Plans sur la comète

2021-04-22 16

En cette période où il n’y a plus de soirées ni d’évènements fetish-BDSM, les temps sont durs pour les dominatrices et leurs soumis : où se retrouver, où pratiquer leurs jeux préférés ?
L’idéal serait de posséder son propre donjon…
Du rêve à la réalité, il n’y a qu’un pas, allégrement franchi : on se construit notre donjon, comme d’autres bâtissent des châteaux en Espagne 😉

***
Ils inventèrent un nouveau jeu : se créer le donjon de leurs rêves, histoire de se changer les idées. Elles étaient plutôt moroses en cette période de séparation forcée. Son soumis, plutôt doué en dessin, se mit à concevoir tous les équipements sous ses directives. Elle voulait plein de choses : une croix de St André bien sûr, mais aussi un banc à fessée, une cage, un espace shibari… Chaque soir, il noircissait son carnet de nouveaux meubles. Sa maîtresse voulait aussi un lit à baldaquins, une table ; le tout en bois, ambiance salle de tortures moyenâgeuse ! Avec cette touche romantique grâce au lit de princesse trônant au milieu…
Il dessinait sans relâche et lui soumettait ses croquis par SMS au fur et à mesure. Elle les approuvait ou demandait telle amélioration, et puis réclamait d’autres installations, de plus en plus enthousiaste. Un jour, elle dénicherait la maison idéale avec sa cave voutée dont elle ferait son donjon ! Ce serait d’abord un atelier où son soumis enchaîné et en sueur travaillerait le bois et le métal dans une fournaise de forge… On en était loin encore, mais ce jour-là, elle serait prête !
Une fois satisfaite des créations de son soumis, elle les imprimait, les découpait et les disposait sur une feuille vierge, cherchant l’emplacement idéal pour chaque équipement. Elle avait un peu l’impression de jouer à la maison de poupée, mais qu’importe ; c’était avant tout une façon de passer agréablement le temps avec son soumis ! Se retrouver ensemble tous les deux, même à distance…
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Bientôt, elle déclara que le donjon était terminé. Elle colla les différents croquis sur la feuille, ajouta des photos dénichées sur le net (malgré tout son talent, son artisan-esclave n’aurait su réaliser) : un chandelier, un fauteuil de reine… — Elle s’y voyait déjà, confortablement assise avec une coupe de champagne à la main, tandis qu’il lui masserait les pieds !
Son donjon était décoré et léché jusqu’à ses bougies allumées ! Ah, il manquait la touche finale… Elle imprima une photo d’eux prise lors d’une soirée fetish, en soupirant une fois de plus sur leur disparition, et découpa leurs silhouettes pour les rajouter dans le décor. Elle posa son effigie sur le lit, et celle de son soumis sur la cage.
Elle photographia son collage et l’envoya à son soumis avec un petit message :
— Imprimes-le et ce soir prends-le avec toi au moment de te coucher. Endors-toi en le regardant et en pensant à moi. Je ferai la même chose, ce sera comme si on était ensemble ! Peut-être allons-nous rêver l’un de l’autre ?
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Ils se sentaient un peu tristes ce soir-là, entre la séparation qui s’éternisait et leur projet qui touchait à sa fin. Ce donjon de papier les avait bien occupés ! Mais ils pensaient l’un à l’autre en le regardant, cela leur mettait du baume au cœur.
Pelotonnée sous sa couette, la dominatrice fixait intensément son donjon, se plongeant dans le collage au point qu’il semblait prendre vie sous ses yeux. Elle s’endormait par éclipses, des bribes de rêves se superposaient à la réalité. Elle croyait voir leurs photos bouger, évoluer… le mobilier prenait de la profondeur, comme s’il s’agissait d’une maquette en 3D.
Elle se frotta les yeux pour dissiper les illusions et sombra.
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Elle se réveilla en sursaut, terrifiée. Elle se trouvait dans un autre lit que le sien, bien plus grand. Elle ne tarda pas à le reconnaître, il s’agissait du lit à baldaquins dessiné par son soumis ! Par quel prodige ! Elle écarta les lourds rideaux rouges et son cœur bondit : elle était dans le donjon de leurs rêves, celui qu’ils avaient dessiné, conçu, décoré ensemble ; rien ne manquait. Et elle portait la robe de la photo découpée ! Elle oublia de paniquer, émerveillée par la magie à l’œuvre. Elle parcourut tout le donjon le coeur battant ; elle cherchait son soumis, il devait être là lui aussi, s’il avait tenu sa promesse. Le donjon était plongé dans l’obscurité, seulement éclairé par les quatre bougies du chandelier et l’unique lanterne dessinée par son soumis. Si seulement elle lui en avait demandé d’autres !
Elle le trouva blotti dans la cage. Elle le délivra bien vite et le serra fort dans ses bras, folle de bonheur ; on verrait plus tard pour le protocole.
— ça fait longtemps que tu es ici ? s’inquiéta-t-elle.
— Je viens d’arriver, je ne pouvais plus garder les yeux ouverts, je me suis endormi sur notre dessin…
— Comme moi ! Tu crois que l’on est en train de rêver ?
— Je ne crois pas non…
Il souriait en serrant la main de sa maîtresse, une main tiède, douce… qui devenait si ferme en claquant ses fesses !
Ils se touchaient, se caressaient, enchantés de se retrouver après une si longue absence. Elle se sentait heureuse, mais aussi un peu effrayée.
— Comment se fait-il que l’on se retrouve ici, dans ce non-lieu, pur produit de notre imagination !
— On avait tellement envie de se revoir, quelqu’un a dû le sentir, et a voulu nous faire plaisir en exauçant notre voeu.
Il se réjouissait et se concentrait sur la joie des retrouvailles sans se poser de quetions. Il se remettait entre les mains de sa maîtresse, comme toujours.
— Tu crois que c’est le diable, insista la dominatrice, un peu superstitieuse.
— Non, c’est quelqu’un de gentil, je n’en doute pas une seconde, tu n’es pas contente de retrouver ton fidèle soumis ?
— Oh si, ça commençait à être long cette séparation ! Et puis peu importe, on va profiter de tous les équipements du donjon à notre disposition. On va vérifier si tu as les as bien conçus !
Elle souleva la table basse et poussa un petit cri de joie : elle regorgeait de martinets, fouets, cordes… voilà qui lui donnait envie de jouer !
— Je vais t’attacher à la croix ! Et tester ces accessoires que tu as dessinés, voyons si leur fabrication est à la hauteur de nos souhaits. Car tu n’avais pas trop fignolé les détails de mémoire… Gare à toi s’ils ne sont pas à la hauteur !
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Ils étaient parfaits. La dominatrice joua longtemps des martinets, de la cravache, sur la peau tendre de son soumis. Elle ne s’arrêta qu’une fois ses bras tout engourdis ; c’était bien la preuve qu’elle ne rêvait pas, non ?
C’est alors qu’elle avisa du coin de l’œil une porte et s’interrogea : où menait cette porte, ils n’avaient pas prévu d’autre pièce dans leur plan. Elle s’approcha, curieuse, légèrement déçue qu’elle soit fermée à clef. Sans réfléchir, elle introduisit dans la serrure la clef de la cage de chasteté de son soumis ; elle la portait en permanence autour du cou. La clef tourna, la porte s’ouvrit en grand, il y eut comme un appel d’air, un tourbillon. Elle se retrouva aspirée à l’intérieur et perdit connaissance.

