Hier soir, je suis allée voir « Tendre bordel », de Maïa Mazaurette avec Anne Vassivière
Maïa Mazaurette a imaginé un spectacle interactif, à la fois jeu de rôles et brainstorming géant, à partir de son ouvrage superbement illustré Maison close.
Elle nous promet de débrider notre imagination et nos fantasmes : tous ensemble nous allons bâtir une maison close coopérative (la maison de nos fantasmes), et chacun et chacune bâtira sa propre maison close en secret en même temps… C’est parti !
Pourquoi une maison close ?
Car l’on « paye » !
Pour développer son désir, ses fantasmes, il faut se montrer égoïste ! Trop souvent, par amour, par sentiment d’obligation, on se tourne uniquement vers le désir, le plaisir de l’autre. On s’oublie, on ne sait plus ce qu’on aime ou ce que l’on veut ! Les fantasmes de masse véhiculés par le porno s’imposent à nous aussi, et étouffent nos propres fantasmes, souvent bien plus doux et créatifs.
En payant, il n’y a pas culpabilité, ni de réciprocité, on peut profiter sans se poser de questions !
Les prérequis du jeu :
– le consentement est acquis, ce n’est pas un sujet
– La sécurité est présente, ce n’est pas un sujet non plus !
(Au début, Maïa abordait la sécurité avec les participants, mais cela prenait trop d’espace dans les débats, entre ceux et celles qui veulent sécuriser au maximum (caméras, drones…) et ceux et celle qui ne veulent pas en entendre parler !)
– Maïa n’en a pas parlé, mais j’ajouterais que les IST, le préservatif, ne sont pas un sujet non plus : on est dans un monde idéal, un univers de du fantasme ! (enfin, pur, pas tout à fait…)
Maïa a remarqué que les fantasmes sont culturels, et générationnels aussi :
– Les jeunes rêvent souvent de contraintes, dans un cadre très safe et sécurisé (parce qu’ils ont manqué de limites enfant, avec des parents trop permissifs, voire laxistes ?)
– Les vieux rêvent d’orgies géantes en toute liberté (parce que nous avons été élevés très sévèrement ?)
Il y a des fantasmes universels qui réconcilie les générations : le pompier est sur toutes les lèvres !
Huit heureux élus volontaires montent sur scène : des « clients » qui vont bâtir la maison close de leurs rêves en répondant aux questions de Maïa.
Nous, dans la salle, on va jouer aussi, en bâtissant de notre côté notre maison close secrète. On participe activement aussi,car nous avons presque tous un rôle, symbolisé par une carte comme dans « Les loups garous de Thiercelieux ». On peut être « convoqués » à tout moment pour mettre notre grain de sel !
Les premières questions de Maïa sont soft, histoire de nous mettre dans le bain : il s’agit d’imaginer sa maison, son architecture. Certains voient un chalet en bois dans la forêt, d’autres un palais vénitien… J’avoue, un château s’impose tout seul dans mes pensées — voilà ce que c’est que d’être élevée avec les contes de fées !
Petit à petit, on entre dans notre maison close, on visite toutes les pièces. On peut s’affranchir de toutes les lois, inventer des potions magiques, se doter de super pouvoirs… Il y a même un enclos avec des créatures magique (un homme évoque un centaure, moi je vois tout de suite un alien !), un aquarium (des pieuvres s’imposent aussitôt dans mon esprit, et je m’aperçois avec joie que nous sommes nombreuses à fantasmer sur des tentacules s’enroulant lascivement autour de nos corps nus !). Pas mal d’étreintes en gravité zéro aussi, tentant… et même des fantasmes autour des fantômes aussi (tiens, tiens, on est deux !)
Et puis il y a le personnel ! Est-ce que l’on souhaite qu’il porte un uniforme (oui !!), est-il entreprenant, soumis à nos désirs, comment est-il recruté ?
Maïa appelle au fil de l’eau les différents « responsables » disséminés dans la salle, ils ont eu tout le temps de préparer leur rôle : l’herboriste, le comptable, la responsable de l’hygiène (fou rire, car elle nous dit qu’elle ne veut pas en entendre parler : cela va de soi dans la maison close ! Je suis d’accord, ce n’est pas glamour d’imaginer un mangue d’hygiène, tout le monde est propre et sent bon ! Mais pas de parfum dans ma maison close perso, que des odeurs naturelles )
Avec Anne, nous sommes responsables des divertissements – l’essentiel en fait… Cette pression !
