Nouvelle colocataire

   Jeudi 23 avril

   Ce matin, devant ma fenêtre, se détache nettement une merveille de la nature, véritable œuvre d’art en miniature : une toile d’araignée tissée avec patience et amour toute la nuit. Je n’ai pas le cœur d’ouvrir la fenêtre et déchirer le fragile ouvrage. La toile oscille légèrement sous l’effet de légers courants d’air que je ne sens pas. Je cherche l’artiste, et découvre dans un coin un minuscule faucheux immobile, aux longues pattes fines. Pour l’instant, aucun insecte n’a été pris dans ses filets, je suis désolée pour elle. L’emplacement est mal choisi, je n’y ai jamais vu le moindre moucheron. (Il est temps que je reprenne une vie sociale, je dois vraiment me sentir seule pour sympathiser avec une bestiole 😁).
    Je décide de laisser sa chance à la petite araignée un jour ou deux, et puis je la mettrai sur le balcon.
    — On dit qu’avec le confinement la nature reprend ses droits, mais il y a des limites je trouve 😉

    Samedi 25 avril

    Après deux jours de diète, l’araignée a finalement attrapé un insecte ailé grand comme un grain de poussière. Je la regarde tricoter de ses fines pattes, l’emmailloter avec agilité à toute vitesse, et repartir dans un coin en portant son précieux butin. Je n’ose imaginer la suite.
    Et je me refais cette réflexion : il est temps que le confinement s’arrête !
   Lundi 27 avril
   Je trouve une mouche morte derrière le radiateur, je la dépose délicatement dans la toile. Au bout d’un moment, curieuse, elle vient voir, manipule l’insecte entre ses pattes fines, avant de l’éjecter de sa toile, ouste ; ça ne l’intéresse pas, elle veut du vivant ! Je me mets en quête d’un moucheron dans le jardin, et le lui livre en sacrifice, petite offrande à mon mini monstre. Elle se jette aussitot dessus, et l’emmaillote avec enthousiasme. Je ne rate rien du spectacle, tout en filmant la scène. (Je mettrai ce post à jour avec le film )
   Je dispose aussi quelques gouttes d’eau sur la toile, un peu de rosée du matin, pour qu’elle boive ; il m’a l’air un peu sec ce moucheron.
   En levant le nez, je découvre qu’une de ses collègues vient de s’installer, tout en haut de la fenêtre. Deux araignées, ça ne va pas du tout ! C’est trop… Il est temps que mon soumis dédié au ménage reprenne son service !
   Vendredi 1 mai
   Je ne la vois pas, elle a dû déménager… Deux ou trois moucherons en plus d’une semaine, c’est peu, même quand on est une toute petite araignée.
   Dimanche 3 mai
   Je me résouds à détruire la toile, c’est triste une toile d’araignée abandonnée, sans personne aux aguets. Je regarde mieux, et je vois dans un coin sombre, mon araignée recroquevillée. Quelque chose s’est mal passé, elle est malade malgré mes soins, le moucheron que je lui ai donné avait dû recevoir une dose d’anti pucerons (bio)… Je la déplace avec une cuiller, pour qu’elle quitte son coin et regagne le milieu de sa toile. Pas de réaction, petit pincement de déception…
   Mon araignée apprivoisée ne l’aura été qu’une dizaine de jours !
   Lundi 4 mai
   Je devrais la jeter, c’est tristre une araignée morte… je la titille de ma cueiller pour être sûre, il me semble que ça frétille, il y a de la vie ! j’observe de plus près, stupeur ! Il y a deux araignées, l’une plus petite que l’autre, collées-serrées… je me réjouis, elle a accouché ! Avant de rire de moi-même, une araignée n’accouche pas 😉 ou alors, elle s’est fait une copine… ou une ennemie.
   Je finis par comprendre ce curieux phénomène : elle est en train de muer ! C’est très lent, un détachement progressif, au ralenti. Et Soudain, une belle araignée, plus grande, déploie ses longues pattes, abandonnant sa peau trop petite !
   Je me promets de chasser un moucheron, elle doit avoir besoin de prendre des forces.
   Dimanche 10 mai
   Tout va bien dans le meilleur des mondes : le poisson, l’homme, l’araignée, prennent leur petit-déjeuner… tartines, paillettes de crevettes, moucheron, selon les goûts. Un moucheron attrappé en toute autonomie ! A côté de mon araignée grandie, sa mue intacte, pâle et transparente, comme un fantôme d’araignée qui se détache d’elle de plus en plus. Elle s’en éloigne bientôt tout à fait, et agrandit sa toile à l’autre bout, étend son territoire par des allées et venues alertes le long de ses nouveaux fils de funambule.
   et puis le déconfinement est venu, on ne l’espérait plus, d’autres distractions ont pris le pas sur mon araignée… Il a bien fallu faire le ménage, elle a été déplacée dans la remise au fond de la courette !
   PS : toutes mes excuses si des phobiques des araignées se cachent parmi mes lecteurs 😅 jusqu’à une certaine taille, je les aime bien, mon côté Halloween peut-être … mais une seule à la fois !

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