Enfer et damnation – Chap 9. Le chaud et le froid

Chap

  La punition, démarrée dans les abysses de l’enfer est loin d’être terminée ! Mais Luciférine doit réussir à maîtriser son feu pour croquer Valentin. Heureusement, il n’y a pas que des endroits brûlants au royaume des âmes perdues…

  Chapitre 9 – Le chaud et le froid (Clarissa)

   Il existait un lieu reculé, où il faisait froid, très froid. On y jetait parfois des âmes damnées frileuses, et on les oubliait là longtemps, seules, grelottantes, à demi endormies, ni mortes ni vivantes… Luciférine décida de s’y rendre pour ne pas prendre feu, et prendre enfin Valentin ! Pas dans ses bras, il ne fallait pas exagérer, mais dans son volcan intérieur. Il aurait peut-être un peu froid au début, mais elle se faisait fort de le réchauffer.
   Elle le chargea sur ses épaules comme un vulgaire sac de pommes de terres et se mit à courir. Comme elle aimerait gagner ses ailes ! Si elle en avait, elle y serait en un clin d’œil. Elle enviait les démons qui passaient à vive allure au-dessus de sa tête, quels provocateurs, ils ne se privaient pas de lui faire des clins d’oeil. Une voix bien connue se permit de l’interpeller.
   — Hello Luciférine, où trottines-tu avec autant d’entrain ? Je peux te déposer quelque part ?
   Elle ne daigna pas relever la tête, se contentant d’un doigt vengeur, et fonça tête baissée vers la grotte glacée, ignorant les plaintes de Valentin balloté en tous sens.
   Dans la caverne glaciaire, une pécheresse pleurait doucement, elle leva des yeux pleins d’espoir en les entendant arriver.
   — Je ne viens pas pour toi, lui lança Luciférine, pour tuer dans l’œuf cette lueur d’espoir qui n’avait rien à faire là.
   Mais l’atmosphère se réchauffait et la jeune pécheresse se sentait déjà mieux. Elle ouvrit la bouche, avant de s’interrompre en voyant le regard noir de la démone.
   — Si tu oses me parler, il t’en cuira. Tiens-toi tranquille, je ne suis pas responsable de toi, je viens pour ce pêcheur-là, le punir de ses excès, en faisant de lui mon esclave sexuel. Tu peux regarder, ça ajoutera du sel à la punition !
   Luciférine s’adressait à Valentin en réalité, une façon de le mettre en condition. Peu lui importait cette jeune femme, même si ce n’était pas son style d’abandonner ses pêcheurs dans la chambre froide — certains démons étaient décidément très paresseux. (Elle les jugeait un peu vite, ayant visiblement oublié ceux qu’elle avait entassés dans une cage et qui se morfondaient loin d’elle).
   Elle se concentra sur Valentin, galvanisée par une énergie diabolique. Elle sembla grandir encore, incandescente et pleine de fureur.
   — Tu n’auras pas assez de l’éternité pour expier tous tes péchés ! Aucune punition ne sera assez forte… Tu as commis le péché de chair, à de multiples reprises. Je vais me déchaîner sur toi, je n’aurai aucune limite, avec la bénédiction de Satan et de Dieu réunis, j’en suis certaine ! N’espère aucune grâce !
   Valentin tremblait, d’excitation surtout, de désir contenu. Il devenait fou de cette démone ; elle pouvait le torturer, le supplicier autant qu’elle le voulait ! Tant qu’il restait sous sa coupe, il était heureux. Il devait soigneusement le lui cacher, il avait bien compris qu’elle se vexerait sinon. Elle avait l’air de vouloir accomplir sérieusement sa mission, elle n’était pas là pour la bagatelle. Et puis il y avait cette histoire d’ailes, elle y revenait souvent, il voulait l’aider à les obtenir ! Il se mit à crier pour faire bonne mesure, fort, pour que tous les démons de l’enfer l’entendent, et même Satan.
   — Mais arrête de brailler comme un cochon qu’on égorge ! Tu me casses les oreilles à la fin !
   Elle l’embrassa pour le faire taire une fois pour toutes et l’enveloppa de ses bras et de sa longue queue, le réchauffant partout. Leurs corps fumaient dans cette chambre froide, qui ne l’était plus tant que ça, tant Luciférine s’échauffait. Valentin perdit le compte de ses caresses, mille mains le pressaient de toute part, le malaxaient, le pinçaient et l’étourdissaient de tortures sensuelles. Il gémissait en continu, de douleur et de plaisir à la fois. Il la désirait tant ! Les souffrances qu’elle lui infligeait, loin d’apaiser son désir dévorant, lui faisaient perdre la tête. Il en devenait fou, il adorait ces sensations contradictoires ! Il réussit à ne pas se trahir, anxieux de poursuivre ces délicieuses tortures.
   Luciférine avala à nouveau son sexe, le dégustant à grands coups de dents, avant de s’allonger sur le dos et d’écarter les jambes sans façon. Quelle bonne idée elle avait eu de venir là, le froid de la caverne faisait son office, elle ne s’enflammait pas. Un endroit de son corps restait brûlant cependant et nécessitait d’être rafraîchi par une langue fraîche et docile. Un endroit qui resterait toujours enflammé, son feu ne s’éteindrait jamais.
   — Viens me lécher !
   À peine Valentin avait-il posé ses lèvres sur son intimité en feu qu’elle plantait ses ongles, qu’elle avait fort longs, dans son crâne, et lui tirait les cheveux sans ménagement pour l’approcher plus près de son sexe.
   Il s’approcha encore de cette fournaise et glissa sa langue dans son feu intérieur. Il tint bon et il lécha avec ardeur, concentré sur le plaisir de sa démone qui grognait si joliment. Des cris rauques de fauves en rut, allant crescendo avant un hurlement libérateur.
   Il n’aurait pu se dérober de toute façon, les grandes lèvres en feu de son sexe s’étaient refermées comme une mâchoire d’acier autour de sa langue, la maintenant prisonnière. Ça lui allait bien ! Elles relâchèrent enfin leur pression, la démone ronronnait comme une chatte, sous les yeux écarquillés de la jeune pécheresse qui n’avait pas raté une miette du spectacle. Elle résistait à grand-peine à l’envie de se joindre à eux.

