Je ne voulais plus de relation d’appartenance Domina/soumis, plus jamais. Une relation exaltante, source de bonheur intense, de plaisir, mais une relation où l’on se consume l’un l’autre en une fusion étouffante, addictive, une relation dans laquelle on se perd, qui nous laisse en cendres, exsangues, avec un sevrage qui se révèle un enfer sur terre, des mois durant, tant pour le soumis que pour la dominatrice.
J’en rêve malgré moi, malgré l’oppression que j’ai pu ressentir : avoir à nouveau un soumis en appartenance. J’en garde surtout un souvenir lumineux, étincelant, une fusion extraordinaire dès que l’on se regardait, dès que je le touchais du bout des doigts… quelque chose circulait entre nous, me submergeait, m’enivrait…
Je me souviens aussi des effets de cet emprisonnement volontaire à deux, et ce jusque dans les soirées, entièrement tournés l’un vers l’autre, les autres n’existaient pas, ou à peine, je les distinguais vaguement à travers le brouillard qui nous entourait.
Je ne veux plus revivre cet isolement, cet enfermement volontaire que j’ai tenté de décrire dans Immersion de façon hyperbolique, en employant les moyens extrêmes pour en sortir. Je vois le danger clairement, je me souviens pourquoi j’ai voulu reprendre mes distances, sortir seule à nouveau, regarder d’autres personnes… C’est égal, c’’était magique, et cette magie me manque, malgré ses effets collatéraux. Toute magie possède sa malédiction…
Le destin est farceur, il place sur ma route un gentil soumis qui me tend sa laisse avec de grands yeux candides plein d’espoir.
Comment résister ?
J’avais oublié ce plaisir trouble de saisir la laisse d’un soumis, ce vertige enivrant : posséder quelqu’un ! Bien sûr, il ne s’agit que d’un jeu de rôles, le temps de quelques minutes, d’une heure ou d’une soirée, mais quelque part, j’y crois, c’est pour toujours, il est à moi, pour de bon, rien qu’à moi et je peux faire ce que je veux de lui ! J’ai l’impression de m’envoler, je me tiens fermement à la laisse, je considère ce soumis prisonnier, à ma merci.
– Faites de moi ce qu’il vous plaira Madame, murmure-t-il les yeux baissés, son corps magnifique offert à toutes mes envies.
Toutes mes envies, vraiment ? J’ai envie de le griffer, le pincer, le taper, le fesser, le gifler, fort, à toute volée. L’étouffer, l’embrasser. Le baiser. Et recommencer.
Début d’une histoire, je m’entraîne à écrire à la première personne, et au présent, c’est bien plus engageant que le passé et la 3e personne qui mettent une distance confortable entre moi et mes personnages.
Cela ne veut pas dire que c’est vrai !
