Tranches de vie

J’aime bien les cartes postales anciennes, j’en achète parfois, au hasard des brocantes. Je choisis les images qui me plaisent, les plus naïves, délicates, ambiance Belle époque… Je lis toujours les quelques mots envoyés, souvent très courts : « amitiés », « bonne année ». Parfois rien, la carte se suffit à elle-même, il y a juste l’adresse du destinataire. J’aime aussi les prénoms de l’époque aussi, si désuets.

Cette fois, un message à l’encre pâlie écrit en pattes de mouche  a traversé le temps, un instantané du présent d’alors qui se retrouve entre mes mains et m’offre un voyage dans le temps !
On connaît déjà les superbes lettres des poilus à leurs familles, des récits poignants, témoignages de leurs souffrances dans les tranchées. Mais il y a aussi les difficultés des familles restées à la maison, privées de leurs fils, de leurs frères… Elles s’inquiètent pour eux, souffrent de l’isolement, de l’incertitude, rencontrent des difficultés pour voyager, se retrouver, faire des projets… Rien à voir avec l’horreur du front, mais la guerre est présente aussi dans chaque famille, chaque maison :

Lyons le 28 décembre 1916

Cher Cousin, chère cousine,

Je viens vous adresser tous mes vœux et meilleurs souhaits pour 1917. Que cette nouvelle année qui va bientôt commencer nous apporte la victoire. J’espère que vous recevez toujours de bonnes nouvelles de René et qu’il pas trop exposé en ce moment. Je vous prie de lui envoyer mes amitiés et mes bons souhaits et qu’il continue à aller bien.
Je pensais toujours recevoir de vos nouvelles comme je vous avais envoyé la photographie de mon bébé. L’avez-vous reçue ? En septembre, j’ai eu la visite d’Yvonne qui est venue passer quelques jours à Lyons, elle croyait même vous voir à (mot illisible), mais probablement vous ne serez pas venus, vu les circonstances.
Nous allons tous assez bien, mon petit Jean a maintenant 20 mois, il marche seul. J’irai voir mes parents l’année prochaine pour leur faire connaître, et si je peux, j’irai vous voir.
J’embrasse bien Suzanne qui doit être une grande jeune fille
Bien affectueusement à vous,
Marie Lefrançois

Les cousins ont-ils répondu à Marie ? René a-t-il survécu ? Jean a-t-il rencontré ses grands-parents en 1917 ? Je ne le saurai jamais, les éventuelles réponses se sont éparpillées au hasard des brocantes, des vides-greniers et dans les tiroirs des collectionneuses.

Désormais, quand je fouillerai parmi les cartes postales des brocantes, je m’intéresserai en premier lieu aux écrits : aussi minimes ou anecdotiques soient-ils, ils disent toujours quelque chose du quotidien d’autrefois, directement, sans le filtre de l’historien.

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