Maître d’Eva Delambre

Je viens de lire Maître, le dernier livre d’Eva Delambre, et je l’ai beaucoup aimé ! Dans ce roman, l’autrice change de point de vue : si ses précédents romans se centraient surtout sur les ressentis et les parcours de soumises, cette fois, elle se penche essentiellement sur le parcours de Logan, Maître en devenir.

L’histoire

Logan rencontre Ona par hasard, lors d’une exposition de photos bdsm. Ils se plaisent immédiatement. Ona rêve de vivre une relation de domination-soumission, de se soumettre à lui – elle a détecté sa nature dominante, son potentiel de Maître, même s’il ne connaît rien de l’univers BDSM. Elle entreprend de le lui faire découvrir, et s’efforce de le guider, tout en restant à sa place de soumise, subtil équilibre. Elle lui montre les codes, ce qu’elle aime, mais elle voudrait qu’il prenne l’initiative. Elle est prise de doutes : est-ce qu’il aime ce qu’il lui fait, ou le fait-il seulement pour lui faire plaisir ?
Logan se montre à la fois fasciné et réticent. Il éprouve notamment des difficultés pour lui infliger de la douleur, cela va contre tous ses principes, même s’il se sent très attiré et excité par le bdsm. Il a conscience de ses lacunes, et redoute de ne pouvoir apporter à Ona tout ce qu’elle attend. Il se sent frustré de ne pas se sentir à la hauteur, il craint de la décevoir… et il ne peut lui confier ses doutes, au risque de ne plus lui apparaître comme son Maître !
Logan décide de progresser, il va croiser d’autres soumises avec lesquelles il ressentira moins de pression. Chacune, avec sa personnalité, lui permettra de confirmer sa nature dominante et son goût pour le BDSM.
Si Logan fait toujours preuve de respect, de bienveillance, d’écoute, se souciant du bien-être de sa soumise, cherchant à éviter de lui faire de la peine, ce n’est pas le cas de tous les maîtres. Un autre maître du roman, Soren, adopte un tout autre comportement, cherchant à développer une relation d’emprise. Eva Delambre décrypte parfaitement les ficelles de ces « maîtres » qui abusent de la confiance de leur soumise.

J’ai beaucoup aimé cette exploration de la domination masculine, et les questions soulevées par l’autrice à travers les ressentis et les réactions de Logan.
Dominer peut sembler « facile » a priori : on suit ses envies, on fait ce qu’on veut, on se fait plaisir, grâce à l’autre qui se soumet de bon cœur.
En réalité, la responsabilité de la relation, des séances, la « charge mentale », reposent entièrement sur la personne dominante. Même si se soumettre n’a rien de « facile » non plus bien sûr, surtout avec un maître exigeant, l’initiation apparaît plus naturelle : il suffit de s’abandonner entre ses mains expertes et d’obéir.
L’initiation d’une soumise semble aller de soi, alors que devenir un Maître est un parcours complexe, semé d’embûches.
Eva Delambre soulève les différentes questions et difficultés auxquelles il devra faire face. Se retrouver « Maître débutant » est paradoxal, car on attend d’un Maître qu’il affiche une belle assurance, une autorité naturelle – mais comment paraître sûr de soi quand on découvre tout ? Il doit mener la danse, sans connaître les pas, les figures… qu’il lui faut apprendre « sur l’obstacle », en s’efforçant de ne pas paraître trop novice face à une soumise qui rêve de l’admirer. Elle se remet entre ses mains en toute confiance, mais comment est-ce possible avec un Maître débutant, qui ne saura pas forcément détecter certains signes ?
(Le roman livre plusieurs pistes, Logan sera notamment conseillé par un maître expérimenté.)

