Quotidien

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   Est ce l’exemple de mes soeurs blogueuses ?

   Est ce l’envie de m’allonger sur un divan pour me confier ?

   Est ce un cri du coeur trop longtemps caché et réprimé ?

   Aujourd’hui, vous allez devoir endurer les joies et les peines d’une mère de famille, qui n’en est pas moins femme 🙂

   (Si des parents se cachent parmi vous, je serais ravie de connaître vos trucs et astuces pour concilier vie de femme et vie de maman ! Comment concilier le redoutable quotidien (couches, purées) et l’amour, romantique et physique, aussi fou soi-il ! Malgré les années, je cherche toujours et ne suis point satisfaite…. J’espère vos messages 🙂 

***

   Chaque soir c’est le même rituel, immuable, usant, tendre, exténuant, exaspérant….

   Tout commence en fin d’après midi, je m’arrache à mes coupables activitées, et j’entame la joyeuse tournée des écoles et la récupération des bouts de chou … Moments d’extases, d’exquises retrouvailles, sourires et gazouillis de la petite, rires de joie, sautillements, récits décousus de la grande qui s’empresse de me charger de son lourd cartable et de son manteau, la course rieuse du bébé pour se jeter dans mes bras qui compense largement et au delà toutes les médisances qui vont suivre !

   Assez vite cependant tout se gâte.

   La grande demande l’impossible : des bonbons, un DVD, se déguiser, inviter une amie, jouer dans le parc …. sans doute pour différer les devoirs, échapper au bain, au dîner.Tout rentre vite dans l’ordre après quelques paroles fermes et les gros yeux, mais l’ambiance est gâchée, l’atmosphère tendue, la grande boude ostensiblement et j’ai le cœur lourd.

   La petite, après des câlins et des sourires, manifeste aussi diverses protestations : elle veut son biberon là, tout de suite, elle escalade au péril de sa vie sa chaise haute (modèle antique qui tangue dangereusement), elle veut jouer avec le portable, les télécommandes, le lecteur de DVD, les feutres, les factures, vider les placards… et ignore délibérément ses cubes et ses dînettes.
   Il faut l’emmener, vitupérant, dans le bain, d’où elle ne voudra plus sortir… On doit ensuite la maintenir fermement et lui enfiler de force son body, à demi distraite par la télé, à peine apaisée par sa tétine, se débattant toujours… Cette naturiste en herbe ne voit pas l’intérêt de s’habiller.

   Le dîner reste une épreuve pour tous :

La grande mijote des heures dans son bain, entourée de Barbies nues et échevelées, elle daigne se présenter après trois rappels, dont parfois un cinglant. Il faut la convaincre de mettre son pyjama et non une robe de bal ou «les habits de demain». Elle chipote ensuite ses nouilles froides, baignant pourtant dans la mayonnaise ou le ketchup qu’elle a choisi, elle nous soûle de paroles, pose mille questions à la minute, se lève dix fois sous le moindre prétexte, taquine et dérange la petite, et, enfin, demande à sortir de table (non sans dessert).

La petite tapote et touille sa purée avec force et enthousiasme et se réjouit d’en éparpiller partout… la cuiller (très sale) chute régulièrement sur mon tapis persan, elle attrape tout ce qui passe à sa portée (verres et couteaux de préférence), se met debout et enjambe allègrement sa chaise haute … Elle délaisse les légumes bio cuits maison avec amour et tendrement hachés, pour se ruer frénétiquement sur le petit pot Bledina … Le dîner fini, elle réclame encore. De guerre lasse, on lui donne un biscuit qu’elle mâchouille des heures comme un vieux chicot, non sans en écrabouiller aux quatre coins de la pièce, sur tous les sièges, nos jupes et pantalons.

