L’esclave, d’Eva Delambre

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    Tout a commencé lors d’un « Ecrit polisson » (cela ne s’appelait pas encore comme ça à l’époque, mais je préfère être « up to date ») organisé par Flore Cherry, (récit ici), où j’ai eu la chance de rencontrer Eva Delambre, d’écouter ses confidences à Flore l’indiscrète, et, comble de félicité, de repartir avec son livre, L’esclave, durement gagné avec mon acolyte Comme une image, à la plume coquine et imaginative.
    J’ai longtemps laissé le livre de côté. D’abord à cause de mon homme, qui s’est jeté dessus le premier. Par crainte aussi qu’il ne soit trop dur et de souffrir. Mais aussi parce qu’il aborde l’une de mes phobies : la privation de liberté. J’ai toujours été passionnée et horrifiée par l’enfermement. Les prisons, les sous-marins, les couvents, les vaisseaux spatiaux… Je tiens tant à la liberté, au point de frôler la claustrophobie (un WE sans bouger de chez moi, et je suis au bord du suicide), aussi, ceux qui annihilent la leur me fascinent. Tant de choses contrarient déjà notre liberté sans que l’on ait besoin d’en rajouter : le travail, la famille, les corvées administratives et domestiques… S’enfermer encore plus, volontairement, est une démarche qui m’est complètement étrangère et incompréhensible. J’ai donc commencé L’esclave avec une certaine appréhension. Et je ne l’ai plus lâché une seconde…
    Le livre démarre lentement, presque en temps réel. Nous suivons l’héroïne, Léna, pas à pas, dans ses questionnements, ses craintes, ses états d’âme. Les jours s’écoulent, répétitifs, un sentiment de claustrophobie nous gagne. Léna ne sort presque jamais, consacre tout son temps à des tâches ménagères au service de son maître. Et puis le temps s’accélère, Léna s’adapte et s’habitue à cette vie d’esclave, s’intègre dans une certaine « routine », jusqu’à ce que tout ralentisse à nouveau. La fin est magnifique, une apothéose riche en émotions et angoisses. Je n’en dirai pas un mot de plus pour ne pas vous priver du plaisir que j’ai eu.
    Tout est perçu par les yeux de Léna, ou presque. Quelques fois, nous sommes dans les pensées de Maître Argan, et j’ai aimé connaître son ressenti, son admiration secrète pour son esclave. Et comprendre aussi tout ce que lui faisait, son investissement, la difficulté parfois de tenir son rôle. Etre maître à plein temps se révèle exigeant. Il faut sans cesse renouveler les épreuves, entraîner son esclave plus loin encore, la maintenir sur le qui vive. Mais aussi s’occuper d’elle, de sa santé…. veiller sur elle. J’aurais bien aimé vivre l’histoire de son point de vue plus souvent… 
    C’est un roman psychologique avant tout. Il nous explique la démarche de Léna, une démarche quasi spirituelle, mystique, basée sur la vénération et l’amour inconditionnel. Un peu comme une religieuse. L’esclave prouve son amour inconditionnel, absolu, sans réserve, encore et encore, malgré toutes les mises à l’épreuve qui s’enchaînent. Parfois, Léna est très durement punie, une punition souvent hors de proportion avec la « faute » commise (une légère réticence, une question de trop… et les coups pleuvent). Léna endure tout et devient folle de bonheur quand son maître la félicite. Chaque minuscule signe de tendresse de sa part la submerge d’émotions. Peu à peu, le lien entre les deux s’intensifie, se complexifie, et cette progression est très bien rendue dans le livre.
    Les scènes de sexe sont superbes. Lena désire son maître en permanence, et lui la laisse souvent volontairement « en manque ». Certaine passages m’ont moins plu par contre. Quand Léna est rabaissée au rang d’un animal, quand l’humiliation va trop loin… les pratiques trop répétitives…  Je rêvais de scènes somptueuses, d’orgies masquées, de châteaux fastueux … mais tout se déroule à huit-clos ou presque. L’essentiel se passe dans l’appartement et l’intrigue progresse très lentement, rythmée par les échéances et la deal-line finale. (Une très belle pièce de théâtre à la clé !)
    Moi, si j’avais un esclave – ou plus modestement un soumis, j’agirais différemment… mais ceci est un autre sujet ! Un futur billet peut-être, sur mes fantasmes en la matière ?
    Eva Delambre parle infiniment bien des motivations de son héroïne, son amour fou, son idolâtrie pour son maître qui la pousse à se donner autant. J’ai pensé à plusieurs reprises à Histoire d’O. Léna et O ne sont pas particulièrement masochistes, elles n’ont pas de plaisir dans la douleur. Tout ce qu’elles font, elles le font par amour, et leur pire crainte est d’être délaissées par leurs maîtres. Leur plaisir vient de la fierté qu’elles éprouvent à être conformes à ce qu’ils attendent. Les rendre fiers d’elles suffit à leur bonheur.
    Un livre très fort qui ne peut laisser personne indifférent, qui m’a donné envie d’en savoir plus sur cet univers (pas de trop près quand même !), et aussi de lire le premier livre de l’auteur, Devenir Sienne …

    Présentation des éditions Tabou :
    Elle se rêvait esclave d’antan, esclave éternelle, sans droit de parler, les yeux toujours baissés, agenouillée ou prosternée aux pieds de son maître. Elle rêvait de chaînes, de fouet, de contraintes. Elle rêvait d’absolu. Plus le temps passait, plus ses fantasmes s’ intensifiaient et lui tordaient le ventre d’envie. Léna ne s’expliquait pas comment une femme éduquée, libre, sans traumatismes physiques ou psychiques, pouvait désirer être ainsi privée de liberté. Comment justifier l’excitation d’être asservie plus encore qu’un animal domestique, de vivre cloîtrée, sans intimité, constamment aux ordres, rabaissée, peut-être même frappée ? Aux pieds du Maître à qui elle fera don de son corps et de son âme, elle découvrira la soumission, l extase et la souffrance, jusqu’ à devoir faire face à son ultime limite.

    Pour en savoir plus et vous procurer L’esclave (superbe couverture au passage, j’ai oublié d’en dire un mot !)
    Les éditions Tabou
    Amazon

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