L’écriture érotique sous contrainte d’Eva Delambre

Eva Delambre

    Eva Delambre est l’invitée de la deuxième conférence du Salon de la littérature érotique. Elle nous présente la particularité de son travail d’écriture : à la demande de son Maître, elle doit publier un livre par an, ou son Maître mettra fin à leur relation. Un roman de qualité, de toute façon, Tabou ne le publierait pas sinon. Cela m’évoque une sorte de mise en abyme : l’écriture de romans BDSM est l’une des épreuves de leur relations BDSM…
    Ce n’est pas une demande faite à la légère, ils en sont conscients tous les deux. Eva Delambre sait que son Maître tiendra sa promesse, elle devra lui rendre son collier si elle ne publie pas un livre par an, mais ce n’est pas là le risque qu’elle redoute le plus ; elle a d’autres occasions de perdre son collier qui lui font bien plus peur. Un livre par an, elle a prouvé qu’elle pouvait relever le défi.
    Une telle demande ne s’est pas faite d’entrée de jeu raconte Eva Delambre, mais petit à petit au fil de la relation. Devenir sienne, son premier livre, a été écrit avant sa rencontre avec son Maître, avant même qu’elle ne soit soumise ; elle écrivait ses fantasmes. C’est à la demande de son Maître qu’elle l’a publié. Elle a ensuite écrit et publié L’esclave, de sa propre initiative, et les bonnes critiques lui ont donné envie de continuer à écrire.
    L’éveil de l’ange a été écrit à la demande de l’éditeur, qui souhaitait qu’Eva publie un nouveau livre tous les ans. Maître Tesamo, lui, le lui a imposé, car il sait qu’Eva en est capable. Eva Delambre le reconnaît, s’il ne l’avait pas poussée, sans doute qu’elle aurait beaucoup moins publié, et peut être même pas du tout puisque c’est lui qui l’a encouragé à le faire dès son tout premier roman. En revanche, son Maître ne lui impose aucun thème, c’est toujours Eva qui choisit, même s’il n’accroche pas. Ainsi, le thème de L’éveil de l’ange, choisi par l’éditeur, ne lui plaisait pas spécialement, mais il ne s’y est pas opposé. Il est là d’abord pour rappeler que le compteur tourne. Il nous dit en souriant qu’il se voit aussi un peu comme une « muse » pour Eva : tous les Maîtres qui peuplent ses histoires lui ressemblent : ils sont exigeants, durs, difficiles.
    Eva Delambre écrit selon son temps libre et ses envies. En général, elle écrit beaucoup au début, dans un élan d’enthousiasme, et puis par à-coups, même si elle ressent pas mal de pression. Elle parle régulièrement de l’avancement de son manuscrit avec son Maître. Il se montre toujours à l’écoute.
    Parfois, il y a des passages plus difficiles à écrire, Eva souffre en les écrivant, ou évite de les aborder, car écrire sur certains sujets lui fait mal. Elle met en effet beaucoup d’elle-même dans ses livres, ils sont toujours sincères, et les personnages sont très fouillés psychologiquement. Quand Eva n’a plus envie d’écrire ou bloque sur un passage, son Maître est là pour l’aider à débloquer son écriture. Ça a été le cas par exemple lors de l’écriture de L’envol de l’ange ; Eva n’écrivait plus rien depuis un moment, le timing commençait à être serré. Son Maître a exigé l’envoi d’un chapitre par jour, ce qui est énorme. Les difficultés liées au rythme d’écriture ont dépassé les difficultés liées au thème, qui sont devenues secondaires. En cinq jours, le livre était terminé, elle a pu lui remettre son manuscrit, selon un rituel qui leur appartient.
   Maître Tesamo nous confie qu’une soumise cache souvent une fêlure, ou une aspiration, et cela fait partie de son rôle de Maître de l’aider à s’épanouir et de se réaliser. Pour Eva, c’était devenir auteure.
    Une soumise est souvent une femme très forte, précise-t-il, contrairement peut-être aux apparences pour ceux qui ne connaissent pas l’univers BDSM. Une soumise traverse des épreuves difficiles, elle gagne en assurance et en confiance en soi, et les épreuves de son quotidien professionnel, comme prendre la parole en public ou se présenter à un entretien d’embauche, lui paraîtront beaucoup plus faciles en comparaison de ce qu’elle vit lors de séances.
    Maître Tesamo s’est pris au jeu de l’écriture lui aussi. Dans Evidence, il raconte ses débuts de Maître, et dans le dernier livre d’Eva, Parfums d’elles, qui paraît bientôt et était disponible au salon en avant-première, il a rédigé les pages les concernent. Parfums d’elles est un recueil d’histoires, écrit suite à la demande de nombreux lecteurs et lectrices, qui voulaient savoir ce que devenaient telle ou telle soumise. J’ai hâte de le lire, il y a des héroïnes auxquelles je pense encore souvent !

Parfum-d-elles
    Eva Delambre se prête au jeu des questions-réponses avec l’animateur et la salle :
    Un participant demande à Eva si elle aimerait écrire sur la domination féminine.
    — Dans Turbulences, il y a des scènes de domination féminine, mais je ne me sens pas légitime pour en écrire, ce ne sont pas les mêmes codes, ce n’est pas mon domaine. J’ai fait lire ces passages à des dominatrices, qui les ont validés. Je mets tellement de moi-même dans mes livres : mes ressentis, ce que j’ai vécu… L’écriture qui m’est naturelle c’est sur la soumission féminine.

    — Publier un livre par an, est-ce une contrainte ou un plaisir ?
    — Les deux sont liés quand on est soumise, répond Eva Delambre en souriant. Le plaisir est lié à la contrainte. Le plaisir d’une soumise c’est d’atteindre l’objectif que lui a fixé son maître et en cela de le satisfaire. Ensuite il y a bien sûr la fierté d’avoir écrit tous ces livres, aimés par les lecteurs. Ecrire un livre par an peut sembler un objectif élevé, mais mon Maître connaît bien mes limites, il sait que j’en suis capable. Il n’aurait pas exigé un objectif inatteignable, impossible à atteindre et qui m’aurait poussée à bout.

    — Que préférez-vous écrire ?
    — Je préfère écrire les scènes de soumission pure, et les scènes de sexe et de soumission, mais éviter les redondances est un vrai challenge, parce que c’est un thème que j’ai déjà beaucoup abordé dans mes précédents livres, et je parle du BDSM que je connais, celui que je pratique avec mon Maître, qui me fait vibrer. J’aime aussi analyser, questionner : pourquoi mes personnages vont si loin, s’infligent tout ça… j’aime réfléchir sur les mécanismes de la soumission, les limites…

    Pour en savoir plus :
   La page Facebook d’Eva Delambre
   Parfums d’Elles sur le site Les Editions Tabou

    Photo : Eva Delambre en dédicaces

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