Enfer et damnation – Chap.4 Une nuit en enfer

The Sinners5
   Un premier péché avoué et puni dans l’épisode précédent, mais Luciférine rechigne à lever la punition et s’acharne !

   Chapitre 4 – Une nuit en enfer (Clarissa)

  Un gong retentit au loin, insistant, lancinant. Il sonnait la fin de la journée et le repos des âmes perdues. Enfin, façon de parler, d’autres tortures les attendaient, cela va sans dire. 
   Luciférine s’en fichait, elle poursuivait sa flamboyante flagellation, ne laissant aucun répit au malheureux.
  Luxious surgit soudain à ses côtés, l’interrompant.
  — À quoi tu joues, fit-il en retenant son bras sur le point de s’abattre une fois de plus sur le dos de Valentin.
  Toujours dans mes pattes celui-là, siffla Luciférine entre ses dents. Elle se dégagea d’un geste vif.
  — Lâche-moi, on n’est pas censés interférer dans les punitions des autres.
  — Je suis plus gradé que toi, je te rappelle, alors oui, je t’ai à l’œil, je t’aime bien malgré ton sale caractère, je ne voudrais pas qu’il t’arrive des bricoles ! Satan n’est guère enclin à la bienveillance, c’est pas son point fort je dirais, tu n’as pas entendu le gong ? Il n’arrête pas de sonner, c’est l’heure de coucher nos âmes damnées, de les enfermer ou de les mélanger… ensuite, ce sera le rassemblement, on doit faire le bilan…
  — Je déteste les réunions et tout ce bla-bla inutile… avant…
  — « Avant » n’existe plus, c’est fini, mets-toi bien ça dans le crâne sous tes jolies cornes, l’enfer se réorganise, se modernise, et là tu respectes pas la charte d’après ce que j’ai pu voir ! Des punitions en accord avec les fautes on a dit, ni plus ni moins, fini les excès !
  — Tu vas me punir, c’est ça, le provoqua Luciférine
  — C’est pas moi qui vais le faire si tu tardes encore !
  Luciférine rendit les armes, il avait raison. Elle détacha Valentin qui se confondit en remerciements. Elle le gifla pour lui apprendre les bonnes manières.
  — Tu ne me parles que quand je t’interroge !
  Cependant, il avait bien enduré la punition, et après un instant d’hésitation, elle le félicita et flatta ses flancs restés miraculeusement intacts, avant de lui pincer vivement la joue.
  — Tes plaies vont se soigner toutes seules, tu reviendras à moi tout neuf bientôt.
  — Quand ? s’enquit Valentin, incapable de se taire, tendant déjà l’autre joue.
  — Le temps n’existe pas ici, sache que tu le trouveras très long et que je vais te manquer ! Tu as dû le remarquer, tu as récupéré ton corps de jeune homme, un corps capable de souffrir, mais ce corps a aussi besoin de se nourrir et de dormir.. considère que c’est l’équivalent d’une nuit de ta vie mortelle, mais une nuit en enfer…
  Elle éclata de rire, elle avait retrouvé toute sa bonne humeur. Elle attrapa Valentin avec son long fouet, il s’enroula autour de son cou comme une laisse. Elle l’entraîna à sa suite.
  Luxious fit son crâneur, il déploya ses ailes et s’envola.
  Luciférine serra les dents.
  — Tu les aurais déjà si tu te montrais un peu plus obéissante et complaisante, lui lança-t-il dans un battement d’ailes. Et n’oublies pas tes autres pêcheurs, tu les délaisses on dirait, il n’y en a que pour ton chouchou.
  Luciférine lui jeta un regard furibond.
  — Mèle-toi de tes affaires !
  — Oh oui, fais-moi encore ton regard de braise, la taquina Luxious.
  La démone sentit la colère la submerger, son corps se mit à fumer, devint incandescent, mais Luxious était déjà loin.
  Valentin fit les frais de son exaspération.
  — Avance à la fin, arrête de traîner des pieds comme ça, tu as entendu, je suis en retard !
  — Où m’emmenez-vous, où vais-je passer… la nuit ?
  Luciférine ne répondit pas, mais son sourire cruel n’annonçait rien de bon.

  La nuit n’était pas synonyme de repos ici, l’enfer restait l’enfer ! Ceux qui détestaient la foule, la compagnie, la promiscuité, se retrouvaient parqués comme du bétail, avec d’autres qui détestaient ça tout autant qu’eux. Ceux qui au contraire abhorraient la solitude se retrouvaient dans des cages isolées, dans le noir ou à la lumière vive — les sévices variaient pour éviter que les pécheurs ne s’habituent à leur inconfort. Parfois, on leur amenait une belle-mère vindicative et acariâtre, un ancien chef abusif ou une ex en colère, selon la malice et l’imagination des démons. Ils regardaient en douce et se tordaient de rire.
  Luciférine installa son protégé dans une cage à l’écart. Elle ne savait pas s’il redoutait la foule ou l’isolement, elle choisit à sa guise. Elle préférait qu’il se refasse une beauté paisiblement, loin du tumulte et du brouhaha des âmes désespérées et hurlantes ; on les entendait crier pitié d’ici. Il fallait y penser avant, là c’était trop tard, elles seraient châtiés pour l’éternité, sauf miracle, ce qui arrivait parfois, Dieu se mêlant à l’occasion de ce qui ne le regardait pas. En voilà un qui ne se modernisait pas et rechignait à déléguer, alors qu’eux, en enfer, faisaient tant d’efforts !
  Elle ravitailla Valentin, son corps physique et souffrant nécessitait quelques soins. Rien de luxueux, les mets que l’on servait étaient ceux que les vivants détestaient le plus : endives cuites, blettes, langue de bœuf et autres foies de morue ; c’était l’enfer dans toutes ses dimensions, chaque détail était pensé ! Pour s’abreuver, une écuelle d’eau tiède et croupie ; pour dormir, un mauvais matelas à même le sol et le tour était joué, fini la vie de luxe. Qu’il ne se plaigne pas, dans les salles communes, il y avait moins de lits que de pécheurs.
  Après une dernière claque d’au revoir, Luciférine se dirigea en sautillant vers l’une des salles communes.

  Photo : Luciférine enferme Valentin dans une cellule isolée. Photo d’Olive the duck, prise lors la soirée The Sinners fetish party.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *