Pluie

2019-08-29 16

    Une visite récente du Musée de la mer de Biarritz a ravivé mon goût pour les pieuvres, et m’a donné une idée d’histoire (bizarrement, car cette coquine de pieuvre ne s’est pas montrée – comme d’habitude en fait : j’ai beau y retourner à la moindre occasion, elle reste cachée dans son creux de rocher…)
    Un scénario post-apocalyptique, dont tout reste à écrire (personnages, dialogues…) :

***

    Elle se lève d’un bond, pressée d’ouvrir les rideaux. Il pleut encore ce matin, il pleut sur la ville et il pleut dans ses yeux, dans son cœur. Les larmes ont fané son sourire depuis longtemps, voilé l’étincelle de son regard. La grisaille envahit tout, le ciel, les rues, ses pensées. La pluie battante brouille la vue, les couleurs se noient, les lumières s’éteignent ; le monde devient noir et blanc. Il se dissout sous les trombes d’eau qui s’abattent sur eux depuis des heures, des semaines. Le décor s’effondre, se dilue comme un dessin qui a pris l’eau, il fond comme un glaçon, se perd en rigoles de matière boueuses se déversant dans les rues.

    La météo ne sait plus à quel saint se vouer, les prévisions restent éternellement les mêmes, jusqu’à l’engloutissement des stations météo, signant la fin des programmes. Des religions évoquent le déluge, des partis politiques se rejettent la faute, impuissants face à la montée des eaux.
    Tout se liquéfie en de petites flaques rejoignant le grand océan de la fin du monde, la planète n’est plus qu’un immense océan. Il ne sert à rien de s’abriter, l’eau s’infiltre partout, goutte à goutte, insidieuse, calme en apparence, mais elle monte, inexorablement. Les hommes colmatent, bouchent les trous, mais c’est un combat perdu d’avance, l’eau trouve toujours un chemin. Des torrents d’eau dévalent les routes, les égouts débordent, recrachent des jets d’eau à gros bouillon dans les rues devenues rivières. Les voitures flottent, divaguent, les piétons pataugent, nagent, plongent, se terrent. L’eau les retrouve toujours, où qu’ils se cachent.
   girl-740612_960_720 Les filles sont belles, naturelles enfin : leur maquillage a coulé, le rouge à lèvres s’est effacé. Leurs tee-shirts mouillés collent à leurs poitrines, leurs cheveux dégoulinent. La pluie tiède continue de tomber sans fin, elles n’ont pas froid, mais s’épuisent à nager avant d’être emportés par le courant. L’eau s’infiltre comme un poison dans les moindres fibres de leurs corps, les cellules gorgées débordent, menacent d’exploser.
 
     Il ne s’est jamais arrêté de pleuvoir, la vie s’est noyée, la vie s’est adaptée.
     Les légendes se réalisent, les corps se métamorphosent, les pieds et les mains sont devenus palmés, mais pas de queue comme dans les contes, et c’est tant mieux, car comment faire l’amour sinon ! La principale évolution est invisible : la respiration sous l’eau, et la télépathie – parler sous l’eau s’avérait trop difficile.
   

Octopus     Les pieuvres sont devenues les amis des hommes, et ont révélé ce que l’on savait déjà : leur intelligence. Mais aussi le fait qu’elles venaient de l’espace, en quête d’une planète aquatique. La terre semblait parfaite, elle répondait à leurs attentes, on pouvait tout à fait y vivre en bonne entente, entre créatures aquatiques et créatures terrestres. Mais les humains ont fait n’importe quoi, les océans devenaient inhabitables, pollués, bruyants, sales, morts. Les pieuvres ont dû sortir de leur réserve et de leur vœu de non-intervention, mettre leurs savants au travail, abandonner un temps leur vie en lien avec la nature qu’elles aiment tant, et engloutir les terres. Dommage pour les animaux terrestres qui ne se sont pas adaptés, ils auraient de toute façon disparu, la fin était proche. Au dernier moment, après mûre réflexion, les pieuvres ont décidé de sauver l’espèce humaine, car si la vie n’est pas rare dans l’univers, l’intelligence l’est en revanche, et l’humain est aussi capable de beauté, de merveilles. Quelques modifications génétiques ont été implantées, une nouvelle espèce est née !

Queen of sirens d'Edikt Art   Désormais, des sirènes évoluent gracieusement dans l’océan, elles possèdent des châteaux fabuleux dans les abysses, ont apprivoisé les dauphins et les baleines. Elles cultivent des algues, élèvent des poissons et des crustacés, mais n’ont pas de voiliers pour se distraire à la surface, seulement l’immensité de la mer à perte de vue.
   Les villes érodées, anéanties, disparaissent sous les coraux, les algues, les coquillages, elles deviennent des terrains d’exploration et de jeux, des leçons d’histoire. Au fil des générations, la vie terrestre est oubliée, devient légende à son tour. Les humains modifiés, faisant fi des tabous de leurs aînés, nouent des idylles avec les pieuvres, et connaissent le plaisir d’être caressés par huit bras enveloppants à la fois.
    Une nouvelle espèce hybride voit bientôt le jour.



Marcel Van luit

La science-fiction, où comment assouvir ses fantasmes zoophiles au grand jour, mine de rien 😉

 

     Illustrations :
Le Musée de la mer de Biarritz,
La pieuvre : prise sur le net,
Jeune fille nageant sous l’eau : AdinaVoicu,
Queen of sirens : Edikt Art
Pieuvre sur le rivage : Marcel Van Luit  (vue sur la super page FB d’Actu SF)

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *