Le 22 avril dernier, le Kink study m’invitait à une soirée sur les soirées : « Le guide subjectif des soirées Parisiennes »
aXelle de Sade, la directrice des lieux, souriante et pleine d’énergie, m’a soumise à la question, car il paraît que je connais bien les soirées fetish, bdsm, et kinky Parisiennes ! Même si je suis loin de les connaître toutes, tant de nombreux événements se lancent…
J’ai beaucoup aimé son interview, car il s’agissait plutôt d’un échange, aXelle a aussi raconté des anecdotes, fait part de son point de vue, de ses expériences, rebondi sur mes propos, comme j’ai enchaîné sur les siens… Une causerie au coin du feu (d’ailleurs, il y avait bien un simulacre de feu de bois !), avec une lumière tamisée rosée propice aux confidences.
Certains amis m’ont dit regretter de n’avoir pu venir, et je leur ai promis un résumé sur mon blog – qui a un peu tardé, en raison des vacances !
Je vais tâcher de me souvenir de toutes les questions abordées…
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Est-ce que les soirées t’inspirent pour tes romans ?
Clairement oui ! Dans Immersion, mon premier roman, j’ai même raconté une soirée telle qu’elle s’est exactement passée (une Nuit Dèmonia). Et depuis, il arrive régulièrement que des scènes entrevues en soirées m’inspirent des passages de nouvelles ou de romans, même si je brode toujours beaucoup autour. (Je change les noms, les lieux, et les dates, que personne ne s’inquiète !)
Comment as-tu découvert les soirées ?
En 2015 (déjà !), la boutique Dèmonia a invité des blogueuses et des blogueurs à la Nuit Dèmonia. J’ai tellement adoré, je ne m’en suis toujours pas remise ! Ce fut une nuit féérique, même si notre petit groupe s’est rapidement dissous. Je me suis perdue, j’ai erré, émerveillée, dans les méandre de cette soirée géante.
J’ai aussitôt cherché d’autres soirées du même style (je n’allais pas attendre une année entière ^^), et je continue depuis tout aussi frénétiquement !
Quels sont les différents types de soirées ?
Je les classerais en trois catégories :
– Celles où l’on danse et l’on joue :
Par exemples : La Nuit dèmonia, la Hell’O Kinky, The Sinners fetish party, la Master Squat, La Monarch…
Du côté des jeux, on y trouve des coins câlins (matelas, banquettes, coussins…) et/ou un donjon bdsm (croix de St André, piloris, cage, bancs à fessée..)
– Celles où l’on joue (bdsm) Par exemples : Les Goûters du divin marquis, La nuit des K, La Nuit élastique, les événements du club Cris et chuchotements (Vente aux esclaves…)
– Celles où l’on se rencontre, où l’on bavarde : les Munchs, parfois « and play » Par exemples : les Munchs de l’association PariS-M, Du bruit dans la cage…
– Et il y a aussi celles où l’on apprend : Les cours organisés par le Kink Study, l’Ecole des arts sadiens, les événements Shibari…
Comment se tenir au courant ?
En suivant vos soirées préférées sur Instagram, Facebook, Shotgun, Fetlife, en vous abonnant à leur newsletters, leur whatsapp ou Telegram, de façon à être les premiers informés ! Certaines soirées sont vite sold out, d’autres proposent des tarifs intéressants si on prend sa place rapidement.
Chaque mois, je publie « L’agenda des soirées fetish-bdsm Parisiennes », ici sur mon blog, et aussi sur Facebook, Instagram. Un agenda informel et amateur, et surtout très incomplet ! Je ne vois pas tout passer, et je ne recense pas les Munchs, ni les soirées possédant leur propre mode de recrutement (parrainage, formulaire à remplir…), ni les soirées cabaret, sexpo, etc.
La bonne nouvelle : bientôt, un agenda officiel va voir le jour, sur Facebook et Instagram pour commencer, il sera bien plus exhaustif et « pro » ! Et un ami travaille sur une application mobile, déjà disponible : Partymaps
Qu’est-ce que tu trouves dans ces soirées, qu’est-ce que tu recherches ?
