Bienvenue en enfer

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    Lors de la soirée The Sinners Fetish party, nous nous sommes amusés à prendre la pose avec un soumis, et les photographies reçues m’ont donné une idée d’histoire.

***

    La démone aimait bien assister aux premiers pas en enfer des petits nouveaux. Ils arrivaient tout tremblants, clamant leur innocence, réclamant Dieu ou ses Saints.
   — Les seuls seins que vous verrez ici sont les miens, disait-elle en s’exhibant pour les provoquer par là même où ils avaient souvent pêché, la chair, en profitant égoïstement et abusant à tout va.
   Les malheureux tendaient déjà leurs mains vers ce calice, et la démone reculait vivement avec un petit sourire sadique, inaccessible à jamais. La punition avait commencé, une punition collective qu’il faudrait ensuite adapter à chacun selon ses phobies et ses dégoûts. Le plus souvent, il s’agissait d’infliger toutes sortes de souffrances, que ce soit par le feu ou divers instruments. D’autres condamnés abhorraient la solitude, l’enfermement, l’humiliation ou encore la luxure… L’enfer ne manquait pas de démons et de diablesses pour combler d’horreur tous ces pêcheurs comme ils le méritaient ! Fiers de leur mission, amoureux du travail bien fait, les démons ne ménageaient pas leur peine et ne reculaient devant rien pour être à la hauteur de leur réputation. À leur manière, ils servaient Dieu ; il fallait bien que l’enfer mérite son nom pour remettre les fidèles dans le droit chemin et leur éviter de s’égarer !

   Ce jour-là, où cette nuit-là plutôt, ils accueillaient comme d’habitude les nouveaux arrivants en les piquant à l’aide de fourches pour les motiver à avancer. Direction les grands chaudrons où certains seraient cuits à point, ou vers des équipements de tortures dignes d’un donjon moyenâgeux. La démone curieuse observait discrètement les opérations derrière un pilier, reluquant les nouveaux et faisant en quelque sorte son marché. Elle remarqua bientôt quelque chose d’étrange : l’un des condamnés affichait un large sourire ; il n’avait donc pas compris où il venait d’entrer celui-là ! Quel benêt ! Elle se faisait fort d’effacer ce sourire qui n’avait rien à faire là et dénaturait les lieux. Ici on ne tolérait que des pleurs et des gémissements de douleur. Prise d’une impulsion subite, elle fondit sur lui et le gifla. L’impudent sourit de plus belle et s’inclina.
   — Merci, Madame !
   La démone faillit s’étrangler de rage, offusquée de ce manque de savoir-vivre. De savoir-mourir plutôt. Elle se sentait vexée aussi ; pourquoi ne geignait-il pas comme les autres. Quelle humiliation ! Elle le gifla plus fort ; il couina, mais en redemanda. La démone vit rouge, elle s’enflamma et se déchaîna sur lui, enchaînant les fessées, les morsures au sang, les coups de fouet… Elle ne réussit à n’en tirer que de douces plaintes et des « encore » vibrant de reconnaissance.
    Avait-elle perdu la main ? Hier encore, ses confrères et consœurs vantaient sa cruauté ; on implorait sa pitié en vain. Elle riait sans tenir compte des pleurs et des grincements de dents, ivre de sang versé, nourrie des cris de douleur des damnés. Elle se sentait à sa place, ici en enfer, sbire du diable tout puissant. Elle doutait à présent ; où était sa place si elle ne réussissait à n’obtenir que des sourires ? Elle voulut consulter le dossier du garçon pour comprendre sa soudaine infortune. Elle le parcourut en baillant, quel ennui, il avait mené une vie morne et exemplaire jusqu’à ses tout derniers instants. Soudain, il s’était consacré au crime, au brigandage et à la débauche, avec suffisamment de conviction et d’efficacité pour être envoyé tout droit en enfer au moment du jugement. Elle le convoqua pour percer ce mystère.
    — Madame, merci de vous intéresser à moi, qui ne suis qu’un vermisseau rampant à vos pieds. J’ai mené mauvaise vie avant de mourir afin de m’assurer une place en enfer. Chanter sur un nuage avec les anges pour toujours, très peu pour moi ! J’aime les sensations extrêmes, j’aime les coups, les brûlures, et toutes les tortures… tout cela me procure un plaisir incroyable… Je suis masochiste ! Voilà, vous savez tout, puissiez-vous avoir pitié d’un pauvre hère et me châtier sans retenir vos élans !

