Le désamour au temps du confinement

télétravail
   Il y a quelques jours, je dressais un portrait lumineux d’un couple en télétravail : se jeter l’un sur l’autre à tout moment, se dévorer de baisers à l’heure des tableaux exel ou de la réunion budgétaire… (lire ici)
  Cette fois, je reprends ce thème du télétravail, avec une tonalité plus sombre.

***
   Avant, elle se réjouissait de rentrer chez elle et de l’attendre, frémissante d’impatience. Elle ne travaillait que le matin, elle goûtait ce temps calme avant leurs retrouvailles, toute emplie de lui déjà. Elle en profitait pour revêtir une petite robe sexy, dénouer ses cheveux, allumer une bougie, choisir de la musique… des petits riens pour qu’il se sente accueilli, attendu dans une ambiance sensuelle…
   Enfin la porte d’entrée s’ouvrait, elle se jetait dans ses bras ; il lui avait manqué ! Elle se collait à lui pour l’embrasser éperdument. Ils faisaient l’amour dans la foulée, tant pis pour le dîner, le film prévu… Ils avaient l’impression de se voir si peu, son travail l’absorbait tellement…  Ils avaient choisi de travailler à temps partiel pourtant, et se ménageaient une journée rien qu’à eux dans la semaine. Ils chérissaient cette journée à deux en dehors de leurs obligations pro, comme des mini vacances en milieu de semaine ; ils s’en faisaient une joie et l’attendaient toujours avec impatience ! Une journée de plaisir, sans obligations : parfois ils allaient au restaurant, visitaient une expo, ou se promenaient en forêt. Ils suivaient leur envie du moment. Souvent, ils restaient au chaud sous la couette, surtout l’hiver.
   Au début de l’épidémie, ils s’étaient réjouis de se retrouver si souvent ensemble grâce au télétravail. L’appartement devenait à la fois leur terrain de jeu et leur lieu de travail !

   Mais bientôt, les premières tensions apparurent, sur des détails. Ainsi, il supportait mal l’odeur du dissolvant et du vernis, elle ne savait plus quand s’occuper de ses ongles : il était toujours là. Et puis il avait chaud, il ouvrait grand les fenêtres, elle grelotait et les refermait discrètement. Ça râlait.
   Il se lassait de cuisiner aussi, lui qui aimait tant lui mitonner des petits plats, ravi de la voir se régaler et dévorer à pleines dents ce qu’il lui préparait. Se retrouver autour de la même table matin, midi et soir, avec de moins en moins de choses à se raconter leur pesait. Ils se firent des plateaux-télé, des plateaux-ordi… les repas ensemble ne furent bientôt plus qu’un souvenir.
   Dès qu’elle s’absentait, elle devait raconter où elle allait, pour combien de temps… Oh, elle n’avait rien à cacher, mais c’était pénible de devoir tout expliquer à l’avance. Il ne cherchait pas spécialement à la « fliquer », il s’intéressait à elle… Mais elle se sentait oppressée, avec le sentiment d’avoir perdu sa liberté.
   Avant, il restait toute la journée dans son entreprise, il revenait tard, elle était libre de ses mouvements quand elle rentrait ! Libre de s’épiler sans craindre d’être surprise en fâcheuse posture, libre de se masturber sans redouter d’être interrompue, libre de regarder une niaiserie à la télé sans culpabiliser, de ressortir voir une copine sans devoir tout expliquer, libre de chanter à tue-tête de vieux tubes…
   Elle s’assombrissait peu à peu, elle ne regardait plus les vidéos Youtube qu’elle aimait, légèrement honteuse de ses goûts de midinette, elle n’écoutait plus sa musique vintage, elle ne chantait plus en se faisant une beauté ; c’était comme la retraite avant la retraite, collés-serrés tout le temps, lassés, à la limite de l’exaspération, mais sans pouvoir se détacher l’un de l’autre… et pour aller où ? Tous les lieux de culture, de convivialité et de fête étaient fermés, les voyages restreints.

   Leur jour de liberté à deux, tant attendu auparavant, devint un jour comme les autres. Il continuait à bosser sans en tenir compte, il avait pris du retard, ou se mit à jouer à des jeux vidéo, ça le détendait. Il ne changeait d’écran que le soir, pour regarder Netflix. Il ne la désirait plus, puisqu’elle était toujours là, sous la main, à sa disposition ; on ne désire que ce qui nous manque.
   Cet appartement qu’ils aimaient tant ne convenait plus. Il s’en plaignait, il manquait de place. Il voulait un vrai bureau, et puis un vrai jardin aussi… Elle secouait la tête, elle tenait à rester en centre-ville, proche de ses amis, des boutiques et des cafés ; ils finiraient bien par rouvrir. Elle n’aimait la campagne qu’en vacances, le week-end à la rigueur.
   Ça allait bien se terminer un jour « tout ça », le confinement, le télétravail ? Il allait reprendre le chemin du bureau, s’aérer avec ses collègues, boire des bières avec eux le vendredi soir, profiter de déjeuners professionnels… Et elle, elle ferait ce qui lui chante ! Elle retrouverait sa liberté, chère à son cœur… quelques heures rien qu’à elle avant qu’il ne rentre. Pour n’en rien faire de spécial, juste goûter ce sentiment inégalable : du temps à soi, seule, pour suivre ses envies du moment !
   Et à nouveau, ils connaîtraient la joie des retrouvailles le soir, les confidences murmurées, les secrets échangés, les frôlements devenant des caresses… Dans leur doux cocon, leur appartement à nouveau dédié aux plaisirs.

   Photo prise sur le net

2 commentaires

  1. Antares a écrit :

    Bonjour,
    Le desamour du teletravail et du confinement est tres boen dépeint … et c’est que nous avons vécu …avec les 2 enfants en onus !!! Bravo… j’adore votre style.
    Xavier

  2. Clarissa a écrit :

    Merci pour le compliment ! Oui, il ne fallait que cette histoire d’enseignement à distance et de télétravail dure trop longtemps ! Au risque d’un burn-out familial

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