Elle ouvrit les yeux et poussa un cri de désespoir : elle était de retour dans sa chambre, sur son lit. Elle devait dormir, telle Alice au pays des merveilles… tout cela n’était qu’un rêve finalement… Un rêve si réaliste ! Pensive, elle saisit le dessin qui trainait toujours dans son lit et sursauta : sa photo avait disparu, il n’y avait plus que celle de son soumis, posée sur la croix de St André. Est-ce que cela voulait dire qu’il était resté coincé tout seul dans leur donjon ? Comment le rejoindre ? Elle observa le dessin de plus près, la porte avait été rajoutée dans un coin de la feuille, mais la serrure était bien trop petite pour sa clef, et elle ne ferait que trouer le papier.
Il n’y avait plus qu’à s’endormir à nouveau en contemplant le collage et en se concentrant sur son désir de retrouver son soumis.
En espérant que cela fonctionne.

   Une idée s’imposa soudain dans ses pensées, elle se leva d’un bond et ralluma son ordinateur. Fébrilement, elle parcourut toutes ses photos de soirées, jusqu’à ce qu’elle trouve celle qu’elle cherchait : la photo d’un autre soumis, aussi brun et bronzé que son soumis était pâle. Elle se ferait un plaisir de les marquer tous les deux, et d’admirer le résultat sur leurs peaux. Deux soumis rien que pour elle, le rêve ! Elle imprima la photo, découpa sa silhouette et la posa sur le dessin de la cage. Elle bondit dans son lit, espérant trouver le sommeil malgré son excitation.
Elle fixa le dessin sans ciller, longtemps ; sa vue se brouillait peu à peu sous l’effet de la fatigue. Elle croyait voir ce nouveau soumis à l’intérieur de la cage, les mains accrochées aux barreaux. Il l’appelait.
Elle s’endormit pour de bon.

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Dessins : Cedrik Chevalier

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