   Maintenant Luciférine voulait plus. Elle abattit Valentin sur le sol d’une taloche, et lui grimpa dessus sans autre forme de procès. Elle s’empala sur son sexe directement, avant d’entamer une chevauchée infernale. Ce fut plus fort qu’elle, elle s’enflamma tant elle se démenait, le menant à un train d’enfer, jusqu’à ce que le malheureux ne puisse retenir sa jouissance. Elle jaillit, abondante, débordante, éteignant les flammes qui commençaient à lécher sa peau.
   Luciférine grogna. Quoi, déjà ! Elle le gifla, mécontente et frustrée, avant de sursauter et se dégager bien vite. Luxious venait de faire son entrée, toujours aussi flambeur, avec ses immenses ailes rouges déployées.
   — Luxious ! Mais qu’est-ce que tu fais là ? Tu m’espionnes ?
   — Tu n’es pas le nombril du monde, Luciférine. Je viens chercher mon âme damnée.
   Il désigna la jeune fille d’un coup de menton, avant de se tourner à nouveau vers sa collègue.
   — Dis donc, tu n’as pas l’air de t’ennuyer on dirait ! Mais crois-moi, ce n’est pas en t’amusant comme ça que tu vas gagner tes ailes.
   Il lissa les siennes du bout de ses griffes pour la narguer. Luciférine se défendit en attaquant.
   — Tu peux parler, tu laisses la pécheresse dont tu as la responsabilité toute seule, abandonnée ! ça ne se fait pas espèce de flemmard…
   Luxious vit rouge.
   — De quoi je me mêle ! Sa phobie, c’est la solitude et le froid. Et grâce à toi, tout tombe à l’eau, elle a de la compagnie et bien chaud, bravo. Limite, elle sourit aux anges, regarde ! Et tu peux parler, depuis combien de temps n’as-tu pas visité tes autres pêcheurs ? Tu peux me remercier d’être allé les torturer comme ils le méritent… Tu en pinces pour ce condamné, avoues ! Ce n’est pas pro, Luciférine, tu es trop sentimentale, tu es…
   Ils arrêtèrent de se disputer en entendant des gémissements suspects. Ils se retournèrent et regardèrent stupéfaits leurs deux pêcheurs. La jeune fille s’était approchée de Valentin et lui procurait de bien doux traitements : des bisous, des caresses, des câlins. Il se laissait faire comme un benêt.
   En un instant, Luxious fondit sur eux.
   — Eh, mais à quoi vous jouez, là ! Vous vous verrez ce soir à l’orgie, pas de ça maintenant !
   Luciférine voulut protester : son protégé passerait sa nuit en cage, pas d’orgie pour lui cette fois, elle voulait le garder rien que pour elle. Mais Luxious aurait trouvé ça louche, elle préféra opiner. Dieu sait ce qu’il allait rapporter sur son compte si elle lui confiait son projet. Qu’ils aillent au diable, tous, Valentin, Luxious… ! Son cœur se pinça à la pensée de toutes les caresses que Valentin allait échanger avec cette allumeuse de première. Elle se promit d’être de la partie, et de veiller à les gêner le plus possible, ajoutant à leur frustration d’autres supplices de son cru.
   Elle ne décolérait pas. Il était hors de question que Luxious aille colporter des mensonges sur son compte. Sentimentale, n’importe quoi ! Et puis quoi encore ? Comme si elle pouvait encore éprouver des sentiments, depuis le temps qu’elle vivait en enfer ! Elle punissait Valentin par là où il avait pêché, voilà tout : le sexe ! Et cela passait par l’esclavage sexuel… Pour faire bonne mesure, elle attrapa Valentin et le battit comme plâtre, de ses mains chaudes, jusqu’à faire cuire ses fesses, ignorant le gong du rassemblement du soir.
   Luciférine pouvait se tromper elle-même et se bercer d’illusions, mais ne pouvait pas tromper Luxious. Il la connaissait trop bien, et enrageait de la voir s’attacher autant à une âme damnée. Il s’envola dans un claquement d’ailes.
   — Lâche-le un peu, Luciférine, tu vas être encore en retard !
   La démone cracha du feu une bordée d’injures dans sa direction.

   Il était temps de boucler Valentin dans sa cellule avant le rassemblement. Elle le quitta sur une dernière menace.
   —  Réfléchis bien à ce que tu vas me dire demain, parce que je te garantis que je m’énerverai à nouveau si tu n’avoues pas ce qui t’a conduit ici !

***

   Photo de Loïc Siebe, lors de la soirée The Sinners Fetish Party chapter III : Valentin en train de subir les derniers outrages

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