Le feu follet

J’ai hésité à le lire (mais la curiosité a été la plus forte), j’ai ensuite hésité à poster mon avis (peur du regard des autres), mais finalement, je ne résiste pas, car il s’inscrit dans ce débat récurrent :

Peut-on séparer l’homme de l’artiste ?

Et dans le cas présent : peut-on encore lire certains auteurs ?

Je dirais, en ce qui me concerne, que c’est au cas par cas : impossible de lire Gabriel Matzneff, qui fait l’apologie d’un crime, mais on peut encore lire Céline, Lovecraft, tout en gardant les yeux bien ouverts sur leurs opinions inadmissibles, tant qu’elles ne transparaissent pas dans leurs œuvres. Mais des écrits propageant leurs idées fascistes, antisémites, seraient insoutenables et illisibles (pour moi en tout cas).

Et Pierre Drieu la Rochelle, peut-on encore le lire ? Lui est allé un cran plus loin encore : collaborateur
— Il est édité à la pléiade, m’a dit tranquillement un ami
Une façon de me dire, oui, on peut le lire, puisque cette prestigieuse collection l’a admis dans ses rangs. Ensuite, chacun et chacune fait ce qu’il veut, selon sa sensibilité ! Il n’est pas « interdit » en tout cas, et on peut choisir de ne lire que ses écrits datant d’avant son basculement vers le fascisme au milieu des années 30

Curieuse, j’ai ouvert Le feu follet, dont on venait de me parler, avec une certaine culpabilité, me promettant qu’au premier malaise, à la moindre allusion antisémite, je le lâcherai et l’enverrai aux orties… Soulagement, ce roman ne véhicule aucune opinion politique ou raciste, il explore la solitude, la dépression, les addictions (dans les années 20, l’héroïne faisait déjà des ravages, je ne savais pas).

L’histoire met en scène Alain, jeune homme oisif, décadent. Il a passé sa jeunesse au crochet des femmes, avant de tomber dans la drogue. L’addiction l’enlaidit, il prend de l’âge, sombre dans la dépression…
Au moment où commence le roman, il se trouve en cure de désintoxication mais n’y croit guère. Il rechute, et tente un dernier tour de tous ses amis pour se raccrocher à la vie.
Il se sent seul, incompris. Ses amis ont changé, grandi. Ils se révèlent à côté de la plaque, égocentriques, décalés, futiles, détachés, « dans leur monde »… Ils sont impuissants à répondre aux attentes d’Alain. Il y a l’ami qui s’est rangé (il travaille, a fondé une famille), les amis drogués qui tiennent des propos évaporés, les amis mondains, heureux en amour, ou au moins dans leurs relations amoureuses.
Alain, lui, ne parvient pas à garder une femme auprès de lui, malgré sa jolie figure. Les femmes de sa vie se sont éloignées… Il faut dire qu’il leur coute cher ! Je pense qu’elles étaient partantes pour « entretenir » un jeune étudiant fauché dans la vingtaine, mais là, il a plus de trente ans, se révèle moins amusant, déprimé…
Alain reste un éternel adolescent dans sa tête, il s’enferre dans sa jeunesse perdue, refuse d’évoluer. Il manque de volonté et de projets, et se tourmente sur sa beauté flétrie et le vide de sa vie. Il est trop sensible, trop intelligent, désabusé…
L’auteur nous plonge dans les pensées de son héros, son malaise, ses idées noires, ses ressentis quand il se confronte à ses amis. Il décrit très bien son mal de vivre, la dépression, l’envie de rien, la jeunesse enfuie…

J’ai retrouvé avec plaisir le style des années 30, précieux, dandy, suranné et raffiné ! Plein d’humour noir aussi.
J’avais surligné quelques belles phrases, mais je manque de temps pour les recopier, peut-être plus tard.

 

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