De la bourgeoise à la putain, de Mitsou Ko

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    De la bourgeoise à la putain est à la fois un roman et un essai sur la domination professionnelle. C’est la suite de Sale Cabot, une histoire d’amour et de passion BDSM que j’ai beaucoup aimée.

    Solale se reconstruit suite à sa rupture avec Sam. Elle a rangé ses jouets et accessoires BDSM, donné ses tenues fetish, et entame une relation vanille avec un homme à qui elle préfère cacher son passé. Pas pour lui faire des cachoteries, mais parce qu’elle craint son jugement, et souhaite repartir à zéro.
    Sa vie va bientôt basculer à nouveau, elle réalise combien ses anciens amis lui manquent, tout comme sa vie BDSM ; mener une vie rangée et sage ne lui convient pas.
    Solale renaît de ses cendres, et cela commence par des séances shopping et des essayages. J’ai beaucoup aimé ces passages ! J’ai perçu son désir de revenir dans la course, son excitation… un enthousiasme communicatif, je ressentais moi aussi cette énergie qui nous gagne quand on s’apprête avant de sortir… j’ai eu envie d’enfiler ma jupette en vinyle et de filer en soirée !

    Solale se définit jusque-là comme une dominatrice « live style », c’est-à-dire qu’elle pratique uniquement pour le plaisir et pour s’amuser, mais elle souffre d’un manque de reconnaissance grandissant : elle donne tant aux soumis et reçoit si peu de leur part en retour. Elle décide de passer pro, encouragée par des amies qui ont déjà sauté le pas. Et le fait d’être payée, loin d’être humiliant, lui apporte enfin cette reconnaissance qui lui manquait !

    Dans cette deuxième partie du roman, nous suivons le parcours de Solale en tant que dominatrice professionnelle, la façon dont elle se prépare à son nouveau métier, ses questionnements, les difficultés rencontrées… Il s’agit moins de péripéties et d’aventures, mais c’est tout aussi passionnant ! J’ai aimé la façon dont Solale décortique ses tabous, ses freins, et le cheminement de ses pensées pour les dépasser. Elle nous confie aussi ses scrupules, par exemple vis-à-vis des soumis qui n’ont pas forcément les moyens de s’offrir une séance avec une dominatrice professionnelle ou le font au détriment du budget familial.

    Solale s’organise et se donne les moyens pour réussir dans son nouveau métier. Elle a beau être passionnée par le BDSM, le pratiquer dans un cadre pro change la donne. Ainsi, elle ne peut plus se cantonner à ses pratiques préférées, elle doit s’efforcer de sortir de sa zone de confort, et se former à toutes sortes de pratiques qui pourront être demandées par les clients – même si apparemment, le pegging reste la pratique la plus en vogue chez ces messieurs ! Elle explique ses réticences vis-à-vis de certaines pratiques : l’humiliation, la domination financière… Elle nous raconte différentes séances, acceptées pour « se faire la main », parfois en compagnie d’une amie dominatrice.

    Elle nous parle aussi des clients : les fantasmeurs qui veulent juste prendre le temps de tchatter, ceux qui veulent s’incruster après leur séance, ceux qui sont novices alors qu’ils se présentaient comme expérimentés, ceux qui ne communiquent pas leurs émotions, les fous qui recherchent des pratiques extrêmes… Et il y a aussi la crainte de se mettre en danger en recevant un inconnu chez soi.

    J’ai ouvert les yeux sur plusieurs aspects et difficultés du métier de travailleuses du sexe (TDS), que je ne soupçonnais pas. Il me semblait que le plus difficile serait de devoir dominer quelqu’un qui lui plaît pas, qui ne lui donne pas envie de jouer, mais Solale évoque d’autres difficultés : le risque de s’isoler notamment. Elle ne sort plus comme avant, tout se passe dans son appartement. Ses amies dominatrices jouent alors un rôle essentiel ; loin de se vivre comme des concurrentes, elles se soutiennent, s’entraident.
   Une autre difficulté à laquelle sont confrontées les TDS concerne l’argent : la plupart des clients paient en liquide, et il est difficile de déposer des sommes en liquide sur un compte bancaire.
   La France n’aide pas les TDS avec sa législation qui lutte contre le proxénétisme, et interdit aux dominatrices de louer un lieu à plusieurs par exemple, ce qui leur permettrait de travailler en sécurité, en dehors de chez elles.

    J’ai aimé retrouver la voix de Solale, franche, directe, qui ne mache pas ses mots, cash, et cela m’a beaucoup intéressée d’en apprendre autant sur le quotidien d’une dominatrice pro ; je pense en particulier à tout le travail « invisible » au-delà de la séance proprement dite : la préparation, l’installation…
    De la Bourgeoise à la putain nous offre un récit criant de vérité et qui m’a tenue en haleine ; j’aurais aimé qu’il se poursuive encore, car je reste saisie par la dernière scène, qui appelle absolument une suite ! (Je n’en dirai pas plus, j’espère vivement qu’un troisième volet est prévu).
    Au delà du suspense de l’histoire, ce livre permet de briser tous les a priori et clichés liés au travail du sexe : le soi-disant argent facile et « vie oisive ». C’est un métier exercé par passion, par choix, exigeant et qui recèle comme tout métier son lot de contraintes, avec en outre le risque de se mettre en danger.

    La 4e de couverture

    Solale est ce qu’on appelle communément une bourgeoise, elle a eu une belle carrière, elle gagne bien sa vie, vit dans un bel appartement, son dressing déborde de fringues de grandes marques, elle a tout pour être heureuse, du moins en apparence. Après sa séparation avec Sam son Sale Cabot elle tourne une page, quitte le BDSM et retrouve une vie classique près de Franck un homme qui ne connait rien de son passé. Suite à un incident, elle décide de tout plaquer et faire de sa passion son métier, devenir travailleuse du sexe, mais contrairement à ce qu’elle pensait ça n’est pas si facile de passer de la Domina life style à la professionnelle. La pratiquante aguerrie n’est plus qu’une débutante qui découvre toutes les difficultés que rencontrent les professionnelles, elle s’interroge, doute de sa légitimité, se remet en question, comprend qu’elle a longtemps été putophobe et dans le jugement par méconnaissance de ce monde des TDS qu’elle a longtemps rejeté. Plus elle rencontre de difficultés, plus elle aime ces femmes qui sont devenues ses sœurs. Découvrez son parcours.

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