Mon amoureux, vif comme l’éclair, efficace, virtuose, merveilleux magicien, se montre partout à la fois  : il cuisine (trois menus différents, tous délicieux), range et lave au fur et à mesure, s’occupe du bébé pour me permettre de me régaler (il sait combien manger compte pour moi :-), fait parler la grande, positive les devoirs, enseigne et sermonne au besoin, décide de mettre fin aux dégâts de la petite, manie éponges, torchons et gants de toilettes pour nettoyer la frimousse, la chaise haute et toute la zone autour, me regarde avec amour et désir, murmure des mots doux et des promesses d’amour pour toujours …

   Puis, vient un temps plus ou moins calme, nous respirons et attendons l’heure de la délivrance. Les deux miss sont propres, ou presque, elles jouent, regardent un dessin animé ou terminent en catastrophe des devoirs en retard avec force soupirs (pour l’aînée, la petite tentant de s’emparer du cahier, générant cris et larmes).
   Mon héros range tout en cuisine, lance une machine, essuie et frotte … tandis que je m’affale et m’affaisse peu à peu dans le canapé, cuite, une chape de plomb vient de me tomber dessus et empêche tout mouvement.

   Bientôt le coucher des petites, je voudrais que ce soit le mien ….

   Je retrouve un regain d’énergie dans l’espoir d’obtenir un bout de soirée rien qu’à nous …. Ignorant ses ultimes réclamations (une histoire, un dessin animé, un jeu …), j’emmène la grande se laver les dents. Déjà elle baille, elle ne récrimine que pour la forme, elle ne sera pas longue à s’endormir, à peine la tête posée sur l’oreiller….

   Le bébé joue ardemment dans le salon, elle danse, berce sa poupée, chantonne ou ralote, furète et farfouille, et je me demande comment on va endormir notre petit ange si affairé….
   Plus rarement, elle se frotte les yeux, s’empare de sa tétine et se couche à même le tapis, vaincue par la fatigue.

   Lui ou moi la prenons dans les bras, je chante une berceuse (toujours la même, j’ai foi en Pavlov), je lui montre la grande sœur déjà couchée, parfois endormie, dans l’espoir de l’inspirer, je me promène un peu…. je gronde la grande si elle rit et essaie de capter l’attention de sa petite sœur…. Parfois la toute petite se rend, sa tête pèse sur mon épaule, et je la couche doucement dans son lit. Elle s’y tourne et s’y retourne, change dix fois de tétines (strictement identiques… on en met quatre dans le lit, pour les éventuelles réveils nocturnes.), presse son doudou contre elle, soupire, et finalement s’immobilise, s’abandonne au sommeil…

   C’est souvent bien plus difficile. Ce petit être lutte de toutes ses forces du haut de ses 80 centimètres, joue dans le noir (éjection de la tétine, passage du doudou par dessus bord, rires et farces….), Elle reste debout, contre la barrière du lit, accrochée à mon cou, gazouillante, pleurant si je m’éloigne…. je reste cinq, dix minutes, mais plus une demi heure comme avant… Au bout d’un moment, je lance l’ultime mot magique, d’une voix tendre mais déterminée : « dodo !», et m’éloigne vivement pour de bon…. Hurlements, ou pas, pendant dix secondes, une minute… rarement plus …. Le prodige quotidien se réalise : bébé s’est endormi !

   Nous ne sommes plus que deux dans le salon et nous nous réjouissons, encore incrédules, de cette liberté chèrement gagnée ! Deux adultes goûtant le calme, la quiétude après un charivari de tous les diables…. nous sommes sonnés, elles nous ont tout pris, toute notre énergie, nous rangeons paresseusement les dernières victuailles et nous écroulons sur le canapé, sirotant un breuvage de retraités, avec juste assez de force pour zapper.
   Nous avons tant attendu ce moment. La journée entière quand c’est le Week-end ! Les week-ends sont terribles, toutes ces heures à nous brûler du regard, à nous toucher, nous effleurer, nous rendre fous, à sentir notre désir nous consumer, en vain. Parfois, quand les petites jouent calmement ensemble (playmobil, poupées…), il me plaque contre la porte de la cuisine, de notre chambre, de la salle de bain, me caresse, m’embrasse, s’agenouille, me goûte, m’envoûte de baisers et de paroles, il va me prendre, là, il n’en peut plus…. je le repousse, j’ai trop peur qu’elles m’appellent, veulent entrer, se disputent, tombent… je ne peux pas me laisser aller dans ses bras alors que je les entends toutes proches…. ce soir, je serai toute à lui, oui, je ne penserai qu’à lui…. Nous nous quittons frustrés et j’ai de mauvaises pensées, je pense à ce que seraient mes week-ends sans enfants : grasses matinées, nous aimer longuement sous la couette, brunch géant, promenades main dans la main dans des jardins romantiques, nuits blanches à faire la fête …

