En dansant

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   Souvent en soirée, tout en dansant, des idées d’histoires me viennent, comme des rêves éveillés. La plupart s’envolent en fumée, mais parfois, j’ai envie de les écrire.
   Celle-ci raconte les débuts : la première étincelle qui fait basculer vers un autre univers, grâce à la musique et une rencontre…

***

   Une foule de danseurs évolue au rythme de la musique, heureux de renouer avec leur musique préférée, du metal pur et dur. Tous ont rêvétu leurs tenues gothiques, et elle déambule en les admirant, à la fois seule et commme chez elle. Elle croise des punkettes en mini kilt, des bikers tatoués plein de chaînes, des créatures cyber-goths aux longs cheveux de plastique fluo, de grands romantiques en redingote ou costume steampunk, en uniforme parfois… De son côté, elle s’est choisie une tenue d’inspiration victorienne : une robe surchargée de rubans et de froufrous, avec son jupon moussu – le tout en noir, cela va sans dire. Une robe courte, elle a envie de danser, pas de se casser la figure dans les escaliers !
    Ils se retrouvent par hasard face à face, se sourient, et bientôt, ne se quittent plus. Ils dansent éperdument, tous les succès du hard rock leur font perdre la tête. Ils chantent, se secouent en tous sens comme des fous, et s’amusent ensemble, heureux de leur connivence. Impossible d’échanger le moindre mot, la musique emplit tout ! Ils se parlent avec les yeux, le corps. Il saisit ses mains, la fait tournoyer, virevolter, avant de la plaquer contre lui, en harmonie avec la musique qui ralentit. De la dark wave, troublante à souhait. 
    Elle se tient frémissante contre lui, dans l’attente de la suite. La musique passe au second plan ; il est si proche ! Elle se retrouve le nez dans son cou, son parfum lui tourne les sens, son cou blanc appelle ses lèvres… Elle ne résiste pas, la musique l’a transportée dans un autre monde, où tout est possible. Elle pose sa bouche sur son cou, sur une veine où palpite la vie, et, vampire des temps modernes, le mordille, à peine, légèrement, comme pour lui demander son accord.
    Il se penche vers elle et la mordille à l’unisson, alternant les baisers appuyés, les coups de langue, les douces morsures. Toute volonté anéantie, elle gémit et offre sa gorge. Il la sent se détendre contre lui et la serre plus fort encore, avant de glisser ses mains sous son corset. Ce n’est pas un « vrai » corset, une fermeture éclair est cachée sur le côté, dans la couture. Il l’entrouvre, et pose ses mains sur sa peau brûlante.
    Elle s’enflamme aussitôt. La musique s’est éteinte, il n’y a que le battement de son cœur, la pulsation de son sang dans ses veines et les divines sensations sur sa peau procurées par ses morsures, ses légères griffures… Il ne lui laisse aucun répit et l’étourdit de caresses piquantes. Auteur d’eux, la foule des danseurs anonymes devient dense. Les danseurs forment comme une haie, un abri couvert qui les cache du regard des autres. Une forêt humaine, un rempart leur offrant une bulle de liberté où s’ébattre en toute insouciance. Bientôt, ces danseurs s’effacent, disparaissent eux aussi, engloutis comme le décor et le son.

    La musique change, le charme est rompu, ils sortent de leur transe. Ils reprennent leurs esprits et s’écartent l’un de l’autre, un peu sonnés. Ils se mettent à rire, un rire de joie pour soulager toute la tension qu’ils ont accumulée. La musique revient comme un torrent assourdissant qui se rue sur eux et les submerge. Elle jette un regard autour d’elle et se mord les lèvres, confuse. Il lui semblait être invisible, bien protégée par une forêt de dos géants, mais elle croise des regards, des sourires complices ; on lui fait même un clin d’œil ! Elle baisse les yeux, dépose un baiser rapide sur la joue de son danseur et se sauve. Elle a l’impression que tout le monde la regarde, elle, cette perverse qui a osé vivre un moment mordant au milieu d’une innocente soirée dansante.  
    Elle fonce sans regarder autour d’elle. Vite, retrouver les fumeurs en terrasse, se remettre les idées en place grâce à la fraîcheur de la nuit et la fumée des cigarettes, et tout oublier.

    Mais oublier se révèle impossible, elle reste obsédée par ce qu’elle vient de vivre au milieu d’une soirée qui se voulait simplement dansante. Elle veut retrouver la folie de ce moment : son corps doucement malmené, griffé, pressé par des mains passionnées… Comme elle regrette sa fuite éperdue, sans même lui demander son nom !
    Elle fouille les réseaux sociaux et ne met pas longtemps avant de trouver la soirée de ses rêves, une soirée à la fois dansante, mais également dédiée aux jeux sensuels et sadomasochistes. Et c’est samedi prochain !
    Samedi arrive enfin, après une interminable attente consacrée au choix de sa tenue, une tenue fetish. Fini les rubans et la dentelle, place au vinyle !
    Son coeur bat fort tandis qu’elle se promène dans le club, au son de la musique metal aimée entre toutes, une musique familière, qui résonne différemment depuis une semaine, associée aux sensations ressenties dans les bras de cet inconnu.. Elle s’impreigne des lieux, de l’ambiance, déjà conquise par les jeux qu’elle surprend. Et soudain, au détour d’un couloir, elle tombe sur lui, son danseur de samedi dernier ! Ils se sourient et se rapprochent aussitôt, heureux de se retrouver par hasard – un hasard qui n’en est pas vraiment un, les soirées bdsm ne sont pas si nombreuses ! Lui, c’est un habitué de ces soirées, et il va se faire un plaisir de poursuivre son initiation ; il lui a seulement offert un avant-goût l’autre soir, il a retenu ses gestes pour ne pas choquer. Il va l’emmener bien plus loin si elle est prête à le suivre… Nul besoin de se cacher cette fois pour se torturer, s’amuser, se griffer et se mordre, jouer à la bagarre comme des enfants ; ils seront libres d’être eux-mêmes !

    – Photo : Film « Dracula »

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