La liberté de danser

La proposition de loi pour criminaliser toujours plus les fêtes libres est examinée aujourd’hui.
Des collectifs et des passionnés ont signé une tribune publiée sur le site de Télérama en lecture libre

Liberté… le premier mot de notre devise ! L’un des plus beaux mots qui soit !
Et la liberté de danser remise en cause, une fois de plus… Cet acharnement à empêcher les jeunes de s’amuser, de se réunir, de danser… Pourquoi ? Un paysan fâché pour son champ ? Un peu de bruit dans le village voisin ? Est-ce qu’il n’y a pas de plus « noble cause » en France que de couper les ailes des jeunes ? Tous ces gens qui veulent réprimer, interdire, punir, emprisonner, n’ont-ils jamais été jeunes et libres ?
Je suis rarement allée en Free party (je ne suis pas sur les bons groupes what’app (ajoutez-moi ! ), ce n’est plus de mon âge ^^, j’ai déjà assez à faire avec mes soirées préférées…), mais les rares fois où j’ai eu cette chance, j’ai adoré l’accueil, la générosité, l’ambiance tellement amicale, affectueuse, libre… J’ai gardé des liens avec certains pendant des années et des années, et je pense encore souvent à eux !
Récemment, des amis évoquaient des free party, non loin, aux beaux jours… Je me suis promis d’y aller, de les chercher partout ; j’espère que ce sera encore possible sans risquer 5000 euros d’amende…. – que fait-on de « mal » exactement ?
Je pense que les gens qui condamnent ne connaissent pas le sujet, ils ne savent pas ce qu’est une Free party, ils imaginent le pire… il faut les inviter et leur montrer !
(Un peu comme moi avant, quand je me disais « les soirées bd*m, ce n’est pas pour moi, je n’aime pas la douleur, la vi0lence… », et une fois que j’y ai mis un pied, je m’y suis retrouvée engloutie tout entière pour toujours ! )

Soutien à toutes les personnes et collectifs qui se battent pour expliquer, communiquer, rencontrer les bonnes personnes pour que la loi ne passe pas !

[EDIT] la très grande majorité des free partys se déroulent avec l’autorisation des propriétaires des terrains. Les médias jouent le rôle d’un miroir déformant, en ne parlant que des soirées où il y a eu des problèmes, et en passant sous silence toutes celles qui se passent bien

Photo : Livia Saavedra issue de sa série « End of Times » qui est actuellement exposée chez Le 106 à Rouen jusqu’au 27/06.

Je recopie aussi ici la tribune :

Répression des rave parties : “Une jeunesse qui danse n’est pas une menace, un corps qui danse n’est pas un ennemi”

TRIBUNE — Une proposition de loi visant à renforcer la pénalisation de l’organisation de rave parties est débattue ce jeudi 9 avril à l’Assemblée nationale. Des associations de la scène techno et des défenseurs de la fête libre s’insurgent dans “Télérama”.

Publié le 08 avril 2026 à 17h30

Ce jeudi 9 avril sera débattue à l’Assemblée nationale une proposition de loi du groupe Horizons. Le texte, porté par la députée du Maine-et-Loire Lætitia Saint-Paul, vise à agrandir l’arsenal répressif contre la tenue des rave parties. Si la loi venait à être votée, les organisateurs de rassemblements musicaux non déclarés ou interdits pourraient risquer jusqu’à six mois de prison et 5 000 euros d’amende. La notion de participation à l’organisation serait par ailleurs étendue à « la diffusion d’informations pratiques » ou à l’installation « d’un lieu de repos ou de convivialité sur le terrain occupé ». Le 27 mars, une première tribune était publiée par Libération par un collectif de trente acteurs de la scène techno (Laurent Garnier, Chloé, Barbara Butch, Rebeka Warrior, Pedro Winter…). Aujourd’hui, de nouveaux acteurs se mobilisent contre le texte. — Erwan Perron

« La liberté de danser n’est pas à négocier. À l’heure où l’individualisme et l’autoritarisme prennent de plus en plus de place dans la société, la fête, elle, résiste.

Partout, les démocraties voient leurs espaces de liberté se contracter. Les peuples vivent avec l’anxiété comme bruit de fond permanent. La politique du quotidien se durcit, les discours se ferment, les corps se crispent. Dans ce contexte, des milliers de personnes choisissent chaque week-end de se retrouver, souvent loin de l’agitation des villes, pour danser ensemble jusqu’à l’aube. Ce choix est politique. Pas au sens partisan du terme, mais dans son sens premier : reprendre le contrôle de ses actions, s’organiser collectivement, refuser que la fête soit une marchandise.

Ces espaces de fête et de liberté sont une réponse humaine, ancienne et légitime ; les personnes qui s’y retrouvent ont une sono, un espace, et la conviction que la liberté ne se réclame pas, elle se pratique.

