J’ai tangué sur ma vie, de Maryssa Rachel

J'ai tangué sur ma vie 2

   Maryssa Rachel vient de publier J’ai tangué sur ma vie, aux Editions JDH.
   Ce roman aborde un thème particulièrement douloureux : les ravages de l’alcool, l’addiction autodestructrice qu’il génère, malgré les mises en garde de l’entourage, des médecins… Je redoutais de le lire, je n’avais pas envie de souffrir, je connais l’engagement de l’auteure : à partir du moment où elle se lance sur un sujet, elle va jusqu’au bout, rien ne nous est épargné ! Il me tentait de plus en plus cependant, car j’adore son style, son écriture cash, son franc-parler. Je me disais que j’étais en train de passer à côté d’un livre fort, et je me suis lancée.
   Le livre m’a happée et absorbée complètement (je lui dois une nuit blanche ou presque !). J’ai souffert, oh là là, et j’ai pleuré aussi, car l’histoire est bouleversante – et pourtant la fin est écrite dès le début.

   On suit le parcours d’André, affectueusement surnommé Dédé, depuis sa jeunesse. Dédé vient d’un milieu populaire, c’est un homme très attachant : il veut bien faire, il fait de son mieux, mais la vie ne lui sourit pas. Il prend un mauvais départ dès le début, il manque de caractère et de capacité de décision et vit dans l’ombre de son grand frère, Hugues, plus beau, plus malin, qui l’éclipse complètement.
   Dédé est désespérant et touchant à la fois ! On se retrouve dans ses pensées, on suit ses doutes, ses efforts. Il se retrouve vite balloté par la vie, par des événements sur lesquels il n’a pas la main. C’est un personnage irrésolu, il se laisse entraîner dans des directions qu’il ne souhaitait pas forcément, que ce soit dans sa vie perso ou professionnelle. Il se laisse faire, et tâche de se montrer à la hauteur, de lutter, sans beaucoup de succès.
   
   Dédé épouse Françoise, une femme dure, intransigeante, qui ne l’aime pas en retour, ne le respecte pas. Elle se montre uniquement intéressée par le ménage et la tenue de sa maison. Dédé se sent bien seul…. Seul rayon de soleil dans sa vie, sa fille Magali qu’il adore plus que tout, la seule à lui montrer un peu de tendresse en retour.  
   Il n’a aucun centre d’intérêt, aucun loisir, qui pourrait lui permettre d’échapper à la pression qu’il ressent, si ce n’est le bar du coin qui accueille quelques habitués. Alors il boit avec les autres pour oublier, se sentir mieux, et noue des amitiés illusoires et hétéroclites. Tous sombrent peu à peu.
   Dédé engloutit ses économies et des verres à n’en plus finir, il s’alcoolise de plus en plus, et les ennuis commencent. Nous suivons sa longue descente en enfer, sa déchéance, en souffrant pour lui, en priant pour que tout s’arrange, malgré les difficultés qui s’accumulent. L’espoir revient parfois, avant qu’il ne s’enfonce à nouveau.
   L’histoire devient poignante et terrible à mesure que le temps passe. Sa femme, si superficielle et dure au début, s’amende, veut l’aider, mais il est déjà trop tard ; ces deux-là se seront croisés toute leur vie.
   La vie défile, vite, il ne maîtrise plus rien. Les années s’enchaînent, ponctuées par les chansons cultes du moment. L’ambiance du temps est donnée par des extraits de chansons, des allusions aux temps forts de l’époque ; on s’y croirait ! Bravo à l’auteure d’avoir si bien rendu l’atmosphère des différentes décennies !

   Au delà de son intérêt littéraire (je l’ai dévoré !), le roman de Maryssa serait parfait pour faire de la prévention.
   Il y a certes les médecins, la prévention routière et ses campagnes de pub – on se souvient tous de « Boire ou conduire, il faut choisir », « un verre ça va, trois verres bonjour les dégâts »… Mais je ne suis pas sûre de l’effet de ces campagnes, alors qu’ un témoignage aussi vivant, prenant, fut-il fictif, atteindra certainement son but : mettre en garde et détourner de l’abus d’alcool. Ça ne vaut pas le coup vu les dégâts à long terme ! Maryssa n’hésite pas à entrer dans les détails les plus trash, à décrire par le menu la déchéance physique et les dégâts psychologiques engendrés par l’alcool. C’est choquant bien sûr, mais ces descriptions s’intègrent parfaitement à l’histoire, j’étais surtout profondément triste pour Dédé et révoltée de ses difficultés à s’en sortir, de son renoncement !
 
   Un livre terrible, fort, écrit avec les tripes et qui prend aux tripes ! Un livre coup de poing… Je l’ai lu il y a plusieurs jours maintenant, et j’y pense toujours. Je n’en suis pas sortie indemne, je reste secouée, le cœur serré. J’ai ouvert les yeux sur les ravages de l’alcool dont on nous rebat les oreilles, sans que l’on réalise vraiment ce qu’il en est et à quel point c’est dur.  

   Présentation de l’éditeur

   « J’ai la mémoire qui flanche. J’ai trop joué des coudes. Mon corps a cédé. Mon âme s’est noyée. Aujourd’hui, je suis mort… Ça ne change pas grand-chose… Sur le vieil orme mort, perchés sur une branche, les corbeaux chantent mon requiem pendant que le diable met le feu à ma mémoire. J’ai aimé une femme qui ne m’a pas aimé… et alors ? Ce n’est pas une excuse… Ce n’est pas de sa faute, ce n’est pas de ma faute non plus, c’est la faute à la vie… la faute à la mélancolie, aux angoisses oppressantes, à la peur, surtout à la peur… Hier, j’avais une famille, une femme, des enfants magnifiques… Puis il y a eu la descente, ouais, j’avais une sacrée descente… l’alcool me permettait de survivre, c’était ma béquille, j’avançais en boitant… J’ai tangué sur ma vie… Je ne suis pas lâche, je suis malade… J’ai en tête quelques fragments d’amour, mais l’amour ne guérit pas tous les maux… À ma femme, mon fils et ma fille… L’alcoolisme n’est pas une preuve de lâcheté, l’alcoolisme n’est pas un manque de volonté, l’amour ne suffit pas à guérir tous les maux. »
   Maryssa Rachel signe un roman d’une rare intensité sur une histoire arrachée à la dure réalité du quotidien. Armée d’une sincérité bouleversante, elle nous raconte simplement la vie d’un type qui ressemble à son histoire. Un livre revolver, chargé d’émotions pures. De Magnitudes 7.

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   JDH Editions

2 commentaires

  1. Fattorius a écrit :

    A essayer, peut-être – merci pour le partage de vos impressions! De Maryssa Rachel, je garde un souvenir renversant de son « Outrage » – radical, puissant! Difficile de lire un autre roman « parlant de sexe et de tout ce qui va avec » après « Outrage ».
    Vous le savez peut-être, mais Maryssa Rachel lit des auteurs classiques pour le site d’information suisse http://www.bonpourlatete.com.

  2. Clarissa a écrit :

    J’ai beaucoup aimé Outrage ! J’ai pris une claque ! Je l’ai dévoré aussi… Oui, j’étais comme vous, j’ai eu du mal à tourner la page et me tourner vers des lectures plus légères… et c’est le cas à nouveau cette fois. Oui, je l’ai déjà écoutée, j’adore ! Je vais y refaire un tour, tiens …

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