En attendant le jardinier

assise

    Je me retrouve dans un scénario de film X :  j’attends le jardinier, parée de mes plus beaux atours, une vraie pub vivante pour Blanc du Nil, pendant que toute la famille barbote dans l’océan. Il y a urgence, le jardin est devenu une mini jungle, les voisins de droite et de gauche se plaignent ! Je patiente en dégustant mon café, goûtant le calme et remuant des idées érotiques, une histoire s’écrit toute seule dans mes pensées…

***

   Ils sont partis ! Armés jusqu’aux dents de serviettes, crèmes solaires, bouées et parasols, enthousiastes et contrariés à la fois, à grands coups de « Mais où sont mes tongs ? », « Mon maillot est encore mouillé ! ».
   Le jardin est plongé dans le silence, elle peut entendre les oiseaux, de la musique au loin. Jusqu’au coup de sonnette strident : le jardinier ! Ils ne se connaissent pas, ils se sont seulement parlé au téléphone. Il lui plaît d’emblée avec ses yeux bleus comme le ciel et sa peau cuite par le soleil. Il occupe aussitôt tout l’espace de son sourire rayonnant. Il déborde d’énergie, il décline sa proposition de café pour tout de suite l’entraîner dans un tour du jardin. Il a plein d’idées.
   — On pourrait débroussailler ici, et là aussi, je pourrais mieux travailler ainsi, car là je ne peux même pas passer… Et on devrait couper ces lauriers, planter une haie à la place, ça ferait plus propre…
   Elle est réticente. Un hérisson habite là, il fait sa joie tous les soirs.
   — Les hérissons aiment bien quand c’est fouillis je crois, pour s’abriter.
   — C’est le jardin du hérisson ou c’est le vôtre ?
   Son regard taquin la provoque. Elle ignore le sarcasme, sa réponse fuse, sans l’ombre d’une hésitation…
   — C’est le jardin du hérisson ! Il habite là toute l’année, nous, seulement 4 semaines par an.
   — Je vous propose de planter une haie avec des fruits alors ! Je peux lui construire une maison si vous voulez, et installer un hôtel à insectes aussi…
   Il a compris qu’il avait affaire à une bourgeoise écolo des villes… Ça lui va, il aime les animaux lui aussi !

   Au détour d’un buisson, il découvre une petite clairière, il y a tout juste la place pour étendre une serviette de plage. De la crème solaire et des livres dépassent d’un sac. 
   — Oh je vous que vous vous êtes aménagé un coin à vous…
   Elle sourit, gênée.
   — J’ai toujours aimé me faire des cabanes ! Là, c’est un endroit pour lire cachée. Si on me voit, on risque de m’adresser la parole, et cela me sort de l’histoire, vous voyez ?
   — Vaguement…
   Le jardinier ne voit pas trop en réalité, lui il n’aime que le réel, le contact de la terre, des arbres, de la peau soyeuse des femmes. Et celle de cette dame a l’air particulièrement douce. Ils ne parlent plus, elle rougit sous son regard empli de désir. Comment des yeux bleus peuvent-ils être si expressifs ! Elle devrait bouger, l’entraîner ailleurs, au grand jour, lui offrir un café… mais elle se sent toute chose toute à coup, comme affaiblie. Elle s’assoit sur la serviette et s’allonge, prise de vertiges. Il s’étend à ses côtés, si proche qu’elle peut respirer son odeur d’herbe coupée et de terre. Il la sent toute palpitante, prête à être cueillie. Il effleure sa main et lui glisse à l’oreille.
   —  J’ai envie de vous embrasser, je peux ?
   Elle acquiesce d’un mouvement de la tête, tend ses lèvres vers lui. Ils n’ont plus besoin de paroles, ils laissent leur désir s’exprimer, les guider. C’est l’été, elle ne porte qu’une robe légère sur ses sous-vêtements, elle se retrouve nue en un clin d’œil. Il se déshabille lui aussi, pour le plaisir de sentir sa peau tiède contre la sienne. Ils sont entourés d’hortensias roses et bleus, cela lui donne une idée. Jeune, on lui a raconté L’amant de Lady Chatterley, cela devrait parler à cette dame, puisqu’elle aime lire. Il cueille des fleurs sur le buisson d’hortensias, les froisse entre ses mains, et émiette des pétales dans ses longs cheveux sur ses seins, son ventre…. Impossible d’imiter l’histoire en les emmêlant dans sa toison, elle arbore un sexe lisse, les temps changent ! Il regarde, fasciné, le dessin délicat de ses petites lèvres, elles s’entrouvrent sous ses yeux, révèlent leur humidité. Il meurt d’envie de goûter, de lécher, de glisser un doigt… il va se montrer patient, ne pas l’effaroucher. Il continue son jeu avec les pétales, les fait tomber en pluie sur son corps. Il la chatouille, elle rit.
   — Je vois que vous aimez la littérature érotique, vous en lisez toujours ?
   — Non, je préfère la vraie vie !
   Elle garde les yeux fermés, intimidée, ses mains explorent à tâtons son torse musclé, son ventre bien ferme, son sexe dressé pour elle… Elle n’a pas le temps de minauder, le temps presse et son désir bouillonne. Elle s’empare de son sac, elle garde toujours un préservatif caché au fond d’une pochette en cas de coup de foudre imprévu… comme un porte-bonheur, pour attirer la chance et les aventures. On dirait qu’il a rempli son office aujourd’hui ! Vite, elle habille le phallus de son habit de latex et le glisse en elle sans plus de cérémonie.
   Le jardinier pèse lourd sur elle, l’enfonçant sur le sol dur et irrégulier, mais elle n’y prête aucune attention, elle le désire plus que tout. Elle se raccroche à cette étreinte inespérée avec fièvre, et l’encourage à la pilonner plus fort, encore plus fort. Il halète, il ne va pas tenir longtemps. Il explose en elle en râlant de plaisir et se confond en excuses, frustré de ne pas l’avoir fait jouir. Elle l’apaise, le caresse, heureuse de cette étreinte volée. Il insiste.
   — Je veux me rattraper, je suis un monstre d’égoïsme ! Comment puis-je te faire plaisir, apprends-moi !
  Elle rit, se défend, ce n’est pas la peine, le temps presse… Il a déjà plongé entre ses jambes et se régale de ses sucs salés, de son goût d’océan, il a l’impression de nager, de se noyer dans ses parfums. Son eau coule à flots, il boit tout ce qu’il peut pendant qu’elle se tord de jouissance.

***

   Un coup de sonnette me tire de mes rêveries. Le jardinier ! Le vrai, cette fois…

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