Les sentiments sont aussi souvent abordés. Maître est aussi un très beau roman d’amour.
Les sentiments intensifient les ressentis, le plaisir, mais peuvent aussi semer des doutes. Un Maître « amoureux » peut se freiner dans ses désirs, par crainte de déplaire, trop tourné vers le plaisir de sa soumise, alors que dans sa position il doit avant tout penser à son plaisir.
Entre les lignes, je détecte l’importance de la communication, pour éviter les non dits, les malentendus : une soumise ne devrait pas avoir peur de dire ce qu’elle a sur le cœur ; un Maître ne devrait pas craindre d’avouer son ignorance de certains sujets. Mais ce n’est pas facile quand on vient de se rencontrer, on veut tellement plaire à l’autre !

Un nouveau roman très réussi ! Je craignais de moins m’identifier au personnage principal, mais dès la première page, je me suis plongée aux côtés de Logan dans la découverte des relations bdsm, de ses pratiques ! Et Ona est très présente aussi, avec ses ressentis, ses élans. Une jeune femme touchante, à la fois forte et fragile.
Un roman qui ravira les curieux, les maîtres en devenir, mais aussi tous ceux et celles qui connaissent déjà bien le milieu !
(A noter que les relations de domination-soumission décrites sont très protocolaires, et se déroulent plutôt dans l’intimité, à l’exception de soirées en club bdsm…. Je pense que c’est d’ailleurs le cas de la plupart des relations maîtres-soumises, car en soirées, je croise surtout des dominas et des soumis)

Un mot enfin sur la superbe couverture ! Les Éditions Tabou choisissent toujours de belles couvertures, et celle-ci est particulièrement troublante, et je ne peux la regarder sans ressentir un frisson de désir, embelli par le titre, fort et sobre, Maître.

Je n’ai pu m’empêcher de noter quelques citations 

– Elle avait voulu la souffrance de son corps, espérant qu’elle apaiserait celle de son esprit et de son cœur

– Le plus compliqué, c’était comment dominer vraiment. Le bon ton, les bons mots, au bon moment, pas trop mais suffisamment. Quoi faire et comment réagir selon les situations. Jusqu’où aller. Déchiffrer un regard. Comprendre une larme. Lire en l’autre, malgré des yeux baissés. Donner à la soumise un vrai sentiment d’obéissance, alors même qu’elle n’attendait que ça, et que c’était tout sauf une contrainte.

– Peut-il exiger « obéissance et appartenance » sans y mettre de sentiments ? Une telle histoire pouvait-elle évoluer dans la durée, sans que l’un ou l’autre ne finisse par aimer ?

– Prendre une soumise en collier n’était pas un geste anodin, il en prenait la mesure. C’était une grosse responsabilité.

– Il avait compris ce que lui avait expliqué Ona lors de leur première rencontre. C’était le Maître qui frappait, pas l’homme. Et c’était la soumise qui recevait les coups, pas la femme.

La présentation de l’éditeur

Séduisant et sûr de lui, Logan croyait avoir trouvé son équilibre dans des aventures sans lendemain. Mais une photo exposée dans une vitrine, suivie d’une rencontre, va bouleverser ses certitudes. Face à une soumise expérimentée, bien déterminée à s’offrir, il découvre un univers dont il ignorait tout.
Attiré par ce rôle vers lequel elle voudrait le guider, il hésite, doutant de sa légitimité. Devenir Maître ne s’improvise pas. Chaque geste, chaque décision, chaque mot devient une épreuve pour la soumise comme pour le dominant. Entre désir, sentiments et remise en question, il s’engage dans un cheminement qui pourrait le transformer à jamais.
Pour la première fois Éva Delambre nous dévoile l’initiation d’un Maître à travers des mises en situation inspirées du réel et des questionnements qui donnent de la profondeur aux personnages. Un point de vue particulièrement intéressant, venant d’une auteure qui assume pleinement son statut de soumise dans la vie réelle.

Pour vous le procurer

– La librairie La Musardine 122 rue du chemin-vert 75011 Paris
– Dans toutes les librairies, en rayons ou sur commande
– Le site des Editions  Tabou
– Amazon, etc

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