Clarissa chez les Gothiques

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    Dans ce récit, le dormeur n’est pas présent mais son ombre plane et me protège … Le véritable héros est une boutique (mais ceci n´est pas une pub…)

    Rien d’érotique dans ce récit… cependant, en observant certaines tenues, il me semble qu’il y aurait matière 😉

***

     C’est l’anniversaire d’un ami qui m’est très cher et pour lui je vais accomplir mille prouesses. Entre autres qualités, il est gothique, et j’ai envie de choisir un cadeau qui corresponde à ses goûts et de mieux connaître son univers.

     Je suis donc sur le point de franchir les sombres portes de la mythique boutique qui se cache derrière les halles. J’ai l’intention d’étudier soigneusement la vitrine mais un petit groupe vêtu de noir discute devant l’entrée. J’aperçois une femme immense, majestueuse, extrêmement mince, belle et dangereuse. Du coin de l’œil seulement, car je n’ose l’observer plus en détails. Mon homme, courageux, bat en retraite et me lance : «  je vais boire un verre en terrasse, juste là… ». Je n’ose déranger les étranges personnages postés devant le magasin et je cours derrière lui. Sirotant mon café, je fixe la boutique. Le petit groupe finit par se dissoudre et la grande dame pénètre dans le magasin. Je bondis de ma chaise, curieuse et excitée comme si je partais à l’aventure. La vitrine est hors d’âge, elle évoque un trésor ancien à elle toute seule avec ses bijoux compliqués, ses dragons, ses crânes. Quelques prix sont écrits à la maison, très peu. On se croirait devant l’établi d’un fabriquant des objets magiques.
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     À l’intérieur un capharnaüm impressionnant d’étoffes, de manteaux, de robes noires se déploie. Je me faufile entre les clients qui fouillent les profondes penderies. La jeune femme aperçue plus tôt m’accueille d’un chaleureux sourire contrastant avec ses piercings, ses bagues, ses bracelets ornés de nombreuses têtes de morts. Elle est tout en noir, perchée sur des bottes compensées qui la mettent sur un piédestal et la subliment. Ses cheveux sont coupés ras, et apportent la seule note de couleur, un orange flamboyant. À ses cotés pour l’aider, une jeune fille pimpante dans sa robe gothique et ses bas résilles. Je pense immédiatement à Abby, de la série NCIS. Son léger accent me ravit, il évoque les pays de l’est. Les Carpates peut-être ? Assis à son bureau, un homme un peu ours lève à peine les yeux sur moi, mais je devine un cœur d’or, je ne sais pas pourquoi, comme ça, une intuition. Timide je préfère déambuler toute seule dans cette caverne d’Ali baba avant de les solliciter. Le chaos règne en maître, mais un désordre organisé dans lequel on a envie de farfouiller et de se plonger. Je suis surtout intéressée par les objets de décoration, les bijoux, et je m’attarde devant une vitrine croulant sous l’argent et l’acier. J’ai du mal à tout distinguer dans la pénombre, c’est un pèle-mêle incroyable de têtes de mort, mini cercueils, dragons, croix dans tous les sens … Mon regard se perd et balaie les nombreux rayonnages.

     La vendeuse géante vient à mon secours. Je me sens déplacée avec ma jupette rouge an fleurs et j’ose à peine lever les yeux sur elle. Je souris et lui raconte que je cherche un cadeau pour un ami qui est gothique. J’ajoute, je ne sais pas pourquoi, que moi aussi j’aime beaucoup tout ce qui est gothique, mais son côté romantique comme ce corset noir à volants que je montre du doigt. Je suis tentée de l’essayer. Si j’osais ! Je poursuis en racontant que je suis plutôt portée sur les fées les dragons les elfes. la Fantasy en général. La jeune femme s’anime et me raconte qu’elle est punk et gothique depuis ses 15 ans. Elle est tombée dedans toute jeune…. Elle aussi aime aussi tellement l’univers magique de la Bretagne et de la forêt de Brocéliande … Elle l’a visité, a vu le tombeau de Merlin et a même eu la chance d’apercevoir une fée, petite lueur voletant dans les airs. Je n’en doute pas une seconde et j’ai envie de m’asseoir et de l’écouter pendant des heures . Elle évoque son amour des villes médiévales « La bas je passe inaperçue, et je profite des fêtes médiévales… comme j’ai envie d’y retourner ! »

     La pensée de mon homme assis tout seul me secoue, et je reviens à mon projet. — Le symbole préféré de mon ami c’est une tête de mort cachée sous une capuche, ou une silhouette vêtue d’une cape, vous n’auriez pas un bijou ou une statuette la représentant ?

     Elle approuve en connaisseuse

— Ah la grande faucheuse ! C’est le symbole de la mort. Il est comme moi, moi aussi je m’entoure de crânes et de cercueils.

     Ils cliquettent autour de ses bras comme pour confirmer ses paroles.

     Elle me montre un pendentif inquiétant à souhait, mais on voit trop le crâne grimaçant je trouve et pas assez la capuche. Je cherche encore, je fouille du regard l’amoncellement de bijoux. Ils ont l’air si ancien, authentiques. Ils sont chargés d’émotions tourmentées et maléfiques… L’absence d’étiquette accentue l’impression de trésor de pirate.

     Je tombe soudain en arrêt sur un ravissant bijou, un peu féminin peut-être, mais sa grande taille et sa chaîne épaisse iront très bien aussi sur le poitrail velu d’un homme. Un miroir ancien encadré de deux diablotins espiègles.

