Jeu de piste – Chap.10 Dernières épreuves

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      Dans l’épisode précédent, Thibault m’offre une séance d’impact, sans que je puisse le voir ; mes yeux restent bandés tout le temps. La séance se termine, on me retire me bandeau, je me réjouis de le voir enfin, mais…

    Chap.10 Dernières épreuves

    L’organisatrice des goûters se tient devant moi et me regarde avec des yeux rieurs. Elle me donne le bandeau qu’elle vient de retirer de mes yeux. Je la remercie, mais j’ai du mal à cacher ma déception. Quel tour me joue Thibault ? Je jette des coups d’oeil autour de moi.
   — Thibault a envie de jouer avec toi encore, il n’a pu se résoudre te à dévoiler si vite son identité.
  — J’ai cru que j’allais enfin le voir ! Il l’avait suggéré, sous entendu au moins… ou j’ai interprété… quelle frutration ! Il est sadique en fait !
   — Précisément, fait mon amie en riant. Tu n’as pas reconnu sa voix ?
   — Non, mais je sais que je le connais, pas très bien je pense, car je n’arrive pas à l’identifier…
   — En attendant, le jeu continue, tu es toujours partante ?
   — Bien sûr !
   — Tu peux partir à la recherche de ton galet à présent, il est bien caché quelque part dans le château… N’hésite pas à solliciter l’aide de nos amis, tout le monde sait où il se trouve, ils t’aideront bien volontiers, moyennant quelques prix à payer au passage ! Je dois te laisser, mes devoirs de Maîtresse de cérémonie m’appellent, à tout à l’heure !
   Où pourrait se cacher mon galet ? Je connais les lieux par cœur, mais je les considère d’un œil neuf, à l’affut des cachettes possibles. Peut-être le galet se trouve-t-il sous l’une des banquettes du bar ?
   Je repère un fétichiste des pieds oisif. C’est un ami, très doué de surcroît.
   — Peux-tu m’aider ? L’objet que je cherche se trouve-t-il dans cette pièce ? Et si oui, où ça ?
   Il prend un air rusé et mystérieux.
   — Il y a d’abord un gage avant que je vous réponde.
   — Je t’écoute !
   — Vous devez m’offrir vos jolis pieds à masser !
   — Avec plaisir !
   Je me cale dans la banquette et lui abandonne mes pieds avec plaisir. Je me détends, mais n’en oublie pas pour autant mon projet.
   — Alors, peux-tu me répondre à présent ?
   — Le galet ne se trouve pas dans cette pièce ! Mais si jamais il avait été ici, je n’aurais pas eu le droit de dire où exactement, ce ne serait pas du jeu…
   — Tu sais dans quelle pièce il se trouve ?
   — Il va falloir interroger d’autres personnes que moi ! Une seule question par personne, c’est la règle du jeu…
   Je balaie la salle du regard avant de me résoudre à monter au premier étage. Il me faut trouver un autre complice.

   La salle à l’étage est vaste, un lit circulaire trône au milieu, avec de nombreuses banquettes devant lui. Quelques alcôves permettent de s’amuser plus ou moins à l’abri des regards. Elles sont faiblement éclairées, on ne voit pas grand-chose ; je vais m’amuser pour repérer mon galet !
   J’avise une amie.
   — Tu saurais où se trouve le galet ? Je suis embarquée dans un jeu de piste, avec des épreuves, tout ça…
   — Je sais, fait mon amie avec des airs de conspiratrice. J’ai un indice pour toi, si tu acceptes de jouer avec le feu !
   Elle sort de son sac deux bougies, une rouge et une noire, et les enflamme. La lumière des bougies projette des ombres sur son visage, elle est plus belle que jamais ! J’accepte, tentée de sentir ces minuscules brûlures sur ma peau. Elle m’entraîne vers le grand lit rond. Je m’y installe avec joie ; j’y ai de doux souvenirs…
   — Enlève ta robe, je ne voudrais pas l’abîmer, et allonge-toi sur le ventre.
   Je devine que des gens s’avancent, nous entourent, nous regardent. Je ferme les yeux, tous mes autres sens s’aiguisent aussitôt. Le froufrou des genoux de mon amie qui s’approche de moi, sa respiration, les mouvements des voyeurs autour de nous, le parfum de cire chaude…
   Et soudain, plic, une goutte de cire s’éclate sur mon dos. C’est intense, chaud, brûlant même… et agréable ! Bien moins douloureux que je m’y attendais.
   — Ça va ? Je poursuis ? chuchote mon amie.
   — Oui !
   — Très bien, je vais commencer ! Si c’est trop chaud, tu dis « Orange », et si tu veux arrêter « Rouge », d’accord ?
   — Vert !
   Mon amie rit, mais me punit de mon impertinence avec des gouttes de cire bien plus chaudes, à la limite de la brûlure. Elle a dû baisser son bras, la cire n’a pas eu le temps de refroidir pendant la chute. Une multitude de gouttes de cire tombent en pluie sur ma peau à présent, une pluie infernale, une averse de feu, qui doit décorer mon dos d’une multitude de pastilles rouges et noires. Je perds la notion du temps et du lieu, mes sensations m’emmènent loin, je suis en transe. J’ai l’impression que des centaines de personnes manient des bougies, je vais être recouvertes d’une croute de cire, il faudra que je quitte cette carapace, cette mue… Mes fantasmes s’évanouissent à leur tour, je flotte en apesanteur dans le feu, jusqu’à ce que mon amie s’interrompe.
   — J’ai fini ma belle ! Je vais pouvoir répondre à ta question !
   Sur le moment, je reste sonnée, rien ne me vient ! Et puis je me souviens de tout, un torrent de souvenirs : Thibault, le galet…
   — Tu pourrais me dire où se trouve mon galet ?
   — Tsss tsss, je n’ai pas le droit de répondre à une question aussi générale…
   — Se trouve-t-il dans cette pièce ?
   — Non ! Et maintenant, un peu de patience, je dois gratter toute cette cire avant que tu te rhabilles.
   J’entends un appareil photo crépiter ; Marc est sûrement dans le coin, il immortalise mon épreuve. Je ferme les yeux et m’abandonne à ses gratouillis de ses ongles pointus, des caresses piquantes et plaisantes. D’autres dominatrices se joignent à elle pour l’aider, des dizaines d’ongles chatouillent et grattent ma peau pendant que je me tortille.
   — Tiens-toi tranquille ! On en a pour des heures sinon !
   — Et les photos seront floues, ajoute Marc.
   Je me tiens coite, résistant au fou rire quand elles insistent près de mes flancs. Je les soupçonne de faire exprès !