   L’honnêteté ne paie pas, il aurait mieux fait de rester discret sur ses motivations au lieu de se vanter et tout avouer. La démone, piquée au vif d’avoir été utilisée, s’adapta aussitôt. L’envie de se venger fut plus forte que ses réticences. Elle se força à s’adoucir, devint tout miel, et couvrit le malheureux de bisous et de caresses. Le pire des supplices pour lui sûrement ! Elle riait intérieurement de son machiavélisme.
    En réalité, il aimait cela tout autant, mais il se montra plus malin cette fois, il se tut, et se força même à faire de petites grimaces. La démone trouva qu’il ne souffrait pas assez, le soupçonnant même de simuler, on la dupait peut-être. Elle corsa le châtiment en l’obligeant à caresser son corps incandescent dans lequel brûlait un feu permanent. Contre toute attente, les mains fraîches du pêcheur lui firent un bien fou, ses bisous aussi. Sa colère s’apaisa, tout comme son feu intérieur, tendrement attisé.

   La démone prit goût à ces tendres attouchements et ces doux baisers. Elle s’enticha de sa victime et s’arrogea l’exclusivité du supplice de cette âme damnée. On la lui accorda bien volontiers, les autres démons et démones préféraient infliger un autre style de punition, avec toute sorte de contraintes et de souffrances, en particulier par le feu qui ne manquait pas dans les parages.
   La démone se prit au jeu, même si elle s’efforçait de s’extraire parfois du chaud cocon où elle se pelotonnait avec son masochiste frustré. Elle l’enfermait à double tour dans une cage de fer et s’en allait fouetter ou cuire de-ci de-là, mais le cœur n’y était plus. Des ressentis inconnus l’agitaient, il lui manquait. C’était vraiment le comble de souffrir à sa place ! Elle retournait vite auprès de son chouchou toutes griffes dehors. C’était lui qu’elle voulait supplicier, tant pis s’il y prenait du plaisir tant qu’il restait discret, elle voulait s’amuser elle aussi, et se défouler après toutes ces mignonneries !
   Lui soupirait d’extase entre ses griffes ; l’éternité commençait bien !
   Le diable n’était pas de cet avis, il voyait d’un mauvais œil sa démone préférée s’amollir au point d’arborer un air angélique, mais il fallait bien infliger des souffrances éternelles à ce drôle de condamné, ou ce ne serait plus l’enfer. Il laissait faire, légèrement contrarié, veillant à ce que ses autres serviteurs respectent strictement les traditions.

   La démone repéra bientôt un autre « masochiste » infiltré en douce. Il tentait de donner le change en braillant, mais ses cris de douleur sonnaient faux, et ressemblaient à s’y méprendre à des cris de plaisir. Elle eut tôt fait de se l’accaparer, et se mit à le torturer subtilement à sa façon, avec doigté et cruauté, sous les regards envieux de son protégé, objet unique de ses attentions jusque-là. Il se mit à souffrir pour de bon en regardant les doux traitements dont il avait l’exclusivité, et qu’elle réservait désormais à cet intrus.
    La démone le sentit et se mit à sourire. Il souffrait enfin, par l’entremise de sa nouvelle proie, jusqu’à ce les rôles s’inversent. Les choses rentraient enfin dans l’ordre ; on était en enfer que diable !

***
    J’aurais bien aimé faire un roman photo, mais j’ai eu quelques mesaventures dans la mise en page…
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    Un grand merci à Mac Harley, Daniel Power, Olive the duck, pour ces photos prises lors de la soirée The Sinners fetish party

    Prochaine soirée : le 16 septembre prochain.

            Pour en savoir plus

    Le site de la boutique The Sinners
    La page Facebook
    Le compte Instagram

4 commentaires

  1. Bella a écrit :

    Un très chouette blog, je reviendrai !

  2. Clarissa a écrit :

    Merci beaucoup !

  3. Hapynours a écrit :

    Bonjour, très beau texte qui donne envie de se soumettre.
    Votre blog est très intéressant.
    Bonne continuation.

    1. Clarissa a écrit :

      Merci beaucoup pour votre retour et vos compliments, cela me fait très plaisir !

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