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     Ces emplettes se révèlent très joyeuses finalement, malgré l’abondance de squelette et de tombes. Je jette définitivement mon dévolu sur le miroir maudit, et aussitôt tout le monde s’affaire pour moi. La jeune fille descend dans les tréfonds de la boutique chercher le fameux bijou dans les stocks. Et disparaît longuement. J’imagine des enfilades de couloirs surchargées de reliques. J’en profite pour observer à nouveau les bijoux, je m’offrirais bien cette fée libellule… Les deux autres vendeurs feuillettent fiévreusement d’énormes catalogues pour trouver le prix. D’hallucinants bijoux défilent à toute allure sous mes yeux. Je me retiens de les freiner pour mieux voir. Le bijou est finalement trouvé et le prix annoncé. Je respire, c’est tout à fait abordable pour ma petite bourse et je leur tend ma carte bleue.

— Ah, on ne la prend pas, on va vous montrer la banque la plus proche !

     (j’aime de plus en plus cette boutique, je sens que le commerce y est secondaire, la passion compte avant tout!)

     La jeune Abby m’accompagne dehors en plein soleil. Nous échangeons des propos anodins sur la météo. Coïncidence, elle porte le bijou que j’ai choisi autour du cou et je me sens complice et proche d’elle tout à coup. J’espère que mon homme nous regarde, moi et cette jolie créature de la nuit s’aventurant en plein jour ! Je crains de voir son teint pâle craqueler et se désagréger, et tout son corps brûler au soleil. J’abrège ses souffrance en voyant la banque non loin et la remercie. Je la laisse se réfugier dans la nuit de la boutique au plus vite.

     A mon retour, nous échangeons plein de sourires avec la grande vendeuse. Je ne peux m’empêcher de fanfaronner tant je pense à lui :

— C’est pour le Dormeur du Vol vous le connaissez peut être ? Il anime la page « vie de goth » sur Facebook, qui réunit des anecdotes sur le fait d’être Gothique. Elle secoue la tête et promet d’aller voir.

— Nous aussi on est sur Facebook …

     La jeune fille, vive comme l’éclair, me tend la carte du magasin.

     J’ai envie de m’incruster dans ce monde qui n’est pas le mien mais dont l’esthétique me fascine. Un dernier accès de timidité me paralyse et je m’enfuis avec mon précieux talisman.

     Je me retrouve en pleine lumière du jour, dans le tapage de la rue, de la vie urbaine, toute étonnée d’avoir une nouvelle fois changé de dimension. À côté, j’avise une « boutique à céder » qui me fait des clins d’œil. Je me vois déjà vendre des fées, des dragons, et des livres fantastiques… Je rejoins mon homme aux yeux verts, vêtu de couleurs claires, qui semble irradier une douce lumière, solaire et lumineux après ces oiseaux de nuit. Je cligne des yeux, presque éblouie. Ravie, je lui montre ma trouvaille.

— Le miroir est cassé s’exclame t-il ! Il n’est pas superstitieux j’espère ?

     J’éclate de rire. Le Dormeur vit entouré de crânes et de symboles morbides. Ce sera un porte-bonheur au contraire ! Il s’entoure aussi de papillons, d’oiseaux. Tant de facettes en lui…

     Je me sens joyeuse et victorieuse sans raison, jusqu’à ce qu’une autre angoisse m’étreigne le cœur : mon cadeau va t-il lui plaire ?

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 ***

    La réponse du Dormeur du Vol : cette belle photo de lui, le bijou posé sur son torse viril, irradiant une douce lumière orangée, sans parvenir à dévoiler son visage resté dans l’ombre.
    Pour retrouver ses textes et ses photos, cliquer ici

  Cette boutique existe vraiment !

Son adresse : 28 rue de la Grande Truanderie, 75001 Paris

Page Facebook : grouft gotik

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5 commentaires

  1. Dalleray a écrit :

    Ma première, et unique à ce jour, expérience du gothique eut lieu dans un bar du IXè.
    J’avais été invité à un café littéraire, avec pour thème la mythologie grecque. Intéressant. Sauf que les organisateurs avaient eu l’idée inattendue de se réunir dans un bar gothique. Pour atteindre la salle de réunion, on marchait sur une verrière à travers laquelle on distinguait, au sous-sol, la reconstitution d’un cimetière. La salle de réunion en elle-même était mal éclairée et on se voyait à peine. Surtout, il y avait la musique qui venait du dessus. A devenir fou. Essayez de parler de la mythologie grecque, des dieux et des héros, avec cette musique qui vous entre dans les oreilles. Je suis reparti sans comprendre l’étrange idée qu’avait eu les organisateurs. Un café littéraire marquant !

  2. juju051 a écrit :

    A quand un roman parlant de Merlin?

  3. Clarissa a écrit :

    Merci pour cette anecdote pleine d’humour ! Ce devait être assez surréaliste, ce mélange de la littérature et de la musique Metal Il existe une page sur Facebook : Vie de Goth! où sont recensées des histoires avec des gothiques, certaines sont vraiment drôles et décalées : https://www.facebook.com/groups/125865714107630/?fref=ts

    1. Clarissa a écrit :

      Ecrire des histoires fantastiques, ça me démange de plus en plus

  4. LeDormeurDuVol a écrit :

    Merci Clarissa, pour ce texte, pour ce cadeau. Merci juste d’être devenue mon amie.
    A fines pattes, en douceur, comme un oiseau.
    Merci juste d’être venue dans ma vie.

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