Chez le coiffeur

coiffeur
    Le débat récent sur la laïcité, le port du voile , m’interpelle.
    J’envie mes amis d’avoir une opinion tranchée sur le sujet, de mon côté, je me trouve face à un dilemme :
    – je suis farouchement contre les signes de soumission des femmes
(
en dehors de certains jeux érotiques consentis bien sûr !). Devoir se cacher les cheveux, le corps parfois, s’enfermer dans un mur de tissus dès que l’on quitte les murs de sa maison, me semble, à mes yeux d’occidentale libre, signe d’oppression, d’emprisonnement.
    – Je suis contre les atteintes à notre liberté : on peut quand même s’habiller comme on veut non ? Les femmes ont obtenu le port du pantalon, les hommes commencent à se manifester pour porter des jupes, pourquoi imposer telle ou telle tenue soit-disant « décente » ! Tant qu’on montre son visage…
(là encore, en dehors des accessoires et jeux érotiques : masques, etc… !)
    Tout ce tapage me rappelle une anecdote !
    Je n’ai pas l’ambition de faire passer un message particulier, juste le plaisir de raconter une histoire, une rencontre, sans prétendre faire avancer le débat, ni dans un sens ni dans l’autre.  

***

    Il y  a quelques temps, en me rendant chez le coiffeur, j’ai été prise en flagrant délit d’a priori, je n’ai pu retenir un mouvement de recul… (ça craint, je sais, vous pouvez m’en vouloir à juste titre !). Au lieu de mon coiffeur habituel, jovial, chaleureux, doux et patient, je me suis retrouvée face à une jeune femme voilée. Elle n’avait pas simplement un petit foulard sur la tête, mais le voile strict et austère de la jeune musulmane pratiquante, qui encadre entièrement le visage, ne laissant aucune mèche dépasser, à l’instar des religieuses d’autrefois.
    J’ai trouvé cela étrange de la part d’une coiffeuse, qui justement ne s’occupe que de cheveux. Quelle drôle de vocation pour une jeune femme musulmane qui ne pense qu’à cacher les siens, de magnifier ceux des clientes qui osent, ces effrontées, les exposer aux regards extérieurs ! Je n’ai bien sûr rien montré de mes réticences et je l’ai suivie vers les bacs, ne sachant trop sur quel pied danser.

    J’allai passer un des meilleurs moments de ma vie chez un coiffeur ! Elle m’a souri gentiment et m’a lavé les cheveux doucement avec des gestes surs, appuyés, fermes, et presque tendres. Alors qu’habituellement je suis étrillée comme une pouliche rebelle ! J’ai fermé les yeux et je me suis laissée aller à ces sensations si agréables. Tout ne fut que douceur. Le shampooing, sa façon de me rincer les cheveux, et surtout le soin qu’elle m’a procuré ensuite. Je demande toujours un soin pour profiter du massage du cuir chevelu qui l’accompagne… C’est toujours très bon, un peu rapide souvent. Là, elle m’a massée longtemps avec une infinie douceur et m’a rapidement plongée dans une transe délicieuse. Il m’a semblé que cela durait des heures ; j’étais toute cotonneuse en me levant, légère, flottant sur mon nuage.
   J’étais ravie qu’elle continue de s’occuper de moi ensuite, avec la même attention délicate. Démêlage avec mille précautions, séchage léger, sans bavardage inutile, mais en étant présente malgré tout, souriante et discrète. J’ai passé un moment divin au lieu de la séance de torture habituelle. Je souffre beaucoup en général au moment du démêlage. C’est mon moment de masochisme, j’endure et me concentre sur l’adage « il faut souffrir pour être belle ». (il faut dire que je ne les démêle jamais en profondeur au quotidien, me contentant de le faire vaguement en surface. Seul le coiffeur s’y colle quand je m’y risque).

    J’y suis retournée depuis, avec à chaque fois le secret espoir de la retrouver. Mais elle n’était là qu’en remplacement de mon coiffeur parti en vacances. J’aime bien mon coiffeur, mais son toucher viril ne pourra jamais me procurer autant de bien-être que les mains de cette jeune femme. Alors, une fois de plus,  » l’habit ne fait pas le moine « . Ce n’est pas parce qu’elle a choisi de cacher ses cheveux qu’elle n’aime pas mettre en valeur ceux des autres femmes. Au contraire, c’était la meilleure des coiffeuses que j’ai jamais rencontrée !
   Je regrette de n’avoir pas osé demander ses coordonnées, pour la revoir, au gré des remplacements qu’elle effectue dans divers salons. Je n’ai pas osé, pensant la retrouver au hasard des absences de mon coiffeur. Cela fait plusieurs mois maintenant et je le regrette encore.

    Photo prise sur le net

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