L’effet « Alice au pays des merveilles » ! Pénétrer dans une autre dimension, qui suit d’autres codes, qui n’ont rien à voir avec mon quotidien, plonger dans une ambiance et une esthétique que j’adore, un espace de liberté, sans jugement, bienveillant, qui réunit les plaisirs du corps (la musique, danser, jouer) le plaisir des yeux (les tenues, les shows…)
J’aime aussi retrouver des amis, rencontrer de nouvelles personnes, le tout dans une ambiance fetish, extravagante, kinky, joueuse, souriante, ouverte, érotique, décomplexée…
Comment choisis-tu les soirées où tu vas ?
Au début j’allais un peu partout, je voulais toutes les découvrir !
Maintenant je sais ce que j’aime le plus : je recherche toujours une ambiances fetish bien sûr, et j’ai envie de danser ! Je préfère quand il y a un dance floor, des DJ, sans oublier des play rooms : donjons, darkrooms, coins-câlins… Je veux tout !
Comment survivre à un calendrier de soirées beaucoup trop rempli ?
Je conseillerais de repérer ses soirées préférées, surtout celles qui sont rares, pour y aller en priorité. Je pense aux Nuits Dèmonia (une ou deux fois par an), The Sinners fetish party (trois fois par an), Hell’O Kinky (trois fois par an)…
– D’autres que j’aime beaucoup ont lieu tous les mois ou presque : Monarch, Master Squat !
Il faut dormir aussi ! De mon côté j’évite de sortir en semaine, je ne vais presque jamais aux Munchs, ce que je regrette, ils ont l’air super. Et je refuse toujours les afters, je ne pense qu’à dormir quand la soirée s’achève.
Est-ce que tu as constaté une évolution en plus de dix ans de soirées ?
Oui, j’ai constaté des changements en 10 ans, notamment en raison de #Metoo, et aussi du covid et de ses confinements qui ont sonné le glas de certaines soirées, et favorisé l’émergence de nouvelles soirées.
– Avant, on avait essentiellement des soirées dansantes et bdsm : Nuits Dèmonia, Fetnigh, Soirées Zinella, Nuits élastiques…. On devait choisir son camp, soit on était dominant/dominante, soit soumis/soumises. C’était la première question qu’on me posait en soirée, de quel côté je me situais – les switchs étaient mal vus (indécis, versatiles… )
– À présent, vive les switchs ! Le bdsm est devenu plus joyeux, plus fun, plus ludique, moins protocolaire. D’ailleurs, le vocabulaire a changé : le SM s’efface, vive les kinks ! Il y a plus de libertinage aussi, moins de bdsm pur et dur. Les soirées sont plus inclusives, et accueillent toutes les sexualités et tous les genres. (Il me semble qu’avant, les queer, les gay, ne se mélangeaient pas autant aux « straight »… J’aime que l’on se retrouve tous et toutes ensemble ! La musique a changé elle aussi, la techno a tout envahi (comment résister !)
– Il y a beaucoup plus de RDR (stands de réduction des risques, et des angels qui veillent sur nous). Et bien plus d’événements sexpositif, où l’accent sur le consentement est mieux mis en valeur, même s’il était exigé depuis toujours bien sûr.
– Les femmes organisent de plus en plus d’événements ! Longtemps, seules aXelle de Sade (Erosphère, les subsapce), Maîtresse Karima (Fetnight, Nuit des K) organisaient des soirées, puis est venue Ness Harper avec Les Goûters du divin marquis. A présent, de nombreuses femmes lancent des événements créatifs, plein d’imagination (jeux de rôle, dîner des maîtresses, enchères, élections…)
Communiquer sur les soirées, avoir un blog… qu’est-ce que cela t’apporte ?
– Je le fais pour le plaisir, j’aime beaucoup écrire. Et je pense que j’ai un petit côté exhib’ , je m’adonne à ce fétichisme quand je raconte mes soirées sur mon blog et que je poste des photos ^^ Et j’aime partager les soirées qui me plaisent, les faire connaître… Des personnes me disent parfois qu’elles ont découvert des soirées grâce à moi, cela me fait très plaisir !