La fête libre est aujourd’hui marginalisée, pourtant elle traverse les générations, les milieux, les territoires. Elle rassemble des gens qui n’auraient jamais eu de raison de se croiser ailleurs. Elle produit de la solidarité, de l’art, des communautés. Elle façonne le vivre-ensemble. Aujourd’hui exprimée depuis plus de trente ans dans notre société sous la forme des free parties, elle porte une culture qui a su s’organiser, structurer ses propres règles, créer ses propres dispositifs de santé et d’entraide afin de répondre d’elle-même a ses besoins. La France a construit des pratiques reconnues à l’échelle européenne.
Accumulation de menaces législatives et politiques

Les prochains mois concentrent une accumulation de menaces législatives et politiques sans précédent. Aujourd’hui, une mission d’information au Sénat. Demain, une proposition de loi visant à criminaliser les rave parties à l’Assemblée nationale. Après-demain, un projet de loi porté par le ministre de l’Intérieur. Autant de textes qui, séparément ou combinés, pourraient restreindre durablement le droit de se rassembler, d’organiser, de circuler, de danser. En bref, de se retrouver entre amis, entre passionnés, entre humains.

Pendant ce temps, sur le terrain, la répression s’intensifie : des arrêtés préfectoraux abusifs s’attaquent aux libertés de circulation et de rassemblement, du matériel personnel est fréquemment saisi ou détruit, des fêtards sont humiliés et brutalisés chaque week-end. Les organisateurs qui investissent bénévolement de leur temps et de leurs économies sont poursuivis pour des fêtes qui n’ont pas vocation à être lucratives.

Tout cela entraîne des conséquences lourdes, qu’elles soient financières (au Teknival de Quimper en 2024, plus de 1,7 million d’euros d’amendes ont été dressées), juridiques (l’organisateur présumé de la free party de Lieuron en 2021 fera de la détention provisoire pour l’organisation d’une fête, dont il sera relaxé par le tribunal) ou parfois mortelles (en 2019, Steve Maia Caniço est décédé à la suite d’une charge policière lors de la fête de la musique à Nantes) pour des rassemblements pacifiques, festifs, où autogestion et bienveillance sont des valeurs fondatrices.

Une politique qui criminalise et réprime aussi violemment la fête libre, ce n’est pas de la sécurité, c’est de l’autoritarisme.

Sur le plan juridique, le droit de se réunir est garanti par l’article 11 de la Convention européenne des droits de l’Homme. La liberté d’expression artistique et culturelle est un droit fondamental reconnu par le Conseil constitutionnel. Toute restriction à ces libertés doit être strictement proportionnée à un objectif d’ordre public démontré. Criminaliser une pratique culturelle parce qu’elle dérange ne passe pas ce filtre. De telles lois liberticides ne devraient pas avoir la possibilité d’être présentées dans un pays dont la devise est “liberté, égalité, fraternité”.

Pousser la fête encore davantage dans la clandestinité aggrave exactement ce que l’on prétend combattre. Les associations de réduction des risques perdent l’accès au terrain. Les participants n’appellent plus les secours. Les organisateurs ne peuvent plus coopérer avec les autorités. Les risques ne disparaissent pas. Ils se cachent.
Pour un dialogue réel avec les acteurs de la fête libre

Nous ne demandons pas l’impunité. Nous demandons la reconnaissance d’une pratique culturelle trentenaire.

La France sait construire des politiques publiques intelligentes sur les rassemblements festifs. Des outils de dialogue existent. Des cadres de coopération ont fait leurs preuves. La répression systématique n’est pas une nécessité, c’est un choix politique qui n’a pas sa place en démocratie, et nous le contestons.

Une jeunesse qui danse n’est pas une menace, un adulte qui danse n’est pas un suspect, une personne âgée qui danse n’est pas un irresponsable, un corps qui danse n’est pas un ennemi ; des gens qui s’organisent pour faire la fête ensemble ne sont pas des délinquants. Les traiter comme tels dit quelque chose de l’état d’une démocratie. La danse n’a pas d’âge, pas de classe, pas de genre. Elle est un besoin, une nécessité pour la santé d’une société. Elle a juste besoin d’espace.

Nous, signataires de cette tribune, appelons les pouvoirs publics à engager un dialogue réel avec les acteurs de la fête libre, qui ont déjà fait un pas envers le ministère de l’Intérieur en 2024 en annulant le Teknival d’ampleur nationale lors des Jeux olympiques. Nous appelons à rejeter toute législation qui criminalise le rassemblement festif. Nous appelons à protéger ce qui, dans nos sociétés, permet encore aux gens de respirer.

Danser est un acte de liberté. Le défendre est un acte politique. « 

Signataires :
Technopol
Tekno Anti Rep
La Kabane
Nautilus RdR
EQTAS.E
Techno +
Korzeame
Keep smiling
Conscience Nocturne
Red flag Riposte
Jusqu’à l’Aube
Tom Bouët (directeur général, clinique d’affaires publiques d’Assas)
Marianne Rostan (avocate)
Frédéric Hocquard (ex-maire adjoint à la vie nocturne de Paris)
Éric Labbé (DJ et activiste techno)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

À propos de l’auteur

Blogueuse et autrice

Ce message d’erreur n’est visible que pour les administrateurs de WordPress

Erreur. Aucun flux trouvé.

Veuillez aller sur la page de réglages d‘Instagram Feed pour connecter votre compte.