Rencontre masquée

  Les bars, les musées, les événements… tout est à l’arrêt.
Les transports, les rayonnages des boutiques, les églises… deviennent les derniers endroits pour faire des rencontres…

   Le métro ! ça faisait longtemps que je voulais lui consacrer une histoire. Je dis souvent que seul le train m’inspire. Le métro, ce petit train deux pieds sous terre est le parent pauvre, grand oublié de mes fantasmes.
   Et voilà qu’il m’arrive un début d’histoire dans le métro ! Une histoire ni érotique, ni fantastique, mais vraie pour une fois !

***

   Je descends d’un pas vif dans les entrailles de la terre, je dévale les escaliers à toute vitesse ; j’entends le métro arriver ! C’est plus fort que moi, en vraie parisienne je me hâte, risquant l’entorse, alors que j’ai pourtant une bonne vingtaine de minutes d’avance.
Je me faufile dans le flot des voyageurs qui remontent déjà, et soudain nos regards se croisent avec un homme, une seconde de trop. On ralentit le pas sans se quitter des yeux, alors que tout s’accélère autour de nous, comme dans les films. Est-ce que l’on se connaît ? Je n’en suis pas sûre sans mes lunettes…. Avec les masques, nous sommes tous devenus anonymes.
L’alarme du métro sonne, je viens de le rater, mais ça m’est égal, je pense aux yeux rieurs qui se sont accrochés aux miens un instant dans cet escalier, au milieu de la foule qui nous contournait sans que l’on y prête attention. C’est un inconnu, j’en suis presque sûre à présent, mais on s’est peut-être connus dans une vie antérieure 😉
   J’arpente le quai, un peu rêveuse, quand j’entends une voix derrière moi, une voix un peu timide.
— S’il vous plaît ! Je peux vous poser une question ?
— Oui, bien sûr…
C’est mon inconnu, avec ses yeux toujours aussi brillants au-dessus de son masque, il a rebroussé chemin.
— Je sais que cela ne se fait pas, d’aborder une femme comme ça, mais j’ai ressenti quelque chose d’indéfinissable, comme un magnétisme… c’est assez difficile à décrire, je vais essayer de mieux m’expliquer si vous le voulez bien, ça ne vous ennuie pas ?
Il m’amuse ! Je suis en avance, je peux encore rater un ou deux métros…
— Non, je vous écoute !
— Je sais que ça a duré très peu de temps, mais quand nos regards se sont croisés, j’ai pu sentir votre sensibilité, votre côté à la fois cérébral et sensuel… j’aime beaucoup l’art, les artistes, et j’ai l’impression que vous aussi… vous êtes peut-être une artiste ?
J’ai envie de rire ! Soit c’est un dragueur de rue, avec un discours original et très bien rodé, soit il est sincère, et avec ses antennes sensibles, il a détecté mes goûts… J’opte pour la deuxième option, j’entre dans son jeu.
— Je ne me considère pas vraiment comme une artiste, mais j’adore les artistes, oui ! J’aime les photographes, les peintres, les musiciens… tout ceux qui gravitent autour de la culture, de l’art… moi j’aime écrire !
Lui, c’est un fou de théâtre, il joue la comédie. Dans la vie aussi ? Est-ce que l’on joue un impromptu tous les deux sur ce quai, une scène d’impro ? L’idée m’amuse, j’endosse le rôle de la femme abordée qui se laisse séduire. Nous voilà partis à discuter théâtre, écriture… Derrière nous les rames défilent, sonnent, et repartent.
Et là, geste osé entre tous, il baisse son masque l’espace d’une seconde.
— Pour vous montrer mon visage quand même ! On ne se voit plus sourire, avec ces masques !
C’est vrai que c’est dommage, il a un sourire joyeux de petit garçon.
Je baisse subrepticement mon masque moi aussi, j’ai le sentiment de braver un interdit, mon cœur bat plus vite. J’ai comme un flash, je me souviens dans la cour de récré, à l’école maternelle, quand on soulevait nos jupes pour se montrer nos culottes, à l’écart des maîtresses. Même sentiment d’interdit, d’excitation, de liberté et de peur d’être surprise ! Il me couvre de compliments : « vous avez un charme fou, etc… », il me fait rire, car c’est trop, et c’est un bon point pour lui, j’aime bien rire ! Je me retrouve dans un schéma plus classique de drague de rue, mais c’est amusant, il n’est pas lourd. Je m’attarde, curieuse de la suite.
Il abat ses cartes :
— Et si l’on sortait, pour marcher jusqu’à la prochaine station ? On serait mieux dehors, non ! Vous êtes pressée ?
J’accepte, j’ai tout mon temps encore. Il a raison, on respire mieux, l’air est doux, même si nos masques sont toujours plaqués sur nos visages. La marche délie nos langues.
Je sais bientôt tout de sa vie, et lui sait presque tout de la mienne. Nos chemins se séparent, on se recroisera sûrement, on partage la même ligne de métro !

   Parfois l’aventure nous attend au détour d’un couloir du métro… et je tiens peut-être un début de romance, je n’ai plus qu’à inventer la suite…

Photo : la station dorée de Magenta (OK, c’est une station de RER, mais on reste quand même dans le thème grosso modo !)

2 commentaires

  1. F_de_V a écrit :

    hmm, on attend la suite avec une certaine impatience…

  2. Clarissa a écrit :

    Merci F de V, je ne manquerai pas de la raconter par ici

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