– Mais il y a aussi le revers de la médaille : j’ai longtemps écrit des récits de soirées pour le plaisir, mais maintenant, quand on me dit « j’ai hâte de lire ton récit demain », cela me met la pression ! J’ai d’ailleurs arrêter d’écrire des récits détaillés, je crains que ce ne soit répétitif à force… J’écris seulement si j’en ai envie, des anecdotes ponctuelles !
Le fait d’être reconnue, de perdre mon anonymat, me pèse parfois…. C’est souvent très sympa d’être reconnue, c’est flatteur, cela me fait plaisir, mais j’aime aussi m’amuser en toute liberté et en toute discrétion, sans craindre le regard des autres, sans passer trop de temps en bavardages, ni devoir tenir « un rôle » (les gens aiment bien nous mettre dans des cases) ! Cependant, c’est parfois l’occasion de belles rencontres aussi…
De temps en temps, je pars faire la fête à l’étranger ! Et là je nage dans un bain de foule d’inconnus pendant des heures… (mais si certains me reconnaissent, à force ^^)
Par quelle soirée commencer quand on débute ?
Je conseillerais de participer à un Munch, c’est une soirée plus tranquille qui permet de rencontrer et de discuter avec des gens du milieu. Mais on peut aussi faire comme moi, commencer directement par une Nuit Dèmonia et en prendre plein les yeux dès la première fois !
À noter que certaines soirées (Monarch par exemple) sont réservées à un public averti.
Existe-t-il des soirées pour les jeunes ?
Je ne les connais pas (hélas !) Le club Cris et chuchotements organisent régulièrement des événements « Jeunes Kinky » réservés au -35 an
Quelles sont les règles d’or à respecter en soirées ?
– Le consentement doit être explicite ! Pas de baiser volé, de main aux fesses par surprise… Cela semble évident, mais mieux vaut le dire clairement ! Avant de « toucher » une personne, toujours s’assurer de son consentement. On ne lui emprunte pas non plus ses jouets sans lui demander.
Cela vaut aussi pour les soumis et soumises bien sûr : porter un collier ne veut pas dire « open bar », on doit s’assurer de son consentement au départ, et tout au long de la séance. Et vérifier aussi au début qu’il ou elle est bien libre, et pas en train d’attendre son Maître ou sa Maîtresse… (Tout cela semble évident, mais au cas où…)
– Ne jamais interrompre un jeu en cours, ne pas tenter de s’incruster, de parler ou poser des questions (cela peut « casser » la transe du soumis). Ne pas regarder de trop près non plus, fixement, c’est très intrusif et gênant.
– Éviter les commentaires graveleux, du style « ah je t’ai vue dans les coins câlins, tu t’es bien amusée ! » (sauf si l’on est très proches )
– Faire attention à ses consommations d’alcool, de produits, en particulier si l’on a l’intention de jouer, car ils altèrent le raisonnement (risque de dépasser ses limites pour les soumis et soumises, risque de s’emballer pour les doms…). Certains « états » ne sont pas compatible avec des jeux et pratiques bdsm, et un consentement éclairé. Je n’ai jamais constaté de débordements et d’excès de mon côté en plus de dix ans de soirées, mais je sais que cela a pu arriver.
Comment gères-tu le temps ?
Je ne gère rien du tout ! Je suis toujours surprise quand vient la fin de la soirée…
J’arrive très tôt, car j’aime profiter des débuts, de l’ambiance qui va crescendo, bavarder avec les amis au fil de leur arrivée… et j’évite ainsi de faire la queue à l’entrée et au vestiaire.
Vers la fin de la soirée, j’ai comme une petite alarme interne qui m’avertit : il commence à être vraiment tard ! Peut-être un changement subtil de l’ambiance, le dance floor qui s’est un peu vidé…
Je me dirige vers le vestiaire, une demi-heure avant la fin de la soirée environ, pour éviter de faire la queue là aussi. (même si c’est aussi un moment sympa, propice aux rencontres ! j’ai déjà trouvé un « chauffeur » en faisant la queue)
Les soirées passent vite, je conseille toujours d’en profiter à fond dès le début et d’oublier sa timidité. On est tous là pour s’amuser !
Comment aborder ?
