentiel qui n’est pas identique avec sapiosexuel. On peut être sapiosexuel sans être haut-potentiel soi-même. Les haut-potentiels exercent une forte attraction, y compris sexuelle, entre eux.

  2. Clarissa a écrit :

    Oui, tout à fait ! Dans le cas de mon article, il s’agit bien de la fascination, de l’attraction exercée par une personne beaucoup plus intelligente que soi …

  3. LBT a écrit :

    Personnellement (mais peut-être tout simplement que nous n’appelons « sapiosexualité » la même chose ), je trouve qu’il manque une chose à cette liste, c’est que le sapiens ne doit pas être hautain ni utiliser sa richesse culturelle et son intellect pour écraser. Il est humble parce qu’il sait qu’il ne sait pas tout, ce qui ne l’empêche pas de vouloir partager ses connaissances et ses passions avec le plus grand nombre. Et je distingue le sapiens de l’hermétique justement en ce que le sapiens a envie de partager, d’enseigner, d’offrir – là où l’hermétique ne sait pas faire, ne veut pas faire, voire se complet à garder son savoir pour lui.
    Il y a aussi plusieurs « familles » de sapiens. Certains vont être capable d’assimiler des connaissances et des compétences dans un certain nombre de domaines, alors que d’autres leur resteront totalement étrangers malgré la recherche des clés pour y parvenir – et je pense que les sapiosexuel·le·s ont des affinités plus ou moins fortes.
    Autre petite différence pour moi : ils ont des loisirs. Ce ne sont sont simplement pas les mêmes que les autres. La lecture, le déchiffrage de l’actualité, une discipline artistique (ou tout cela), le sapiens peut le vivre simplement comme une forme d’évasion.
    Voilà, je m’éclipse discrètement

    1. Clarissa a écrit :

      Je découvre seulement votre commentaire, deux ans après ! Je suis une piètre blogueuse… merci pour ces compléments, très intéressants pour la sapiosexuelle que je suis toujours, même si je varie les plaisirs ^^

      1. LBT a écrit :

        Merci pour cette réponse (que je découvre aussi avec beaucoup de retard, du coup ^^).

        1. Clarissa a écrit :

          Merci Waid ! J’aime bien te troubler

  4. waid a écrit :

    ahhh ahhhh cette description est éclairante et troublante

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