   Mon galet se trouve sûrement dans une pièce un peu cachée – je ne l’avais pas découverte tout de suite d’ailleurs, mais au bout d’un certains nombre de Goûters. Elle sert parfois de studio photo lors des soirées, et il y a un lit encore plus secret sur le côté, la cachette idéale selon moi ! Je demande à un ami shibariste de confirmer mon hypothèse. J’espère que le prix à payer sera d’être encordée ! Il n’est pas dupe et m’adresse un sourire en coin.
   — Vu ton grand sourire, j’ai l’impression que tu te jettes volontairement dans la gueule du loup !
   — J’avoue ! Mais après tout, pourquoi une épreuve devrait-elle être obligatoirement pénible ?
   — Vas-y, pose ta question, fait-il en croisant les bras, goguenard.
   Je minaude, un peu confuse.
   — Tu n’es pas obligé… je peux demander à quelqu’un d’autre si tu préfères ?
   — Non, non, j’ai envie que tu te retrouves dans mes cordes… elles sont rouges en plus, ta couleur préférée ! Je t’écoute…
   — Ce que je cherche est-il caché dans cette pièce?
   Je pointe du doigt la pièce sur le côté avec son lit bien caché.
   — Non, il n’y a rien du tout là. Viens, on va s’installer sur le grand lit central. Tu veux bien enlever ta robe pour ne pas que je l’abîme avec mes cordes ?
    Voilà qui me rappelle des souvenirs très récents… j’aurais mieux fait de rester en lingerie !
    Je me prépare à vivre un moment hors du temps. J’adore les cordes ! Être manipulée par des mains expertes et attentionnées dans toutes sortes de positions, m’abandonner, ne plus penser, être enlacée de toutes parts …
    Je ferme les yeux pour mieux ressentir la première corde m’entourer, me serrer. Elle s’enroule à plusieurs reprises autour de moi, resserre ses anneaux. Je me sens bien, comblée d’étreintes ! Mon ami shibariste poursuit mon emmaillotement ; après mon torse, c’est au tour de mes jambes. J’ai ouvert les yeux, j’aime le regarder opérer, avec ses gestes vifs, surs, toujours attentif à mes ressentis. Et J’aime regarder les dessins qu’il tisse sur mon corps. Marc traîne encore dans le coin, il immortalise notre moment de quelques crépitements d’appareils photos. Je suis contente ! Je lui adresse un petit sourire, avant de me replonger dans mes sensations.
   Mon ami me libère un peu vite à mon goût, et prend soin de me faire un câlin pour remplacer l’étreinte des cordes qui me manque déjà.
   — J’ai préféré écourter notre séance, tu as une mission à remplir ! fait-il avec un sourire d’excuses. La prochaine fois, je te promets de te garder des heures dans mes cordes ! Aussi longtemps que tu le désires…
   Je l’embrasse et reprend ma quête.

  

à suivre
   Photo : Ness Harper, lors des Goûters du divin marquis

    Souvenirs d’une séance de shibari en 2020 avec Georges Pires, lors des Goûters du divin marquis :

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