C’est surtout difficile pour les garçons, en particulier les soumis, ils sont si nombreux ! Je leur conseillerais de ne pas arriver avec leur liste de courses… Ils peuvent s’approcher, se présenter, demander s’ils ne dérangent pas, proposer un verre, un massage des pieds, s’intéresser à la personne qu’ils abordent, avant d’exposer leurs propres désirs.
Moi je n’osais jamais aborder de garçon au début, mais à présent, je n’hésite plus, même juste pour échanger quelques mots au bar. On est tous là pour faire des rencontres (a priori)
Comment repousser ?
Toujours gentiment, avec le sourire, cela se passe très bien.
Je réponds parfois à des avances en disant que je préfère danser, ou que je dois retrouver des amis, faire une pause…
Ne pas hésiter à sortir seule ou seule
Beaucoup de gens n’osent pas (vu le nombre de propositions pour « m’accompagner » que je reçois !). Pourtant, c’est le meilleur moyen de faire des rencontres… Moi je sors souvent seule, je préfère rester libre de mes mouvements, sans m’occuper d’un cavalier ! De toute façon, je retrouve toujours des amis, je ne suis jamais seule en réalité…
Quid des tenues fetish ?
La plupart des soirées demandent le respect d’un dress code, à nous de jouer le jeu ! Il est plus ou moins strict : cuir/faux cuir, vinyle, latex, ou wetlook obligatoire, au moins pour le bas (Nuit Dèmonia, The Sinners Fetish party), ou plus fantaisiste, comme pour la Hell’O kinky (pyjama Panda, tutu de danseuse, paillettes… tout est possible, tant que c’est farfelu, et pas casual)
– Plusieurs boutiques fetish proposent des tenues ad-hoc : Vous Monsieur, Metamorph’Ose, Doll House
On peut aussi en trouver dans des sexshops de Pigalle, sur des boutiques en ligne comme thesinners.fr, Dèmonia.fr.
Les garçons peuvent regarder les rayons « filles » de certaines marques de centres commerciaux, les pantalons de cuir, faux cuir, sont bien moins couteux.
Les friperies ont souvent un beau rayon cuir !
– Je conseillerais de choisir des vêtements confortables pour danser, jouer, se déshabiller pour jouer (on va éviter le corset à baleines, les tops aux mille attaches….)
Se méfier des talons trop hauts pour danser toute la nuit !
– Éviter de se charger de trop d’accessoires , ils se révèlent vite encombrants (coiffes, ailes…). Éviter aussi de garder un sac, ou le plus petit possible, en bandoulière. De mon côté, j’ai adopté des portes-monnaie de poignet, qui contiennent juste l’essentiel (CB, kleenex, bouchons d’oreille, ticket vestiaire). Laisser son portable au vestiaire – de toute façon, les photos sont interdites. C’est tellement plus agréable d’avoir les mains libres pour danser, fesser, etc… Les martinets et autres jouets s’accrochent très bien aux ceintures par exemple (ou les confier à un soumis !)
Si on est soumis : prévoir son propre matériel, certaines dominas n’aiment pas trop s’encombrer et viennent les mains vides, moi la première !
Dans la plupart des soirées, le vestiaire permet de se changer, mais je pense que c’est mieux d’être déjà en tenue sous son manteau si c’est possible, pour aller plus vite et libérer la place pour les autres (c’est parfois un peu la cohue au vestiaire, et on peut manquer de place !) Ne pas oublier de prévoir du cash, la plupart des vestiaires ne prennent pas la CB (2 à 8 euros selon les soirées et ce qu’on dépose)
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Un grand merci à aXelle de Sade pour son invitation et toutes ses questions, ainsi qu’aux participants d’être venus ! – Dont certains amis connaissant déjà tout des soirées, mais présents pour me « soutenir » !
A l’issue de ces échanges, nous sommes plusieurs à avoir rejoint le Munch du Bruit dans la cage, qui se déroulait non loin, au Merry (comme tous les mercredis soirs), un Munch enrichi d’un dance-floor et d’une play-room. Nous étions nombreux à nous retrouver ! Une très belle découverte, je reviendrai.
Merci à l’ami qui a pris ces photos-souvenirs !
(Je parle avec les mains comme une Italienne ^^)