Je vois aussitôt une soirée kinky avec de la techno (on se demande bien pourquoi !). Anne secoue la tête, trop banal, déjà vu… Des réjouissances autour des plaisirs de la table s’imposent : sauces et cocktails parfumés de nos sucs, insertions de légumes variés dans tous les orifices, détournements d’ustensiles, chosification d’humains en tables et chaises, dégustations et léchages de peau les yeux bandés, le chaud et le froid, l’huile dont on s’enduit pour bien glisser les uns sur les autres, mmmmn…
Le spectacle touche à sa fin, Maïa ferme les portes de notre maison close et jette les clefs. Elle nous demande de mettre sur un papier ce qu’il manque d’après nous, ce qu’on a pas osé dire, et de le laisser sur notre table. J’ajoute une piscine à remous, Anne prévoit des douches (car l’hygiène, quand même, ça compte, quoiqu’en dise notre responsable du jour !) Je verrais bien une salle dédiée aux massages aussi, avec des pros qui nous massent à longueur de journée et se relaient sans fatigue.
Nous repartons chacun et chacune avec notre maison close personnelle, qui s’est bien agrandie au fil de la soirée. Mon château est peuplé de créatures fabuleuses, d’aliens, de majordomes et de servantes aux petits soins et en grand uniformes, de salles à l’infini dédiées aux plaisirs de plus en plus piquants, avec des musiques ad-hoc dans chacune, de potions magiques pour nous désinhiber (sans effets secondaires ^^)…
Un lieu à visiter et revisiter, qui pourra nous inspirer « en vrai », nous donner des idées, enrichir notre vie sexuelle, promet Maïa. Elle prend l’exemple du fantasme du centaure, irréalisable a priori dans la réalité, mais on peut retrouver le côté « animal » à l’aide de fausses fourrures dans lesquelles se lover…
(Amusant le nombre de fantasmes plus ou moins zoophiles ! Je n’imaginais pas qu’ils étaient si répandus… Interrogée, une participante a quand même rejeté en bloc toutes ces créatures, elle ne veut que des humains ^^)
Un excellent spectacle, à voir à deux, pour échanger et sourire, que ce soit en couple ou entre amis ou amies. Maïa réussit ce tour de force de nous entraîner tous et toutes avec elle, avec son sourire, son humour, son sens de la répartie qui n’appartient qu’à elle, sa voix douce, son rire cristallin… Ce n’est pas évident, avec un sujet pareil, les participants se montraient plutôt timides au début, pudiques, mais une fois « réchauffés », la parole s’est libérée, les questions de Maïa sont devenues de plus en plus osées, accompagnées par la lumière qui se tamise peu à peu. J’attendais avec impatience l’obscurité totale 😉
J’ai adoré ses deux acolytes, Petite chose et Overdose, plein d’énergie et d’humour. Ils sont partout à la fois, ils circulent dans la salle, passent les messages, le micro, résument les règles, font mille facéties, virevoltent avec moult mimiques, cabotins à souhait, et nous offrent des saynètes hilarantes à la moindre occasion ! Ils n’hésitent pas à taquiner leur maîtresse de cérémonie aussi. Ainsi, un « client » souhaitait un atelier de body-painting, dans sa maison close, mais Maïa comprend qu’il veut un atelier de bodybuilding. Elle s’enthousiasme « j’en veux un aussi dans maison ! » Aussitôt, Petite chose et Overdose improvisent un sketch sur ce chouette malentendu-lapsus !
Je vais recruter Petite chose et Overdose dans ma maison close ! J’espère qu’ils ont le don d’ubiquité, car nous serons nombreuses à les vouloir je pense ^^
Sans oublier Virtuose, le pianiste, qui sait jouer au pied levé tous les fantasmes musicaux, que ce soit du jazz langoureux, du paso doble musette, et même la musique épique de gladiateurs combattant dans l’arène !
Album-souvenir
Le spectacle se déroule à La Nouvelle Eve, cabaret au décor kitch et boudoir, avec ses mignonnes statuettes d’angelots partout. On n’a pas résisté à un mini-shooting entre amies avant l’ouverture des rideaux !

Pour en savoir plus et participer aux prochains spectacles
Prochaines dates : 4 mars, 18 mars
