Chems, de Johann Zarca

2021-04-24 09

   Je flâne dans une librairie, comme souvent ces temps-ci 😉Chems de Johann Zarca, accroche mon regard. Ce livre me tente depuis sa sortie avec son thème sulfureux : le sexe sous drogues. — Johann Zarca est un auteur dont j’aime beaucoup le style, la gouaille, le franc parler ; lire Paris underground
   Je ramène mon butin à la maison, je suis curieuse, je vais juste lire la première page, pour voir, car j’ai un livre en cours à terminer avant. Je souris toute seule : le début se déroule dans la boutique Dèmonia, je suis en terrain familier ! Je souris encore plus en lisant sa critique des journalistes qui brandissent des motifs soit-disant « d’investigation professionnelle » pour s’adonner à leurs fantasmes (voir photo ci-dessous). Je me suis un peu reconnue, j’avoue, avec mon blog 😉, et d’ailleurs, le héros s’y laisse prendre lui aussi ensuite : il se dit qu’il participe à ces soirées seulement le temps d’écrire ses articles.
   Je tourne cette première page sans même m’en rendre compte, je suis déjà immergée dans l’histoire jusqu’au cou, engloutie dans un milieu inconnu et fascinant… Le livre me happe, je ne le lâche plus, complètement accro, c’est le cas de le dire, je souffre, je vibre, et je ne le referme qu’une fois terminé, sonnée.
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   Tout se passe bien pour Zède, le narrateur, journaliste réputé dans son domaine (l’underground, l’érotisme), qui ressemble à s’y méprendre à l’auteur (qui ne nie pas d’ailleurs la part autobiographique). Ses livres rencontrent du succès, il est marié et papa d’un petit garçon, et bientôt d’une petite fille aussi. Mais lors de l’interview d’un écrivain gay, il apprend l’existence du « chemsex » : l’utilisation de drogues lors des rapports sexuels, essentiellement dans le milieu gay. Curieux, il accepte son invitation à une soirée, bien qu’hétéro ; ce sera un bon sujet pour ses prochains articles !
   Cette première expérience lui donne une envie folle de recommencer, pour écrire ses articles et surtout pour ressentir à nouveau ces sensations incroyables. Bientôt, il ne pense plus qu’à ça, au risque de perturber sa vie de famille ; il est devenu accro et les difficultés commencent. — Je suis surprise de le voir prendre ces drogues en dehors même des soirées, de l’aspect convivial et festif : il lui arrive d’en prendre seul, et de regarder des vidéos pornos.
   Zède aime sa famille, il est bien entouré, ce qui l’empêche de partir complètement à la dérive, contrairement à d’autres personnages, mais son addiction se révèle tenace, malgré ses bonnes résolutions. Ses parents, sa femme, tentent de l’aider, mais ne font souvent que l’irriter ; il s’est déjà « enfermé » dans son monde.

   Johann Zarca raconte très bien cette descente aux enfers, ponctuée de sursauts de lucidité et de reprises en main, avant que la tentation ne revienne, plus forte que jamais, plus destructrice. On la vit avec Zède, on est dans ses pensées, ses ressentis. Il nous décrit les effets fantastiques de ces drogues avec un réalisme saisissant, c’est comme si on les prenait avec lui : le désir hors norme, la fringale de sexe, l’ouverture d’esprit pour se livrer aux ébats les plus torrides… C’est fascinant, j’avoue, je suis tentée un instant d’essayer, pour voir ! Et puis il nous montre leurs redoutables effets secondaires : le manque, l’agressivité vis-à-vis de l’entourage, le risque de se détourner de sa famille, de ses amis, de son travail… Si on n’y prend garde, ces drogues envahissent tout. J’en ai des frissons dans le dos….
   Un livre très fort, coup de poing, poignant aussi ! Tout va très vite (trop ?), je n’ai pas pu m’empêcher de comparer avec J’ai tangué sur ma vie, de Maryssa Rachel que j’ai lu récemment, le parcours d’un homme alcoolique et sa lente déchéance tout au long de sa vie. Avec la drogue, tout va bien plus vite, parfois quelques mois suffisent, mais quand on s’en sort, on est encore jeune et on a toute sa vie à vivre !

    Pour en savoir plus et l’acheter : le site de Grasset

4 commentaires

  1. DF a écrit :

    Vous m’apprenez que Johann Zarca est de retour, chic! « Paris Underground » avait révélé que cet écrivain avait une voix – un excellent souvenir de lecture pour moi.

  2. Comme une image a écrit :

    Une question sans arrière-pensée : n’est-ce pas un peu trop « moral » comme bouquin ? Genre « la drogue, c’est mal ! » ?
    C’est un peu l’impression que j’en avais eu, en écoutant les critiques du Masque et la Plume. Du coup, je n’avais pas trop envie de tester…
    PS : soi-disant, s’il vous plaît !

  3. Clarissa a écrit :

    J’ai adoré « Paris Underground », cette visite dans les bas-fonds de Paris, avec tous ces univers qui se côtoient et qu’on ne soupçonne pas ! Une super écriture, que l’on retrouve ici, avec moins de gouaille et d’argot quand même….

    1. Clarissa a écrit :

      Je n’ai pas trouvé, ça n’a rien d’un « documentaire », c’est plutôt un témoignage à vif… il nous explique à quel point ces drogues sont fabuleuses aussi… C’est vrai que c’est avant l’histoire d’une addiction, des répercussions sur sa vie de famille, son entourage… Mais le ton, le style, la façon dont les choses sont racontées, font que ça n’a rien d’une leçon de morale ! Je me suis plutôt dit : « la drogue, ça a l’air top, à condition de maîtriser le truc », mais apparemment, c’est elle qui te domine assez rapidement… peut-être trop vite dans le livre, c’est mon seul bémol !

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