   Nous regardons un début de DVD, un épisode de série, la détente s’installe…. il me caresse les jambes, les masse, les enduit de crème, et s’égare de plus en plus haut, me chatouillant, me réveillant …. et chaque soir le miracle s’accomplit….

   J’ai beau me sentir toute ensommeillée, lourde de fatigue, pesante, mon désir revit, renaît de ses cendres, sans éliminer mon endormissement hélas, il se rajoute, en surimpression…. L’homme m’emmène comme dans un rêve vers notre lit, il m’embrasse, me lèche, longtemps, divinement. Il rit, il dit que ma « rose » a sa vie propre, indépendemment de la mienne, elle est bien réveillée elle, toute mouillée, elle le désire depuis longtemps, il la sent bien vivante sous sa main, sous ses baisers, même si ma conscience et le reste de mon corps sont déjà endormis … Je me défends, je ne le laisse pas faire, je l’attire vers moi, je le veux sur moi, je veux sentir son poids, qu’il m’écrase, me réchauffe, me console de ces heures sans lui, je veux des mots tendres aussi, de l’amour, des déclarations (Les femmes ! messieurs, vous n’en n’avez pas assez de nous parfois ? On veut tout ! Du plaisir, de l’amour …. ). Il me comble, me couvre de mots d’amour, de déclarations chuchotées, tout en mordillant ma nuque, mon cou, marquant sa possession… Je sens son sexe contre le mien, qui bouge, se caresse, se frotte, me pénètre enfin pour mon plus grand bonheur … souvent je préfère le prendre dans ma main, toujours réjouie de le sentir si dur, et si doux aussi. Je le guide en moi, trop impatiente…. Faire l’amour si endormie, comme en apesanteur, c’est merveilleux et irréel…. Ma jouissance vient vite, inattendue, me surprenant moi même, forte, non freinée, non réprimée, libre, et mes gémissements lui font perdre la tête, il m’aime avec plus d’énergie, vigoureusement, alors qu’il ne faisait que m’effleurer doucement, à peine, comme j’aime tant ! Il me déplace sur le coté, sur le ventre, me serre plus fort, se couche sur moi, m’empoigne passionnément et jouit dans mes oreilles, faisant bondir mon cœur de joie et d’amour… souvent il me prévient, je peux guetter son plaisir, et même le regarder dans les yeux, parfois il ne dit rien, jouit discrètement, silencieusement, pour rester en moi encore, me faire plaisir à nouveau.

   Collés l’un à l’autre, qu’il est doux de s’abandonner au sommeil…

   J’aimerais faire l’amour en journée ! Des heures, en étant en forme, cela n’arrivera donc plus jamais ? Profiter pleinement de lui, de ses mains douces et de ses merveilleuses caresses, pouvoir le toucher, le caresser, le baiser en me sentant terriblement vivante et vibrante entre ses bras qui me serreront fort ….

   On peut toujours rêver !

   Le matin, après un réveil laborieux, des litres de café et une intense activité (habiller deux petites filles, non sans négociation pour la grande, les nourrir, vérifier le cartable, le doudou, nous mettre en route, après une préparation digne de l’ascension de l’Everest), un calme étrange envahit l’appartement…. les petites se sont envolées, l’homme court vers son travail. Je goûte une paisible solitude, je lis vos blogs et j’écris. Je baigne dans une ambiance érotique permanente, et point d’homme dans les environs pour assouvir mes désirs. L’homme ne revient que le soir, trop tard, dans un lieu déjà envahi d’enfants qui l’assaillent de questions et babillages en l’escaladant joyeusement et en criant sous les guilis. Je regarde ce joli tableau, à la fois attendrie et envieuse. Et moi alors ?

    Photo : Les quatre filles du Docteur March

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