1984, de George Orwell

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  Les sulfures… Un nom qui évoque un côté sulfureux, alors qu’il s’agit d’innocents objets !
   Je viens de relire 1984, et ce passage m’interpelle, au moment où je tire ces objets de l’oubli au fond de l’armoire :
    » Ce qui lui plaisait dans cet objet, ce n’était pas seulement sa beauté, que son air d’appartenir à un âge tout à fait différent de l’âge actuel. (…) L’apparente inutilité de l’objet le rendait doublement attrayant
(…)
   – Je ne pense pas que ce soit quelque chose. Je veux dire, je ne pense pas que cela ait jamais été destiné à servir. C’est ce que j’aime en lui. C’est un petit morceau d’histoire que l’on a oublié de falsifier. C’est un message d’il y a cent ans, si l’on sait comment le lire. « 
   Un objet qui ne sert à rien, ou si peu (presse-papier), il se contente d’être, de susciter l’admiration et des rêveries. Un monde miniature sous verre… Enfant, ignorant les injonctions maternelles, « attention, c’est fragile ! », je les manipulais et les regardais sous toutes les coutures jusqu’à m’imaginer voir du mouvement. De minuscules créatures vivaient là en secret, cachés dans les motifs et les bulles.

   1983, de George Orwel

   En général, je ne relis pas souvent des livres déjà lus, la vie est courte et il y a tant de livres à lire ! Je fais à nouveau exception pour 1984. Ce doit être la troisième fois que je le lis et c’est toujours une claque. Je réalise à chaque fois à quel point nous sommes heureux de vivre ici et maintenant ! (en comparaison)
   L’histoire est connue : une tyrannie est en place, Big Brother et son parti règnent par la peur, la surveillance constante, la délation, le matraquage d’informations et de slogans, la guerre constante, allant jusqu’à inventer une nouvelle langue qui détruit les mots, afin d’éviter le crime par la pensée, dernier territoire de liberté.
   On a du mal à appréhender l’engouement et l’adhésion apparente de la plupart des citoyens. Ils semblent rares ceux et celles qui gardent les yeux ouverts, l’envie de solitude et d’aller où ça leur chante, d’aimer qui ils veulent. On peut comprendre le fanatisme d’une foule, mais le fanatisme individuel reste inconcevable et rare je trouve.
   Bien sûr, ce livre est avant tout une critique du totalitarisme, même s’il va plus loin, puisque le parti tente de supprimer les sentiments et l’amour, en conditionnant les femmes à la chasteté ; et aussi la réflexion avec la suppression des mots prévue. Quand des mots disparaîtront, les pensées aussi, puisqu’il ne sera plus possible de les formuler… L’étau se referme peu à peu autour des hommes et des femmes et bien peu se battent contre ce système bien huilé et qui étend ses tentacules partout.
   L’espoir viendra des prolétaires, se répète le héros. Ils sont plus libres, moins surveillés que les membres du parti, mais abrutis par les romans à l’eau de rose écrits automatiquement (tiens, tiens, Orwell avait anticipé Chat Gpt) , en chansons d’amour et en faux espoirs avec la loterie. Ils apparaissent uniquement préoccupés de leur petites affaires, avec des souvenirs épars de la vie d’avant.
   La dernière partie est pénible à lire, on souffre : l’absence d’espoir, les tortures que subit le héros… car le parti pousse le vice jusqu’à briser le mental et faire du lavage de cerveau pour que le coupable du crime par la pensée soit lavé de son crime avant son jugement.
   – L’espoir figure dans l’appendice… Procédé littéraire génial !

   Un roman glaçant, qui se transforme presque en document-fiction, avec de longues pages idéologiques et politiques aussi.
Il souligne l’importance de la liberté, de l’apprentissage de l’histoire, du devoir de mémoire, de ce qui nous rend humain : le libre arbitre, la joie, le plaisir, l’amour… – et les objets inutiles, pourvu qu’ils soient beaux.
   1984 a été traduit à plusieurs reprises, avec des polémiques à la clef. Les mots sont au coeur du roman, et donc la traduction est cruciale. Je l’ai lu dans sa première traduction, je la recommande, car de nombreux noms sont passés dans le domaine public, novlangue par exemple. 

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